C’est le canard qui est ventriloque

13.06.2006, 06:42
catégorie: sans

— Tu sais, ce n’est pas si grave.
Pas si grave?
— Il ne savait probablement pas ce qu’il faisait.
Il a planté ses foutus doigts si loin dans mon vagin qu’il s’est rendu jusque dans mon utérus, il ne savait pas ce qu’il faisait?
— Il était jeune, innocent.
Que dire? Que j’étais encore plus jeune et encore plus innocente? Qu’il en a profité?
— Il ne voyait probablement pas le mal qu’il faisait.
Il m’a violée en plein milieu de la nuit, alors que toute la maisonnée dormait, moi y inclus.
Mon interlocuteur décide qu’il est temps que cesse la discussion, qu’un peu d’intimité physique est de mise, et entreprend de m’embrasser, à pleine bouche. Envie de tuer.


Life is a bitch…

11.06.2006, 07:35
catégorie: sans

Je suis de passage chez tes parents. Visite impromptue. Tu passes chez eux par hasard, pour dire bonjour, prendre des nouvelles, qu’en sais-je. Rendez-vous impromptu.
Je te fais face. Je te vois pour la première fois. Toutes ces années, je t’ai regardé sans te voir. J’ai évité cet aspect de toi. Ce côté obscur de ton coeur. La face cachée de ta lune. L’émotion bouille en moi, se trouble comme les eaux d’un fleuve juste avant la tempête. Je suis un vrai cliché. Un bouillonement de volcan. Sentiment d’urgence. Où est la sortie de secours? Où est ce foutu « exit » bardé en rouge?
— Tu m’as violée.
Il n’y a pas de sortie de secours. Pas de plan d’urgence. Pas de génératrice disponible. Il n’y a que l’horreur, l’angoisse, la douleur, la haine, la rage. Un volcan soudainement en ébullition. Un volcan bavant tout ce qu’il contient de mauvais, gerbant tout ce qu’il a emmagasiné de dégueulasserie et de cochonnerie.
Avec la lave, je me suis construit une armure démesurée. Elle m’a gardée sauve pendant des années. Elle est trop étroite maintenant. Elle se fissure de partout.
Life is a bitch. And then, you don’t die. You keep on living.


Crédit illimité

10.06.2006, 08:13
catégorie: sans

Je fais de l’ascension sociale. J’ai désormais droit à une carte de crédit dite or. Je fais la demande en anglais, le Web est un peu linguistophobe, tout de même…
Le formulaire m’offre trois choix en ce qui concerne mon titre : Mrs., Miss., Ms. Me semblait que l’introduciton du Ms. visait à éliminer les distinctions maritales, autrement sexistes puisque le doublon mister-master est depuis longtemps hors d’usage. Enfin. D’ailleurs, le français a opté pour une solution tout à fait différente : exit mademoiselle, nous ne sommes toutes que madame. Résultat : je prône la confusion. Je demande donc à ce que la réponse me parvienne en français, mais je coche la case Ms. J’explique le stratagème aux copines féministes.
— Je me demande bien comment on va me répondre en français…
Résultat pratique : on ne m’a pas titrée, mais simplement prénommée et nommée. Par contre, j’ai reçu deux fois le même envoi, avec deux cartes de crédit dites or. Dois-je donner l’une d’elles à mon mari inexistant?


De l’utilité du one night stand

09.06.2006, 07:59
catégorie: sans

Je cause avec une copine de ce mec avec qui j’ai passé la soirée. Un vieux crush qui n’a jamais abouti, qui a plutôt découlé sur une amitié somme toute partielle mais intéressante. Seulement voilà, ce soir-là, les choses semblaient prendre un autre cours. Il a passé la soirée à me frôler, probablement sans inadvertance.
— Tu vois, j’avais une folle envie de lui sauter dessus. Seulement, je ne savais pas si j’avais envie de lui sauter dessus, lui, ou si j’avais envie de sauter sur cet autre mec qui me fait tourner la tête ces temps-ci, mais qui n’est malheureusement pas disponible pour le moment, ou si j’ai tout juste envie de baiser un mec, point c’est tout, parce que, comme dit l’autre, il faut bien que le corps exulte.
— Écoute, je vais te donner un conseil. Vas dans un bar, trouve-toi un one night stand pis get it out of your system. Après, tu verras.
Ah! la sagesse humaine.


Histoire comique des États et Empires de la lune

08.06.2006, 07:28
catégorie: sans

Je suis cambrée sur mon vélo. Sur la piste cyclable, je croise toute sorte de gens. Tiens, celui-là ressemble à M. Net.
— Hé, ça c’est une belle craque!
Ça m’a pris du temps avant de comprendre qu’il référait à l’espace qui sépare mes seins.
Ah! non! c’est un peu court, vieux dégueulasse! On pouvait dire… Oh! Diantre!… bien des choses en somme… « C’est dans ce sillon que tu cultives l’amour, jeune femme? » « Une vallée si bien entourée ne peut que contenir un amour pastoral! » « Une telle fissure à de quoi fendre le coeur de vingt amoureux transis à la fois! »
C’est vrai que M. Net a une gueule de macho, après tout. Les ménagères auraient dû s’en douter, c’est la femme soumise qu’on visait dans les campagnes commerciales.


Schizophrénie

07.06.2006, 07:29
catégorie: sans

Docteur, j’suis malade. Ça fait un an que je tombe dans les pommes aux moments les plus impromptus.
— Vous savez, mademoiselle, le stress…
Un autre rigolo qui va me dire que c’est dans ma tête. En fait, les autres m’ont tellement fait douté de moi, que je me suis mise à chercher comme une folle ce qui, dans ma tête, faisait que mon corps délirait à ce point. Docteur, mettez-moi à l’asile, parce que si ma tête arrive à faire ça à mon corps, c’est grave en sacrament.
Quand on s’y met, on peut douter de tout. Même de sa propre intelligence, son gros bon sens, sa rationalité, peuvent se retourner contre soi. Merveilleuse psychanalyse, joyeux vingtième siècle freudien dans lequel l’individu est totalement transcendé par son inconscient. Peut-être que ce fameux jour où j’ai refusé de mangé mes croûtes de pain…
— Je vous assure, quatre-vingt-dix-neuf pour cent des gens qui se plaignent des mêmes problèmes que vous se rendent compte que ceux-ci sont causés par le stress…
— Ah ouais? Eh bien, j’suis prête à parier que quatre-vingt-dix-neuf pour cent de ces gens-là souffrent d’un mauvais diagnostic!
Quelques docteurs plus tard, on a identifié mon problème. C’était effectivement dans ma tête. Mais c’était d’ordre neurologique. Merci au corps médical pour cette longue année de stress intense. Vraiment, merci. Je ne crois pas que je serais la même aujourd’hui si je n’avais pas traversé ces épreuves constructives. Je serais moins amère.


My ol’ pal Jack Daniel

06.06.2006, 07:13
catégorie: sans

Il m’a dit une de ces grossièretés pas possibles. Le genre de truc qui fait énoncer des clichés. Avec des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis. Le lendemain, tout piteux, il s’excuse.
— Tu sais, j’étais soûl. C’est pas vraiment de ma faute.
— Vraiment?
Ben voilà, demain, je me tape un quarante onces de Rémy Martin, et je vais chez l’armurier. J’acheterai un gros pétard, en toute inconscience. Et ce ne sera pas ma faute, mon pote Martin m’ayant manipulée. Et puis le lendemain, avec un autre pote, JB (je t’assure, ce n’est pas le chanteur de charme, lui, il est beaucoup trop mièvre pour me suivre dans mes houleuses aventures!), se pointera avec moi à ta porte. Et pis Walker, Johnny Walker, pressera sur la détente à ma place. Mais le visage qui te fera face, ce sera le mien. Il te regardera avec un air absent, un peu vague, brumeux même. Et puis la voix aussi, ce sera la mienne. Les mots, encore, seront les miens. Désolée, mais, tu comprends, je suis complètement saoûle, je ne sais absolument pas ce que je fais. Non coupable pour cause d’aliénation alcoolique.


Ici l’amour est mort

05.06.2006, 08:11
catégorie: sans

Il a pris son pied. Vraiment, il a pris son pied. Il a fait semblant de mettre un condom. Semblant comme dans je déchire l’enveloppe, je sors le condom de l’enveloppe, et hop, je ne l’enfile point.
Sans condom. C’est meilleur.
— Je pensais que tu savais ce que tu faisais. T’en avais envie autant que moi, j’en suis sûr. Tu dis toujours que ça fait une différence pour les filles aussi.
— …
— Tu sais, je n’ai pas pensé qu’à mon plaisir à moi, j’ai essayé de te faire jouir.
La rage. La haine. La réponse vient sur un ton monocorde, dans un registre très bas.
— J’ai jamais même accepté que tu m’approches sans un condom. Pourquoi est-ce que ce serait différent ce soir? Et puis, quand tu prends la peine de sortir l’enveloppe de la boîte, de déchirer l’enveloppe et de sortir le condom de ladite enveloppe, excuse-moi, mais j’ai vachement l’impression que tu vas le mettre, ce foutu condom.
— …
— Ouais. Tu n’as pas pensé non plus que c’est moi qui doit maintenant me taper la pillule de lendemain avec tout ce qui vient avec — nausée qu’on doit contenir parce qu’on ne veut surtout pas devoir reprendre les petites pillules, crampes d’estomac qui t’empèche de trouver le sommeil, lequel aiderait bien à oublier les nausées. Un truc comme tu viens de me faire, je m’y attends du dernier des cons ramassé dans un bar, pas d’un copain à qui je fais confiance depuis des années.
— Je sais que c’est pas une excuse, mais j’suis saôul.
T’as raison, c’est vraiment pas une excuse. D’ailleurs, y’a pas d’excuses possibles.
— J’t’ai quand même pas violée!
— …


L’art de faire pipi debout

04.06.2006, 08:33
catégorie: sans

Le siège de la toilette ne tient pas relevé. Ça nous fait bien rigoler, ma coloc et moi. Chaque mâle a sa technique pour contrer le problème.
— Moi, je ne me casse pas la tête, je m’asseois.
Un suspect de moins en ce qui concerne les gouttes de pipi sur le mur.
— Eh bien moi, je tiens le siège d’une main, ma bite de l’autre.
— Les mecs, vous ne connaissez rien à rien à l’art de faire pipi debout : il faut coller un genou sur le siège, avancer l’autre jambe pour un confort relatif, et voilà.
Bien sûr, il y a aussi ceux qui s’en foutent totalement, qui visent comme ils peuvent dans cette cible plus étroite. Eux n’ont pas tendance à s’en vanter. On ne les reconnaît qu’aux traces laissées derrière.
Notre proprio est de passage pour un café et quelques rigolades. On lui enfile l’une après l’autre les situations rocambolesques que génèrent notre toilette sexiste.
— Mais vous savez, les filles, il n’y a qu’à resserer la vis!
De tous les hommes qui ont vécu dans cet appart, pas un n’a daigné s’attaquer au problème.
— Ouais, on le sait très bien.


Bad hair day

03.06.2006, 07:54
catégorie: sans

Une bande d’ado devant un collège privé. J’ai l’habitude, je passe devant chaque jour. Un amas de corps en formation qu’il faut pousser, tasser, à travers lesquels il faut se frayer un chemin. Un cacophonie de voix stridentes, muantes.
— Tu connais le proverbe? Belle de loin, mais loin d’être belle?
Il s’adressait à un copain, je passais à côté d’eux. Je n’étais peut-être pas l’objet de leur discussion. L’être humain, ou du moins l’être humain que je suis, a une sérieuse tendance à croire que l’univers tourne autour de sa petite personne.
Et toi, avec ta moustache à peine naissante, tu te crois beau? Évidemment, j’attaque là où je sais que j’ai l’avantage. Aucun d’eux n’entre légalement dans un bar. Et la courbe de ton bedon, tu sais qu’elle va passer du concave au convexe? Comme si la mienne n’existait pas. Et tes cheveux, auxquels tu apportes, de toute évidence, tant de soins, tu sais bien qu’ils vont te laisser tomber un jour ou l’autre? Disons que les statistiques sont de mon côté.
À la moindre critique, ou ce qui était perçu comme tel, de quiconque m’a croisée ce jour-là, les réponses cinglantes étaient légion.


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