Livres et connaissances

11.04.2010, 08:12
catégorie: sans

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— I read it in a book, I know.

C’est la troisième fois en une heure qu’il me la sort, celle-là. Et elle commence à me taper sérieusement sur les nerfs. J’hésite entre différentes réponses plus ou moins méchantes.

— Really, you read it in a book? Well, did you also read that other book, cause then, you would know differently…

— Have you read Mein Kempf? Then, you would definitely know that Jews are worthless subhumans.

— I read books too you know. But I am not stupid enough to believe that they all deliver the ultimate truth.

La vérité ne tient qu’à un fil, une photo de timtom.ch.


Mode de vie

08.03.2010, 20:54
catégorie: sans

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— Tu connais-tu ça, toi, ces téléphones-là?

Me demande le chauffeur de taxi, en me montrant un appareil portable.

— Non. Je serai probablement la dernière personne sur cette planète à acquérir un téléphone portable.

Je lui explique que je n’aime pas me faire sonner. Et que j’ai un mode de vie qui ne requiert pas de téléphone portable.

— Tu restes à la maison?

Je reste à la maison? Il faut absolument un téléphone portable pour sortir de chez soi?

Scenic Telephone Box, une photo de fakelvis.


You wouldn’t…

24.12.2009, 09:17
catégorie: sans

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Je fais rarement des cadeaux. Particulièrement lors des occasions qui requièrent des cadeaux. Je suis contre la dictature sociale et culturelle du cadeau. Mais, parfois, mon envie d’offrir à celles et ceux que j’aime arrive when t’is the season.

Bref, ma femme essaie un manteau qu’il aime beaucoup, sous lequel il faut bien mettre un veston, pour voir l’effet.

— The jacket is very nice on you.

— Yeah…

— In the bag it goes too.

Mon envie d’offrir est parfois atteinte par l’effet boule de neige. Must be the season again.

À la caisse, ma femme me lance un impératif.

— No birthday gift, though!

Pendant un moment, je suis sans mots. Puis, avec toute la théâtralité dont je suis capable dans le ton de la voix et l’expression du visage:

— Are you trying to put a limit on the love I have for you?

Beyond Limits, une photo de Ted and Jen, choisie par Kevin.


Portrait de manipulateur x

12.11.2009, 07:41
catégorie: portrait de manipulateur

Pendant des mois, elle m’a fait la baboune, m’a ignorée, m’a regardée de haut. Un jour, je lui ai dit ce que je pensais de tout cela.

— Ton attitude de dénigrement à mon égard dans les derniers mois, c’était exemplaire de maturité et de professionnalisme. Vraiment.

Elle a commencé à répondre sur un ton ironique. J’ai entendu les quelques premiers mots, mais j’ai tourné les talons. Ai compris depuis un moment que certaines discussions sont impossibles, inutiles.

On s’est croisé aujourd’hui dans l’ascenseur. Elle a commencé à m’engueuler. Toute rouge, elle était. Je l’ai interrompue.

— Je préfère quand tu me boudes. C’est meilleur pour ton teint.


Un squelette dans le placard

26.10.2009, 20:44
catégorie: sans

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— J’ai peut-être un point commun avec ta mère, finalement.

— Oh?

Sa mère n’est pas tout à fait saine. Parfois, elle se met à rire toute seule. Parce que Dieu lui raconte des blagues.

— Quand je médite, j’utilise une visualisation qui implique un squelette.

— And?

— Eh bien, ce matin, le squelette s’est mis à faire des binettes et des blagues. Et ça m’a fait rigoler…

Mais bon, c’est peut-être la fatigue, ou l’effet Achmed.

Three skeletons, une photo de S.C. Asher.


Portrait de manipulateur ix

06.10.2009, 08:38
catégorie: portrait de manipulateur

— Il faut que vous respectiez mon autorité.

Il y a quelques semaines, je n’aurais même pas identifier la double contrainte de l’énoncé. Maintenant, elle me saute aux yeux.

— Le respect, ça se gagne, ça se mérite. Il n’y a pas de devoir de respect. L’autorité, elle, s’impose. Parce qu’on a du pouvoir, parce qu’on manipule, parce qu’on intimide.

Le respect de l’autorité n’est qu’une figure de style, un oxymore, une rhétorique qui permet de justifier des abus de pouvoir.


Dédicace

05.10.2009, 08:30
catégorie: sans

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— La plupart des gens n’arrivent pas à lire mon écriture.

Dit-il, en me signant une copie de son roman.

Je reconnais quelques mots. Mon nom. Le sien. Un «amicalement». Un «sédicieuse». Je tente de deviner le reste. Plusieurs possibilités occupent divers espaces de mon esprit.

Pendant un moment, je me dis que je vais lui demander de déchiffrer la chose pour moi.

Je change d’avis. Je préfère élaborer des tas de scénarios plus fous les uns que les autres. C’est plus divertissant.

Gribouillage lumineux, une photo de jeannecavmonnet.


Tarot et réalité

03.10.2009, 07:29
catégorie: sans

Pour Zoé

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Une soirée entre copines. On joue au tarot et on s’amuse vraiment bien. Je fais un commentaire anodin sur les gens séniles. La fille d’une copine, du haut de ses dix ans, s’adresse à moi.

— C’est quoi, «sénile»?

Sans trop réfléchir, je réponds.

— La sénilité, c’est quand on perd contact avec la réalité.

Je suis assez fière de ma réponse. Me semble que j’ai réussi à bien rendre compte d’un concept relativement abstrait pour l’entendement d’une gamine de dix ans. Mais c’était oublier que cette gamine est hautement intelligente, et tout à fait curieuse.

— C’est quoi la réalité?

— Euh…

la fiction et la réalité, une photo de duncan.


Portrait de manipulateur viii

30.09.2009, 10:39
catégorie: portrait de manipulateur

Il arrive dans mon bureau comme un coup de vent.

— Comme ça, on parle de moi dans mon dos pendant les 5 à 7?

Sur mon visage, il y a la réponse à sa question, bien que je reste sans voix.

Puis, je sens la colère monter en moi. Mon supérieur et moi, on pourrait dire que nous sommes copain, copine. Enfin, aussi copain, copine que peuvent l’être des gens dont l’un est le supérieur de l’autre. Et là, je sens que l’amitié est utilisé pour soutenir l’autorité. Ma colère doit poindre dans les traits de mon visage.

— Oublie ça, c’est pas grave. Comment va ta fille?

La colère disparaît. Une énorme tristesse s’installe à sa place. Ma fille est dans le coma depuis une semaine.

Au moment où mes larmes sont sur le point de surgir, je me ressaisis. This is not right. Ma fille fricote avec la mort. Et mon supérieur, qui se dit aussi mon ami, utilise cet état de fait pour se sortir d’un gros pétrin pas possible.

Mais je ne sais pas quoi répondre. Parce que notre relation a toujours été à la fois de travail et d’amitié. Et, généralement, ça ne pose pas problème.

Je sais comment réagir aux abus de pouvoir. Devant les abus d’amitié, je perds tous mes moyens.


Portrait de manipulateur vii

29.09.2009, 10:13
catégorie: portrait de manipulateur

— Tu sais comment elle est, Sylvie. Bon, maintenant, voyons comment on va s’y prendre pour organiser…

La remarque est presque anodine. Presque. En fait, elle semble anodine parce qu’il la glisse comme ça, l’air de rien, au milieu d’une conversation qui porte sur autre chose.

Je me demande ce qu’il a à lui reprocher, à Sylvie. La semaine passée, c’était «Tu sais, Sylvie, c’est une syndicaliste.» Comme si le syndicalisme était le pire tort qu’on puisse imaginer, comme si ça faisait d’elle une incongrue.

J’interromps le flot de ses mots.

— Non, en fait, je ne sais pas. Elle est comment, Sylvie?

Silence étonné.

Parce que, bien sûr, s’il doit explicitement dire ce qu’il reproche à Sylvie, les règles du jeu ont changé, et ça ne fait pas son affaire. Pas du tout.


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