So long

Hello Darkness My Old Friend, une photo de Geraint Rowland (cc by-nc 2.0)

C’est la deuxième fois en quelques années que tu m’envoies par la tête des mots d’une méchanceté, d’une violence, d’une virulence inouïes. Tu fais mon procès, tu me juges comme si j'étais le diable en personne, le mal incarné, la peste du 21e siècle.

La semaine, le mois d’avant, j’étais l’excellente copine chez qui on va rester quand on est de passage en ville, à qui on se confie et qu’on trouve généreuse et gentille.

Je sais que ton volte-face, tes mots émanent de blessures qui ne m’appartiennent pas, dont je ne suis pas responsable. Mais ils me heurtent tout de même. Énormément. Parce que leur brutalité — leur fureur, leur véhémence — est fulgurante. Étouffante. Assassine.

Pour la deuxième fois je vais faire le ménage dans mes souvenirs de nous deux. Les mauvais, à la poubelle, où on espère qu’ils pourriront bien vite; les bons, dans la tête et dans le coeur, pour se rappeler qu’il y a eu de bons moments, des moments qu’on a chéris, qui nous ont nourri.

Mais il n’y aura pas de jamais deux sans trois. La cassure est, cette fois, irréparable. On peut faire l’effort d’oublier, et les blessures finissent par guérir. Mais certaines blessures, plus profondes, laissent des cicatrices indélébiles.

Hello Darkness My Old Friend, une photo de Geraint Rowland (cc by-nc 2.0)

Impair

Hairy feminist, une photo de quisnovus (cc by-nc 2.0)

La conversation nous amène vers des terrains glissants.

Il croit que les femmes hétéro qui s’embrassent et se collent l’une contre l’autre pour plaire aux hommes sont incroyablement séduisantes.

Comme la sexualité lesbienne, quand elle n’est pas exploitée pour attiser le désir des hétéro, est bien trop souvent utilisée pour opprimer ou discriminer des femmes, je me dis que le désir hétéro pourrait bien trouver autre chose pour se branler.

Il croit que les femmes ont un devoir de se faire les jambes.

Je ne vois pas pourquoi on obligerait les femmes à retirer les poils de leurs jambes. D’autant qu’on ne le demande pas aux hommes.

Il se fâche.

— De toute façon, tous les hommes croient que deux femmes qui s’embrassent, c’est sexy. Et puis je n’inviterais jamais à sortir une femme qui a les jambes poilues!

— De un, faudrait arrêter de croire que ton opinion de petit mâle chauvin représente le point de vue de la gent masculine au grand complet. De deux, tu l’as fait.

Je pose le pied sur la table et lève la jambe de mon jeans pour lui montrer un mollet bien hirsute. J’en profite pour attraper mon sac et me tirer de là avant d’avoir envie de casser des gueules pour de bon.

Hairy feminist, une photo de quisnovus (cc by-nc 2.0)

Les aut(eu)res incontournables

Women Writers in Literary History A to Z (Indiglo version), une photo de Julie Jordan Scott (cc by 2.0)

Radio-Canada dévoilait, cette semaine, dans le cadre de l’émission Plus on est de fous, plus on lit, sa liste des incontournables, ces livres canadiens qu’on croit que tout le monde devrait lire au moins une fois dans sa vie. Résultat: grosso modo 30 femmes pour 70 hommes.

Encore une fois, les mots, les discours, les paroles, les voix, les oeuvres des femmes sont sous-représentées. Que faire? Envahir les réseaux sociaux avec des suggestions d’auteures canadiennes incontournables; rendre visible, public, évident le talent des écrivaines du Canada, mettre en évidence la beauté de leur contribution, la pertinence de leur discours. Comment? Avec le mot-clic #auteureIncontournable, le nom de l’auteure et le titre de l’oeuvre.

Women Writers in Literary History A to Z (Indiglo version), une photo de Julie Jordan Scott (cc by 2.0)

Le vilain petit canard

The ugly swan?, une photo de Jon Grierson (cc by-nc 2.0)

Je n’aime pas les mots, les expressions qu’on utilise pour parler des gens dont on est amoureuse, amoureux. «Ma blonde», «mon chum», «ma douce», «mon mec», «ma femme», «mon mari». «Ma», «ma», «ma». «Mon», «mon», «mon». Comme si l’autre nous appartenait, pouvait être notre chose. Il y a peu de formulations élégantes pour éviter le possessif. Les moins pires à mon sens: le mec dont je suis amoureuse; le type que je fréquente. De moindre mots, pour faire un jeu de maux plate.

Je lui en ai parlé avec conviction alors que nous nous connaissions encore peu, mais étions en train de tomber follement amoureuse, amoureux, l’une, l’un de l’autre. Sa réponse allait dans le sens qu’il comprenait l’argument, mais qu’il ne se gênerait pas pour dire «ma blonde». Les crisses de «mais». Paraît que les «si» coupent les «-rais». M’est avis qu’on devrait foutre la paix à celles et ceux qui ne coupent pas les raies avec leur scie — après tout, il s’agit d’un archaïsme et la maîtrise de ceux-ci est signe de compétence linguistique, non? — et qu’on devrait plutôt s’attaquer aux «mais» qui sont tout sauf de la compréhension et qu’on ne peut même pas excuser en leur trouvant des qualités stylistiques ou rhétoriques.

Maintenant que nous sommes dans l’après et que je cuve ma peine d’amour, je jette un autre regard sur cet épisode. J’ai aimé que cet homme aime chez moi ce qui en dérangeait tant d’autres. Que mon atypie lui apparaisse charmante, désirable, envoûtante. J’étais le légendaire vilain petit canard; il était mon cygne charmant. Signe trompeur. Parce que le «mais». J’avais oublié que, en dehors de la littérature, il n’était jamais de fois. Que le vilain petit canard est une figure romantique par excellence. Et que le cygne est tout aussi carcan que le canard. On aime mon atypie, mais... Si je cancane; si je drense. On ne souhaite pas m’entendre rugir, hurler, barrir ou beugler.

J’hésite entre la colère de n’avoir pas été acceptée et la tristesse de m’être aussi bêtement bernée moi-même; la tristesse de n’avoir pas été entendue et la rage de m’être aussi bêtement bernée moi-même. J’irai relire Pinkola Estés, et je hurlerai avec les louves. Les meutes me semblent beaucoup plus accueillantes que les contes et les fables.

The ugly swan?, une photo de Jon Grierson (cc by-nc 2.0)

Probabilités

you never know what's around the corner, une photo de gato-gato-gato (cc by-nc-nd 2.0)

Premier coin de rue.

— Tu veux aller prendre un verre?

— Non, je ne suis pas intéressée.

Deuxième coin de rue.

— Pourquoi? Tu pourrais découvrir que je suis un bon gars!

— Eh ben, jusqu'à présent, tu t'avères collant, limite harceleur, et tu n'acceptes clairement pas «non» comme réponse. Je vais prendre un gros risque et croire que tu n'es pas un bon gars et poursuivre mon chemin.

you never know what's around the corner, une photo de gato-gato-gato (cc by-nc-nd 2.0)

L’improbable marché des clopes dans les (fausses) ruelles montréalaises

Smoking is Healthier than Fascism, une photo de Mikey Wally (cc by-nc-nd)

[Série 7. Suite de hello goodbye/farewell mona lisa]

Fin de soirée chaude d’été. Elle sort de la cuisine d’un restaurant, clope au bec, heureuse, légère.

— Excuse-moi, est-ce que je peux t’acheter une cigarette?

Elle me regarde l’air vraiment penaud. Zut, elle a elle-même quêtée sa clope. Version postmoderne de l’arroseur arrosée: la quêteuse quêtée.

Début de soirée fraîche de printemps montréalais. Il arrive au bout de la rue Saint-Christophe et s’apprête à tourner sur Marie-Anne, clope au bec.

— Excuse-moi, est-ce que je peux t’acheter une cigarette?

Je tends un dollar. Son regard est un brin désemparé. Il me tend sa clope, à peine entamée. Je veux refuser, mais il précise qu’il s’en va acheter un paquet, pointant du doigt le dépanneur au coin de la rue.

J’aime beaucoup la sollicitude de certaines fumeuses, certains fumeurs. Elle me rassure sur l’état du monde.

Smoking is Healthier than Fascism, une photo de Mikey Wally (cc by-nc-nd)

Les dompteurs de bête

IMG_9349, une image de Intensivtäteraggressor (cc by-nc-nd 2.0)

Il aime ma crinière de fauve, ma bestialité, mon cran, ma détermination. Mais seulement dans certains contextes. Autrement, il souhaite me domestiquer. Ne conserver que ce qui, de ma nature de fauve, lui plaît, lui convient, ne le dérange pas.

Le dompteur aime la musique québécoise. On devrait lui chanter du Marjo. Pour lui rappeler qu’on n’apprivoise pas les chats sauvages.

Il y a longtemps de cela, j’avais utilisé une autre métaphore pour expliquer à un homme que ses tentatives de contrôle à mon égard étaient inacceptables: je me suis décrite comme un oiseau qui, en cage, perd couleurs et plumes, tait son chant mélodieux, dépérit, meurt.

Entre les deux, je suis devenue vachement féministe. Je n’aime plus les images de petits oiseaux comme métaphore de moi-même. Je serai féline. Ou j’irai courir avec les loups.

I am a beast. And I won't be tamed.

IMG_9349, une image de Intensivtäteraggressor (cc by-nc-nd 2.0)

Les femmes en série

2008-01-13 Borrowing a cliché: Why does anybody think, germans were that accurate?, une photo de Henning Mühlinghaus (cc by-nc-nd 2.0)

— Oui, il y a des sujets de femmes.

Vraiment, lesquels?

— Il faudrait que je demande à ma femme.

Ta femme, elle représente toutes les femmes?

— Mais elle parle tout le temps avec ses amies au téléphone!

Elle et ses amies, elles représentent toutes les femmes?

— Dans le métro, je le vois, toutes les femmes, elles parlent tout le temps ensemble.

Toutes les femmes, vraiment? Peut-être n'es-tu juste pas attentif à celles qui ne parlent pas?

— Non, elles parlent toutes.

Et je suppose qu'elles parlent toutes de la même chose, des sujets de femmes?

Une chance que je ne crois pas, comme toi, que toutes les femmes sont semblables et que tous les hommes sont semblables. Parce que je penserais que la moitié de l'humanité est particulièrement idiote et stupide.

2008-01-13 Borrowing a cliché: Why does anybody think, germans were that accurate?, une photo de Henning Mühlinghaus (cc by-nc-nd 2.0)

Le patriarcat est dans les détails

Je suis avec mon mec dans une boîte de nuit. On danse comme des démente, dément. On s'amuse. Beaucoup.

Du coin de l'oeil, j'aperçois un duo de mecs qui semble manigancer un mauvais coup. Leurs regards pointent dans notre direction. Et, comme de fait, le duo s'avance vers nous. Un des types se glisse brutalement entre mon mec et moi; l'autre en profite pour me mettre la main sur un sein. Je cesse net de danser et plante un regard noir et menaçant dans le sien. Il lève les mains comme pour demander l'armistice. Soit. Je retourne à mon mec et à la danse. Mais mon oeil demeure vigilant. Le duo infernal ne revient pas nous troubler, mais il harcèle joyeusement nombre de personnes sur la piste de danse.

Derrière mon mec, il y a un type qui, subrepticement, pose ses mains sur les fesses d'une jeune femme. Puis les retire rapidement. Et recommence. Plusieurs fois. Le femme se déplace, mal à l'aise, mais est incapable d'identifier qui fait quoi. Je m'interpose entre les deux. Bousculant, du coup, le type. Avant de partir, j'avertis la femme de la situation et lui identifie clairement le coupable. J'offre aussi d'aviser un videur, mais elle refuse. Soit.

Après la soirée, dans la rue, alors qu'on rentre à la maison, mon mec se désole de mes réactions.

Je suis fière de moi. J'ai tenu tête à un harceleur et je suis intervenue pour que cesse le harcèlement d'une autre femme. Il y a quelques années, j'aurais baissé les bras, accepté la situation pour ce qu'elle est, aussi déplaisante soit-elle. Je me serais dit que «c'est la vie».

Mon mec m'a trouvée obstinée et violente. Parce que j'étais encore en colère en fin de soirée. J'aurais dû «passer par-dessus, oublier, me concentrer sur le plaisir de danser». Avoir du plaisir à danser, c'est tout un défi quand tu évolues sur une piste de danse où ton corps est la proie constante du désir avilissant de plusieurs hommes, parfois symboliquement quand tu es chanceuse, parfois bien concrètement et littéralement quand tu es moins chanceuse.

Mon féminisme en prend un coup. Pendant un moment, j'ai osé oublié que non seulement on n'apprend pas aux femmes à se défendre mais, en plus, on leur refuse leur colère pourtant tellement légitime. Pis la personne qui me le rappelle, c'est le type que j'accueille dans mon lit tous les soirs, bordel de merde. Mon féminisme un prend un crisse de bon coup. Rien pour calmer ma colère.

Zone érogène XX

Dans son profil, il y avait une photo torse nu qui montrait son flanc. Un très joli flanc. Sexy.

Pendant les trois heures qu'a duré notre conversation, je n'ai pas vu son flanc. Mais j'y ai pensé. Beaucoup. J'ai imaginé avec moult détails la façon dont je le caresserais du bout des doigts, du bout des cheveux, puis avec la paume de la main, mes lèvres, ma langue. Je crois bien que j'ai mouillé ma culotte un brin en y pensant alors que nous parlions de différences culturelles.

Cette nuit, je rêverai non pas un, ni deux, ou même trois, mais bien quatre orgasmes spectaculaires à couper le souffle. Je me réveillerai haletante et repue. Triomphante.

Et ça me fera un bien fou. Parce que, dernièrement, j'ai bêtement cru que mon désir était malade. Alors qu'on me l'avait plutôt éteint, ennuyé, etouffé.

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