Lire des femmes

Depuis quelques années, je me fais un devoir de lire presque exclusivement des femmes. C'est un choix politique. Pour contrer la sous-représentation et l'absence des femmes dans le monde du livre. Dernièrement, une copine, qui s'engageait dans un projet similaire, demandait, dans Facebook, des recommandations. D'où l'idée de cette liste. Qui est hautement subjective. Ce sont des auteures que j'ai lues et dont j'ai aimé les livres. Point. Je mettrai la liste à jour au cours de mes lectures et découvertes. Et, en bas, je ferai la liste des projets similiaires visant à rendre visible les livres écrits par des femmes.

  • Chimamanda Ngozi Adichie (fiction, essai)
  • Dorothy Allison (fiction)
  • Nelly Arcan (fiction)
  • Anne Archet (fiction)
  • Margaret Atwood (fiction)
  • Justine Augier (fiction)
  • Lisa Azuelos (fiction)
  • Saphia Azzeddine (fiction)
  • Anaïs Barbeau-Lavalette (fiction)
  • Belle de jour (fiction)
  • Tamara Faith Berger (fiction)
  • Marie-Claire Blais (fiction)
  • Kate Bornstein (essai)
  • Albertine Bouquet (fiction)
  • Nina Bouraoui (fiction)
  • Elsa Boyer (fiction)
  • Susie Bright (essai)
  • Susan Cain (essai)
  • Marina Castañeda (essai)
  • Evelyne de la Chenelière (fiction)
  • Mona Chollet (essai)
  • Carole David (fiction)
  • Wendy Delorme (fiction, essai)
  • Virginie Despentes (fiction, essai)
  • Farzana Doctor (fiction)
  • Julie Douard (fiction)
  • Marguerite Duras (fiction)
  • Giulia Enders (essai)
  • Marian Engel (fiction)
  • Eve Ensler (fiction)
  • Janet Evanovich (fiction)
  • Nora Gaspard (fiction)
  • Nadine Gordimer (fiction)
  • Anne Hébert (fiction)
  • Robin Hobb (fiction)
  • bell hooks (fiction, essai)
  • Eva Illouz (essai)
  • Erica Jong (fiction)
  • Miranda July (fiction)
  • Katherine Kerr (fiction)
  • Laura Kipnis (essai)
  • Evelyn Lau (fiction)
  • Stephanie Lehman (fiction)
  • Nina Léger (fiction)
  • Catherine Leroux (fiction)
  • Susanne de Lotbinière-Harwood (essai)
  • Sara Maitland (fiction, essai)
  • Fatema Mernissi (essai)
  • Hélène Monette (fiction)
  • Toni Morrison (fiction)
  • Joyce Carol Oates (fiction)
  • Pattie O'Green (essai)
  • Anne-Marie Olivier (fiction)
  • Grace Paley (fiction)
  • Monique Proulx (fiction)
  • Dynah Psyché (fiction)
  • Marjane Satrapi (fiction)
  • Abnousse Shalmani (fiction)
  • Isabelle Sorente (fiction)
  • Carrie Snyder (fiction)
  • Emily St. John Mandel (fiction)
  • Annie Sprinkle (essai)
  • Zoé Valdès (fiction)
  • Melanie Warner (essai)
  • Sarah Waters (fiction)
  • Virginia Woolf (fiction)

Autres pages présentant des auteures:

The other MILF

Lunchbox, une photo de Bart Everson (cc by 2.0)

Dans un wagon de métro, deux jeunes types, dont un qui est la réplique de Kurt Cobain. Dans le même wagon, une très belle femme. Avec ses gamins. Le Kurt Cobain wannabe la qualifie de MILF. Son chum lui demande ce que ça veut dire. Le Kurt Cobain wannabe explique, tout en posant un regard concupiscant sur la femme. Laquelle, bien que l'ayant vu, l'ignore royalement. Je me penche à l'oreille du wannabe.

— En fait, elle m'a plutôt l'air d'une mother who's ignoring the little fucker qui la traite comme un vagin avec des mamelles.

Lunchbox, une photo de Bart Everson (cc by 2.0)

Premières impressions

Comite Social Centre Sud, une photo de Ivy Dawned (cc by-sa 2.0)

[Série 9. Suite de Paysage nocturne]

Un nouveau quartier. Encore une fois. Le pourquoi du comment est plutôt moche: un maintenant-ex-voisin-du-dessous particulièrement trop bruyant et vraiment pas du tout conciliant. La mise en oeuvre a été épuisante: trouver un appart en quelques jours et déménager la vieille d’un retour aux études à temps complet. Malgré tout, une envie, une volonté de découvrir, d’explorer, de connaître.

C’est un quartier de contrastes. Le beau et le laid, la pauvreté et l’aisance, l’abondance et le dénuement, le kitsch et le bon goût, le designé et le rapiécé s’y côtoient avec nonchalance.

C’est un quartier d’angles inusités. L’île s’y rétrécit (ou s’y élargit, selon le point de vue) et plusieurs rues s’y rejoignent à des angles obtus ou aigus plutôt que droits.

C’est un quartier de racoins. De toutes petites rues courbées. De jolis passages fleuris pour aller de l’une à l’autre. Avec des moutons sur les boîtes à fleurs!

C’est un quartier frontière, un quartier tampon. Entre le bourgeois Plateau et le populaire Homa.

Derrière chez moi, il y a une ruelle verte pas du tout verte. Par contre, juste au sud, sous Hochelaga, il y a La pente douce, vraie ruelle verte, vivante, colorée, habitée, certainement aimée. Plus haut et plus à l’ouest, il y a une inusité ruelle en pavés.

L’arrivée, jusqu’à présent, se fait tout en douceur. Un propriétaire sympathique. Des voisines et des voisins accueillants. Et, surtout! tranquilles. De jolies découvertes lors des premières balades dans les environs.

Je crois bien que je me plairai dans ce nouveau quartier. D’ailleurs, mon corps est moins désemparé que lors des déracinements précédents. Il a vite compris où se trouvent les pièces et les interrupteurs. Il n’y a que le contenu de deux tiroirs dans la cuisine qui échappe à ses nouveaux réflexes. Et c’est probablement parce que la tête s’en est mêlé, arguant le pour et le contre des deux configurations possibles et ne prenant aucune décision. Parfois, les objets doivent trouver tout seuls l’endroit où ils aboutiront.

Comite Social Centre Sud, une photo de Ivy Dawned (cc by-sa 2.0)

Le personnage

Unicorn, une photo de Otto Phokus (cc by-sa 2.0)

C'est un personnage extraordinairement riche. Il s'attend à ce que le monde, la réalité se plient à sa volonté.

Il demande à plusieurs personnes s'il a le droit de stationner dans la rue derrière. On lui dit que non, ou de se renseigner auprès de l'administration de la ville. Il regarde les panneaux de signalisation et énonce à haute voix les arguments qu'il utilisera pour se justifier. Ce n'est que trois contraventions plus tard qu'il renoncera à se stationner là. Et il engueule le propriétaire de son logement comme si c'était la faute indiscutable de ce dernier.

Alors que sa voisine lui demande de faire moins de bruit, il justifie chacun des sons émis: il ne peut pas ne pas claquer les portes parce que celles-ci collent; les bruits de pas lourds et pesants ne peuvent être évités parce qu'il ne va tout de même pas marcher sur la pointe des pieds chez lui — comme s'il n'y avait aucune nuance possible entre le pas militaire et les pointes de ballet; la musique qui fait vibrer le plancher et les voix trop fortes qu'on entend jusque chez le cinquième voisin relèvent de son «droit de jouissance paisible des lieux». Et puis, après tout, c'est le Plateau, on doit s'attendre à du bruit. Il entend de la musique partout où il passe dans ce quartier.

Il me rappelle Noah dans Not Wanted on the Voyage: obtus, agressif, violent. Et arrogant. Parce que certain d'être en mission divine.

Ça serait un personnage extraordinairement riche si ce n'était pas mon voisin de dessous.

Alors je déménage. Parce que je n'ai pas la patience, l'envie de me battre. Je vais me contenter de rêver que sa bite sèche, se ratatine et tombe.

Unicorn, une photo de Otto Phokus (cc by-sa 2.0)

Feinte

Leurre, Art Oriente Objet, une photo de régine debatty (cc by-sa 2.0)

Nous avons des sobriquets. À cause de la différence d'âge entre nous, je suis félidée, il est cervidé. C'est un leurre. Il est beaucoup plus félin que je ne saurai jamais l'être.

Aujourd'hui, je n'existe pas. Il n'a pas répondu à mon courriel d'il y a quelques jours. Au téléphone, il est froid, distant, pas intéressé.

La semaine dernière, il était chez moi. Dans mon lit. Nos corps, nos désirs se connaissent bien. Les habitudes sont vite revenues. C'était vachement bon. Vraiment. Beaucoup.

La semaine précédente, il m'avait écrit. Un long courriel. Comme ce n'est pas du tout son habitude. Dans lequel il faisait un mea culpa éloquent sur l'absence de réponses à mes plus récents courriels. Dans lequel il s'inquiétait de ma situation professionnelle, que LinkedIn faisait paraître comme fort probablement problématique, offrait de l'aide si j'en avais besoin. Dans lequel il confiait, à demi-mot, une épreuve sentimentale récente. J'ai été charmée. Comme toutes les fois où il s'est montré attentif ou vulnérable.

Il est un chat qui sait charmer tout être humain lorsqu'il veut des câlins et qui les ignore royalement quand les câlins ne l'intéressent plus.

Je suis un chien. Un chien fidèle qui bat la queue de bonheur quand le maître qui l'a abandonné revient au bercail comme si de rien n'était. Je ne suis pas équipée pour survivre dans une culture égocentrique.

Leurre, Art Oriente Objet, une photo de régine debatty (cc by-sa 2.0)

La maman et la putain

March for Life 2015, une photo de American Life League (cc by-nc 2.0)

En groupe, on discute avortement. Elle dit qu'elle n'a rien contre l'avortement, mais...

— T'sais, j'ai deux garçons maintenant.

Fin de son argument. Je comprends. Mais ça m'énerve. Parce que c'est un argument émotif. Que je peux comprendre à un niveau personnel. Mais pas politique. Ou social. Une autre mère, moins heureuse dans sa maternité, aurait un autre raisonnement. Et comme elle nous baratine depuis le début de la journée avec ses arguments à la noix sur tous les sujets abordés, je suis en mode acide.

— Ben moi, j'ai eu recours à l'avortement après un viol, faque tes deux garçons, j'en ai un peu rien à foutre.

Silence de glace.

March for Life 2015, une photo de American Life League (cc by-nc 2.0)

Poser nue

Il y a quelques semaines, j'ai posé nue pour le projet d'une amie. L'exercice a été intéressant à plusieurs titres et pour plusieurs raisons.

Elle fait un livre de nus d'hommes. J'apprécie beaucoup l'ironie d'y inclure des photographies de moi (quoiqu'en pense les gens qui croient que Victoria Welby est un homme).

Elle voulait m'entendre parler de mon rapport à mon corps pendant cette séance photographique. Je m'étais promis que j'allais le faire uniquement en des termes positifs. J'ai réussi. Ce qui n'est pas une mince affaire, considérant que le corps des femmes, dans notre monde, est constamment l'objet de critiques, de sanctions, d'impératifs, de normes, de jugements, de conseils, etc.

Cela dit, la discussion et les réflexions qui ont suivi m'ont permis de me rendre compte d'une chose que je trouve captivante depuis: j'ai appris à aimer mon corps en l'habitant, en l'incarnant, plutôt qu'en le regardant.

Si je compare mon corps aux modèles (si peu variés) qu'on trouve dans la culture et les médias, il est toujours nécessairement hors normes, inadéquat, insatisfaisant. Le visuel est surdéterminé, surpeuplé, extrêmement normatif.

Si je prends la peine d'habiter mon corps — apprécier que mes jambes me permettent de courir régulièrement dans les allées d'un parc; m'émerveiller du fait que je suis  capable de faire une longueur de piscine au papillon et que, pendant un dixième de centième de seconde, à chaque sortie de l'eau, j'ai l'impression de voler!; être fascinée que différentes parties de mon corps fonctionnent de façon presque autonome quand je danse le baladi; aimer sentir l'eau d'une rivière, d'un lac ou d'une mer couler doucement sur ma peau; au printemps, me balader le nez en l'air avec une attitude féline pour capter tous les effluves des arbres en fleurs; goûter avec bonheur les saveurs du levain dans un pain tout juste sorti du four; etc. — si je prends la peine d'habiter mon corps et de l'incarner, donc, il m'est beaucoup plus facile de l'apprécier, de l'aimer, de le chérir. L'absence de discours et d'images prescrites, en ce domaine, aide beaucoup.

La sexualité est un cas particulier. Parce que le patriarcat. Parce que l'inceste et le viol. Plus difficile d'habiter là mon corps librement. Mais pas impossible. Et terriblement chouette quand j'arrive à le faire décemment, seule ou avec de la compagnie.

À plusieurs reprises au cours des ans, j'ai aussi fait le choix d'habiter mon corps différemment. Ne pas épiler mes sourcils épais. Ne pas retirer le poil sous mes aisselles. Ou sur mes jambes. Ou autour de mon sexe. Ne plus déteindre le duvet qui surplombe ma lèvre supérieure. Ne plus porter de soutien-gorge. Aimer le temps que je n'y perds plus. Aimer la liberté que j'y gagne. Résister aux regards désapprobateurs (parfois, aux insultes verbales, mais aussi aux questions insidieuses) qui ont découlé de ces choix m'a beaucoup appris sur mon rapport à moi-même et ma capacité à résister aux discours et gestes normatifs.

Le bilan est somme toute positif: je suis heureuse dans mon corps, je l'aime la plupart du temps et je tiens un discours positif le concernant. Sans crier victoire, je me permets de croire que je suis du côté des vainqueresses.

(Merci, Nora!)

Cabane à sucre

Bulling artifact - Harcèlement à l'école, une photo de francois schnell (cc by 2.0)

Nous sommes à la cabane à sucre à ce moment de l'année au cours duquel, dans le bois, on marche dans un mélange improbable d'eau, de neige, de bouette, de slutch et de glace. J'ai une paire de bottes exceptionnelles pour faire face à cet amalgame étrange, mais ça me fait de gros pieds bleu royal. Un type de notre groupe les remarque.

— Heille, tu t'en vas-tu en voyage de l'espace, toi?

Je ne souris pas, ne réponds pas. Il insiste. Beaucoup. Prend d'autres personnes à témoin. Rigole haut et fort. Je m'impatiente.

— Toi, ado, tu étais du genre à emmerder des camarades de classe jusqu'à ce qu'elles, ils aient envie de se suicider, right?

•  Bulling artifact - Harcèlement à l'école, une photo de francois schnell (cc by 2.0)

Réveillez-vous!

Feminist art on the bridge, une photo de Annette Dubois (cc by-nc 2.0)

J'ai le même rapport à la porte qu'au téléphone: quand ça sonne, je réponds rarement. Sauf quand j'attends quelqu'une, quelqu'un ou un appel en particulier. Sauf que, dernièrement, un copain qui a déménagé dans le coin a annoncé son intention de passer chez moi à l'improviste. Du coup, maintenant, j'ouvre quand on sonne.

Je ne reconnais pas le visage. Mon sourcil gauche se lève en guise de question.

— Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas une Témoin de Jéhovah.

Mon sourcil est toujours levé. Elle m'explique l'ouverture de son tout nouveau salon de beauté à quelques pas de chez moi.

Je crois que je préfère les Témoins de Jéhovah. Elles et eux souhaitent sauvez mon âme et non me vendre des services qui perpétuent l'idée très partriarcale qu'on a de la beauté des femmes.

Feminist art on the bridge, une photo de Annette Dubois (cc by-nc 2.0)

Dans les villes

wanderlust, une photo de Sharon Wish (tous droits réservés, avec la très gentille et appréciée permission de l'auteure!)

[Série 9. Suite de Trois automnes plus tard]

Je médite dans un studio de yoga au coin de la rue Laurier et du boulevard Saint-Laurent, juste en face d'une caserne de pompiers. À l'intérieur, on entendrait une mouche voler. Dehors, c'est bruyant.

Ce soir, la pluie et l'humidité amplifient les sons qui proviennent de l'extérieur. Les modifient, aussi. Généralement, le bruit des voitures qui roulent en bas me dérangent un brin (quand je suis moins zen, vraiment beaucoup). Là, ce bruit parvient à mes oreilles comme un concert de déferlantes déchaînées. Je ne devrais pas m'attacher à cette sensation. Mon esprit s'entête. Il est si rare qu'un paysage sonore urbain me charme, me séduise, m'envoûte.

De toute façon, je ne suis qu'une pseudo bouddhiste. J'aime trop l'émerveillement pour aspirer à la véritable équanimité.

wanderlust, une photo de Sharon Wish (tous droits réservés, avec la très gentille et appréciée permission de l'auteure!)

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