Zone érogène XIX

Mon mec et moi faisons les étoiles dans le lit. Face à face. Lui par-dessus moi. La partie de jambes en l'air a été succulente. Vraiment. Beaucoup. Énormément.

Nos corps sont repus. Vraiment. Beaucoup. Énormément.

Pourtant, mon sexe, pendant quelques secondes, se contracte délicieusement et un orgasme fabuleux envahit mon corps. Puis de nouveau quelques secondes plus tard. Et encore une fois un moment plus tard. Des soubresauts de plaisir absolument exquis. Inopinés. Inattendus. Mais drôlement appréciés.

Mon mec me regarde avec un brin d'envie au coin de l'oeil.

Le fond du bus

ogre, une photo de Paul (cc by-nc 2.0)

Je suis dans le fond du bus avec un bouquin. Après un moment, un vague sentiment de malaise s'installe en moi. Je lève les yeux.

À ma droite, les doigts du type — pourtant assis deux places plus loin, mais dont le bras d'étire sur le dossier du banc — frôlent presque ma nuque.

À ma gauche, un grattage grossier de la presque entrecuisse a tout l'air d'une branlette à peine euphémisée.

Devant moi, des yeux exorbités et voraces fixent ma poitrine, pourtant ensevelie sous deux chandails et un manteau d'hiver avec foulard noué au cou.

Mon sentiment de malaise s'intensifie, prend racine, s'installe pour de bon.

Ma tête cherche une évasion symbolique.

Tiens, je serai Mallory Knox dans Natural Born Killers. Je pèterai majestueusement la gueule du type qui est arrivé dans le diner et qui me traite comme une midinette grivoise. Ou je serai Beatrix Kiddo dans Kill Bill. Je foutrai des baffes spectaculaires au type qui s'interpose entre moi et le sabre convoité. Je suis forte, je suis vengeance, je suis invincible.

Puis je me ravise. Je n'ai pas envie d'être un fantasme. Je ne veux pas être une femme fatale, même létale. Je ne veux pas être objet de désir, objet sexuel, même mortel.

Je puise plutôt dans le répertoire horreur-gore. Je serai bête pratiquement informe, à la peau écaleuse et visqueuse, couverte de verrues et de plaies, à l'oeil hagard, à la bouche ouverte sur une dentition pourrie et d'un brun jaunâtre.

Je crois bien même que j'arrive à grossir mon volume corporel, à sentir la viande avariée, à laisser couler au coin de ma gueule une bave poisseuse et à émettre des grognements gutturaux.

Quand, arrivée à mon arrêt, je me lève pour sortir du bus, le type de droite est tout recroquevillé sur lui-même, prenant à peine une demi-place, le plus loin possible de moi. Le type de gauche croise chastement ses jambes, les mains modestement posées de chaque côté de ses cuisses. Le type d'en face examine avec soin le paysage extérieur derrière son épaule gauche. Une goutte de sueur coule le long de sa tempe.

ogre, une photo de Paul (cc by-nc 2.0)

Zone érogène XVIII

Mon mec et moi sommes allongés côte-à-côte. Dans ma main, il y a sa bite une peu molle. Je la caresse paresseusement. Parce que une longue soirée. Parce que la fatigue.

Jusqu'à ce que, sous mes doigts, je sente des jets de sang affluer dans son sexe et le faire bander fermement. Et ça m'allume terriblement beaucoup de sentir cette pression sous mes doigts.

Mon corps se réveille définitivement. Je chevauche mon mec, plaçant mon sexe tout près de ses couilles. J'enduis mes mains d'huile d'amandes et le branle majestueusement. Parce que le désir. Parce que le plaisir. Parce que la beauté de sa bite bandée entre mes doigts luisants. Parce que la douceur de ses couilles lovées contre ma chatte. Parce que mmmmmmmmmm...

Un quart de huitième de seconde avant que son foutre gicle, je le sens affluer le long de sa verge sous mes doigts.

J'aime définitivement beaucoup tâter les plaisirs, désirs, envies de mon mec du bout des doigts. C'est rudement sexy.

Le balcon

[Série 11. Suite de Le balcon]

'Vines', United States, New York, New York City, une photo de Chris Ford (cc by-nc 2.0)

La porte moustiquaire en bois, le balcon en bois, la remise en bois, les vignes, les arbres — la verdure en général — donnent à mon balcon de la rue Poitevin une allure très campagnarde. Le jeune homme à la crinière de feu se plaît à dire qu'il quitte son Plateau de L'Assomption pour venir me visiter dans ma campagne plateau-montroyalaise.

Le chat jaune des voisins du sud passe faire un coucou ronronnant. Le jeune homme à la crinière de feu a beau protester son non-amour des bêtes félines, le chat des voisins s'en fout et frotte son museau, sa tête, ses oreilles contre ses mollets.

J'habite ici depuis plus d'un an maintenant et j'ai bien l'intention de rester un moment, contrairement à mes habitudes des dernières années. Je n'ai pas trop aménagé l'intérieur de l'appart encore (la chambre est toujours d'un bleu poudre désespérant), mais je me suis procuré une table et des chaises pour le balcon arrière. Je m'enracine peu à peu.

Je connais même mes voisins un tantinet. La famille reconstituée du sud, dont le pommier est sans pommes cette année. Le couple sympa du nord, qui ne fait pas de travaux pendant l'heure de la sieste des gamines, des gamins de la garderie d'à-côté. Mes voisine, voisin du dessous, à qui je fais la conversation à travers les barreaux du balcon, et leur chien chasseur de souris.

Je regarde le jeune homme à la crinière de feu qui, de l'autre côté de la table, me lance un sourire magnifique. Je suis heureuse. Et amoureuse.

'Vines', United States, New York, New York City, une photo de Chris Ford (cc by-nc 2.0)

Le supposé ami

seven dealdy sins — envy, une photo de ickle_munchkin (cc by-nc-nd 2.0)

Je lui dit que je fréquente désormais quelqu’un. Il me passe des commentaires sur mon apparence physique. Ça se donne comme des compliments, mais ça sonne drôlement comme de la concupiscence degré zéro.

Je lui parle de ce quelqu’un dont je suis amoureuse et qui me rend vachement heureuse depuis un moment. Il me répond que ce type n’est qu’un parmi d’autres, que j’ai plein d’hommes à mes pieds. Ça ne se donne plus du tout comme des compliments, ça sonne très sérieusement comme des insultes qu’on sert à quelqu’une qu’on considère comme une traînée.

J’aimerais avoir la présence d’esprit de me fâcher — noir — ici, maintenant, tout de suite. Il y a encore trop de good catholic girl en moi pour lui dire de remballer son estie de tabarnak de câlisse de phallus dans son crisse de pantalon de mâle chauvin patriarcal condescendant paternaliste dégoulinant de dégueulasseries.

Je me contente, bêtement, d’être poliment vexée.

seven dealdy sins — envyune photo de ickle_munchkin (cc by-nc-nd 2.0)

Zone érogène XVII

Mon mec fait l'étoile dans le lit. Son visage est contorsionné; sa bouche, grande ouverte. Des sons un peu gutturaux s'en échappent. Ses mains agrippent les barreaux de la tête de lit. Son corps est bandé comme un arc. Mon mec prend son pied. Son foutre gicle; un «ah» en crescendo s'empare de l'espace ambiant et résonne chez la troisième voisine.

Mon mec est vraiment joli. Quand il jouit, il est vachement, diablement, foutrement beau. Je ne me lasse pas de le voir ainsi.

Roger & Rita

Pinpon vient me rejoindre dans le lac. C'est un après-midi superbe. Nos peaux chauffées par le soleil apprécient la fraîcheur de l'eau.

Comme le son porte sur le lac, on se tient tout près l'un de l'autre pour papoter. De fil en aiguille, nos bouches se collent à nos oreilles, nos corps se rapprochent. Je perds le fil de la conversation au moment où les lèvres de Pinpon s'intéressent plus à mon lobe d'oreille qu'aux mots à prononcer. Mes jambes glissent autour de ses hanches; mes bras agrippent fermement son torse; ma bouche, ma langue, mes dents fouinent dans son cou avec un enthousiasme un tantinet quiet.

Son corps se met à onduler contre le mien. Chaque fois que nos peaux se détachent l'une de l'autre, un frisson parcours nos corps, alors un peu frileux. Même le contact des quelques plantes aquatiques sur mes jambes me plaît. Les bisous de poissons curieux sont plus étonnants, me font sursauter un brin, mais finissent par s'intégrer à l'allégresse du moment.

On reste enlacés longtemps l'un à l'autre, goûtant les variations de température, la légèreté des corps flottants dans l'eau, la présence attentionnée, abondante, opulente de l'autre.

Du chalet d'en face, on entend de la vaisselle tomber et se fracasser sur le plancher.

— Roger!!! Sont en train de faire ça dans l'lac! Viens vouère!

— Rita, calme-toé, bon yeu!

Roger se poste tout de même à la fenêtre pour nous zieuter.

On rigole très fort et de très bon coeur.

— Victoria?

— Pinpon?

— On leur en donne pour leur argent?

Je baisse le maillot de Pinpon aux cuisses, empoigne sa verge d'une main enthousiaste tout en continuant de l'embrasser. Il m'interrompt un instant pour enlever le bas de mon maillot. Qu'il jette sur le quai. Rita s'indigne ou s'excite, on n'est pas trop sûr, et Roger tente tant bien que mal de la calmer.

Pinpon insère trois doigts dans ma chatte, collant la paume de sa main contre mon pubis. Il alterne entre le mouvement bref, pulsatif, efficace et la traînée langoureuse qui part du fond de mon sexe et s'étire lentement jusqu'au bout de mes nymphes et de mes grandes lèvres, tout en douceur intense. Le mouvement de ma main le long de sa verge, de mes doigts autour de son sexe emboîtent le pas. Un orgasme dément s'empare de moi alors que ses doigts glissent au creux de mes nymphes; je beugle mon bonheur à tout vent. Le visage de Rita, avec ses deux mains de chaque côté, ressemble à une version porno du cri de Munch. Je continue de branler Pinpon, qui jouit plus modestement, en soupirs et en soubresauts.

 

Le lac

[Série 11, suite de La ferme]

"You dive under...", une image de mgstanton (cc by-nc-nd 2.0)

Je suis en vacances au lac Claude. C'est un endroit charmant.

Au bout du quai, le jeune homme à la crinière de feu et moi, on échange langues et oeillades. Et j'espère très fortement que ça se répétera plusieurs jours d'affilée. Plusieurs semaines. Plusieurs mois. Ma tête n'ose pas encore considérer les années. Mais elle n'en est pas loin.

Lors de notre première date, au parc des Chutes-Dorwin, un rongeur nous a très cavalièrement volé une prune. Au retour, les pieds traînant dans l'eau au bout du quai, on s'est gentiment obstiné sur la nature du rongeur: petit suisse ou écureuil. Nos visages étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. J'avais vachement envie de l'embrasser.

Le copain qui vient d'arriver de la ville s'énerve contre une partie de l'humanité qui fait, selon lui, de grosses âneries. Il a raison. Mais on lui planque tout de même un verre de rosé dans la main et on pointe le bout du quai. Le bonheur est au bout du quai. Vraiment. C'est magique. Trois minutes de bout de quai et la légèreté, la lenteur, le bonheur s'imposent avec douceur, mais très obstinément.

J'étais certaine d'avoir vu, à plusieurs occasions, une loutre dans le lac. Le jeune homme à la crinière de feu me trouvait bien chanceuse, n'ayant pas eu l'occasion lui-même d'en observer souvent. Jusqu'à ce que le rat musqué se pointe devant nous. Le jeune homme à la crinière de feu a bien tenté d'être fair-play et de considérer et la loutre et le rat. Mais je dois bien avoué que je n'ai décidement vu qu'un rat musqué. Version postmoderne en oxymore d'Anderson: La vilaine petite loutre. Il m'a couverte de baisers pour me consoler.

Je passe des heures à observer les cannes avec leurs canetons dans le lac. Certains sont plongeurs: ils disparaissent complètement sous l'eau et reviennent à la surface dans un mouvement qui me rappelle un jeu d'adresse de fêtes foraine. Ce qui m'amuse beaucoup. D'autres se contentent de mettre le cul en l'air pour fourrager le fond du lac. Ça me rend béatement, bêtement, heureuse.

Un soir, un caneton solitaire cancane à tue-tête sans reprendre son souffle et sans arrêt. Peut-être parce que je lis 180 jours d'Isabelle Sorente, dans lequel il est question du sort des cochons et des humains qui s'en occupent dans les porcheries industrielles, je suis particulièrement sensible à ce qui semble être un désarroi profond. Après une demi-heure, sa bande amerrit et le cancanage prend presque fin. Il reste quelques soubresauts, comme les reniflements qui succèdent à une grosse peine de gamine, de gamin. Je suis émue par le dénouement heureux; le jeune homme à la crinière de feu est ému de mon attendrissement face à ce Caliméro improbable. De nouveau, je suis couverte de baisers.

Une fin d'après-midi, alors qu'on sirote un rosé au bout du quai, le gamin de la maison d'en face, sur l'autre rive, se jette à l'eau à répétition à partir de son quai à lui. Il est un superbe plongeur. On le lui dit. Un sourire magnifique s'affiche sur son visage. À force de fraterniser, on apprend que, à l'autre bout du lac, il y a une plage. Et que le gamin a presque réussi à flatter les canards. Il l'affirme avec une certaine fierté. Il ajoute qu'il habitera toujours au bord d'un lac. Un projet de vie louable, que je dis.

Le soir, au bord du feu, étendu sur une couverture, le jeune homme à la crinière de feu et moi faisons un pari sur qui verra le plus d'étoiles filantes. L'enjeu: un petit déjeuner au lit. On est bien d'accord tous les deux que c'est un pari pour lequel il n'y pas vraiment de perdante, de perdant. Mais ça nous amuse de tenir le compte. Victoria Welby : 3; jeune homme à la crinière de feu; 2

En se relevant, on se rend compte que notre intérêt pour les étoiles filantes nous a fait oublié que c'était soir de pleine lune. Elle est magnifique, cette pleine lune, tout entourée qu'elle est d'un subtil halo orange. On descend sur le quai, pour avoir un meilleur point de vue.

Le bonheur est définitivement au bout du quai.

"You dive under...", une image de mgstanton (cc by-nc-nd 2.0)

Cruz Nite au lac Claude

Pinpon est venu me rejoindre dans ma campagne du moment. Tout le monde est allé se coucher; nous restons au bord du feu. Nous mettons une couverture au sol et nous nous y étendons, question de mieux voir les perséides.

Pour compenser la fraîcheur de la nuit, nos mains se cachent dans les bouts de manche, les poches de manteau, de pantalon; nos corps se rapprochent, finissent par se lover l'un contre l'autre. Pinpon chuchote je ne sais trop quoi à mon oreille, je n'entends qu'un murmure ronronnant, le crépitement du feu, les cigales, les grenouilles. Et j'aime ça. Beaucoup.

Une main sort d'un bout de manche, des doigts s'introduisent entre un chandail et un pantalon, caressent une peau frémissante. Pendant un long moment, les yeux demeurent fixés au ciel alors que les doigts se rassasient de peau.

Pinpon renonce le premier à la beauté tranquille du ciel étoilé. Son corps s'étend pesamment sur le mien. Nous nous embrassons presque timidement. Longtemps.

Je me sens comme une adolescente en vacances qui a réussi à se dérober à la surveillance parentale et au couvre-feu. Et ça m'allume terriblement. Mes deux mains s'accrochent à la nuque de Pinpon; ma bouche cherche la sienne avec avidité, passion, urgence. Mon bassin roule contre le sien comme s'il pouvait faire fi des vêtements qui séparent nos épidermes.

— Pinpon?

— Victoria?

— J'ai vachement envie de toi.

— C'est foutrement réciproque.

Des vêtements sont retirés; des corps se dénudent. Des mains empoignent des tignasses. Des chairs de poule sont ignorées. Parce que le désir. Parce que l'envie de l'autre. Parce que la beauté du moment, de la nuit, du chant de la nature.

Pinpon enfile un condom, pose son sexe contre mon ventre, son corps contre le mien. Ses couilles duveteuses se nichent près de mes aines. Pendant un quart de seconde, je plains celles et ceux qui croient que des couilles sans poils sont un must. La douceur de sa fourrure à l'orée de mon sexe est délicieuse. Quand son corps monte et descend contre le mien, que ses couilles se pressent amoureusement contre mon clitoris, la sensation est exquise. J'utilise ce qu'il me reste de concentration pour ne pas hurler de plaisir. Je me contente tant bien que mal de soupirs bouillonnants et de feulements assourdis.

— Pinpon?

— Victoria?

— C'est salement bon.

— Diablement bon, en effet.

Sa bite vibre contre mon ventre, sa toison testiculaire caresse majestueusement mon sexe. En jouissant, je laisse échapper un infime cri de plaisir. Pinpon gronde sourdement quelques minutes plus tard.

Nous restons un bon moment collés l'un à l'autre. Une rosée fraîche en profite pour se déposer sur nos corps.

Un frisson parcourt mon corps. Pinpon se lève, en pieds de bas et en condom, pour aller chercher une buche. J'admire la beauté émouvante de son corps que la lueur du feu révèle. Et j'ai vachement envie de lui. Encore. Toujours.

Le lendemain, il y a beaucoup de trafic sur le chemin, généralement peu fréquenté, en face du chalet. En auto. En quatre-roues. À pied. En vélo. Avec son chien, ses deux chiens, ou pas. On passe lentement et on nous zieute. Je trouve un peu gênante cette curiosité que j'interprète comme étant campagnarde.

Plus tard, autour du feu, Pinpon commente la situation.

— Est-ce que c'est la Cruz Nite du parc des Chutes-Dorwin qui attire du monde comme ça dans le coin?

Une amie lève sa bière bien haute tout en gardant son regard amusé fixé sur le feu.

— C'est juste que vous avez donné un crisse de bon show hier soir...

C'est vrai que, avec la lumière du feu et de la pleine lune, nous ne devions pas être aussi discrète, discret que nous le croyions.

C'est la première fois que je vois Pinpon rougir comme un gamin.

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