Pardonnez-moi, parce que j’ai péché

29.07.2006, 21:59
catégorie: sans

— Si tu veux t’en sortir un jour, guérir, il va falloir que tu le pardonnes.

Celui qu’on m’intime de pardonner m’est passé sur le corps aussi souvent qu’une tondeuse sur une pelouse de banlieue. Il m’a volé mon enfance, rayé mon adolescence, entaché, entamé, ébréché ma vie d’adulte. J’ai été projetée hors de l’innocence avant même qu’elle ne soit.

— Je ne l’ai pas tué and that’s forgiveness enough.

Une très belle scène dans une série de science-fiction. Elle a été prise en otage, torturée, violentée, violée, meurtrie. Avec l’aide d’un homme, elle tue ses geôliers. Une arme à la main, elle lui explique qu’elle doit mourir, mais qu’elle ne peut se tuer elle-même parce que c’est péché. Elle insiste : she needs to die. Elle enroule ses doigts à lui autour de l’arme, pose le canon sur sa propre gorge. No, lui répond-il, what you need is justice. Et il remet l’arme entre ses mains à elle.


Wake up and smell the coffee

26.07.2006, 14:36
catégorie: sans

Une copine me raconte comment l’absence de son dulciné pendant une semaine l’a déstabilisée. C’est la première fois qu’ils étaient vraiment séparés. Elle se chagrine. Elle n’aime pas ce sentiment de dépendance. Elle se dit qu’elle devrait être autonome, capable de vivre seule…

— Bullshit!

Ma réaction. Spontanée. Rapide. Elle vient de mes tripes. Mais pourquoi serait-on dans une relation amoureuse si on ne se permet pas de dépendre de l’autre pour certaines choses, à certains moments? Pourquoi une relation amoureuse si, dans le fond, on vit comme si on était seule? Pourquoi?

Réaction moins spontanée, deux jours plus tard : bordel, mais c’est exactement comme ça que je vis ma vie. Autonome, indépendante. Tellement autonome et tellement indépendante qu’il n’y a même pas un petit recoin pour un petit brin d’interdépendance amoureuse.

Maudit soit le jour où j’ai mis le pied en thérapie et où j’ai commencé à apprendre à m’analyser. Denial and oblivion are such useful tools to live a seemingly happy life.


Drama queen

19.07.2006, 11:26
catégorie: sans

C’est un autre one night stand. Il m’annonce tout haut qu’il veut me manger. Je le préviens que mes règles viennent tout juste de se terminer, question qu’il ne s’inquiète pas s’il trouve une goutelette de sang.

Il demande une fellation; je demande un condom. Il hésite, semble fâché, mais va chercher ledit condom. Après quelques minutes, il me fout à la porte avec une histoire abracadabrante sur des idées noires qui lui sont venues et qui l’empêchent de copuler. Il insiste pour dire que ce n’est pas de ma faute. Vraiment.

Le lendemain, dans ma boîte de courriels, un petit mot de sa part… « Je peux pas croire que tu m’as laissé boire ton sang et que tu as refusé de mettre tes lèvres sur ma bite. »

J’aurais dû m’en douter, c’était un écrivain tourmenté.


Real Women Have Curves*

18.07.2006, 18:15
catégorie: sans

À la fin de l’adolescence, j’ai perdu beaucoup de mes rondeurs. J’en ai retrouvé un peu au début de la trentaine. Même si, dans ma tête de féministe, cela n’a aucune importance, dans mon âme de femme socialisée dans un certain contexte culturel, je suis encore critique à mon égard. À certains moments, ma tête de féministe gagne sur mon âme de femme socialisée et je porte une robe plutôt ajustée.

Je suis en visite chez une copine. Elle garde les enfants d’une amie. La petite soeur de Matisse, six ans, me demande si je suis enceinte. Les quelques instincts maternels que j’ai en moi se refusent à lui en vouloir, ma tête de féministe seconde, mais mon âme est blessée.

Un peu plus tard, Matisse, deux ou trois ans plus vieux que sa soeur, me dit :

— Wow, elle est formidable, ta robe!

Toi, je t’aime.

J’aimerais bien que mon âme soit plus politique. Mais mon âme réfléchit avec mes tripes. Ça donne ce que ça donne.

* Titre emprunté à un très joli film de Patricia Cardoso.


Asfour Stah*

10.07.2006, 19:15
catégorie: sans

Je suis dans le vestiaire du gym. Je sors de la douche. Mes cheveux sont entortillés dans une serviette, le reste de ma personne est complètement nue devant un miroir.

Du coin de l’oeil et dans le coin du miroir, j’aperçois trois gamines et un gamin. Le vestiaire est dit « familial », les gamins en bas âge y sont admis. Bon, il a passé l’âge, mais ce n’est pas la fin du monde, ce vestiaire et moi-même en avons vu bien d’autres. La fin du monde commence quand les unes et l’autre commencent à me pointer du doigt et à se mettre la main devant la bouche pour chuchoter au creux de l’oreille d’une autre, d’un autre. De toute évidence, ma nudité leur semble suspecte.

Finalement, une des gamines se dirige vers moi avec presque de l’assurance. Elle doit avoir dix, onze ans.

— Madame, vous êtes toute nue!

— Diantre, ne me dis pas que j’ai oublié d’enfiler mon habit de neige au sortir de la douche???

* Ce titre est emprunté au film de Férid Boughedir.


This is not a love song

07.07.2006, 08:02
catégorie: sans

On fait du copinage sexuel. On est imbriqué l’un dans l’autre sur le divan, peinards. Quelques instants plus tard, je suis complètement accroché à son corps, pleine de désir. Il est plutôt passif.
— T’as vraiment pas envie de baiser, hein?
Non. Il fait le chat. Je le flatte, donc.
Le lendemain matin, je suis le point de lui proposer une p’tite vite avant de mettre le journée en train, je mets ma main sur sa bite et, avant de prononcer le premier mot de ma proposition, je reçois son sperme à deux doigts du visage.
Something is wrong with that picture. Tableau paradoxal : my fuck buddy doesn’t fuck.