Avatars

30.08.2006, 16:46
catégorie: sans

Elle me sermonne. Parce que je fréquente les sites de rencontre. Et que je fais des rencontres. Dans la vraie vie. En chair et en os. C’est souvent plus osseux que charnel, mais bon, ce sont les risques du métier.

— Mais c’est dangereux!

Elle ne connaît pas grand-chose au cyberespace, elle en connaît encore moins sur les sites de rencontre.

— C’est dangereux partout.

Vieil adage.

— Mais les gens peuvent se faire passer pour n’importe qui!

Justement. C’est Hallowen tous les jours. Et j’adore les mascarades. J’ai été, tour à tour et parfois encore maintenant, une tueuse en série (Mallory Knox), minérale (Zéolithe), une sémioticienne (Victoria Welby — moins connue que son éminent correspondant américain, Charles S. Peirce… d’ailleurs, ils pratiquaient déjà le virtuel, eux, à leur époque, mais grâce à la plume et au papier, séparés qu’ils étaient par un océan), un personnage étrange, ni femme, ni homme (AmberFool, inspiré d’une écrvaine de fantasy que j’aime bien : Robin Hobb).

Et puis, avec un peu d’expérience, on finit par démasquer bien des choses. Le poseur. Le grand timide. Le sale menteur. Le pédant. Mais aussi celui qui, comme soi, aime bien fréquenter le virtuel et y développer des personnages qui ne sont pas lui, mais qui sont le reflet de certains traits de sa personnalité, ou qui sont des occasions d’explorer, de rigoler, de tenter…


Famille interdite

29.08.2006, 07:23
catégorie: sans

— J’ai rien contre les gais mais…

Ah, ce foutu « mais ». Je ne suis pas sexiste mais… Je ne suis pas raciste mais… Je ne suis pas homophobe mais… Mais quoi? Les femmes sont toutes trop sensibles? Les Arabes sont tous des terroristes? Les gais sont des obsédés sexuels?

— … je crois qu’ils ne devraient pas avoir d’enfant. Les enfants ont besoin d’un modèle paternel et d’un modèle maternel.

— Tu sais, moi, avec le modèle paternel que j’ai eu, je crois que je m’en serais mieux sortie s’il n’avait pas existé.

Et est-ce que ton argument tient pour les familles monoparentales aussi? Que le parent soit un homme, une femme, une lesbienne, un gai, ou n’importe qui, finalement, il y a un modèle qui manque, non? Est-ce qu’on interdit les gens seuls, les célibataires, de procréation? Est-ce qu’on enlève aux veuves et aux veufs la garde de leurs enfants?

Et puis, mieux encore, est-ce qu’on évalue la valeur du modèle parternel ou maternel? Pas assez homme, hop, on retire les enfants du foyer et on les place chez ce voisin qui, lui, resplendit la virilité et la masculinité. Ça fait sens, non?

Je crois que je vais vomir.


Cicatrices indélébiles

27.08.2006, 15:01
catégorie: sans

— Oui mais ça va, maintenant, tout ça, c’est passé.

— Ouais, ouais, c’est ça, c’est du passé…

C’est du passé qui a des conséquences sur mon présent. Qui aura toujours des conséquences sur mon présent.

On ne se rend pas compte que, des marques laissées par le viol, les plus subtiles, les plus invisibles, sont souvent celles dont il est le plus difficile de se débarasser.

Le manque de confiance. Tout un chacun est un agresseur potentiel. Ce n’est pas rationnel. Ça vient directement des tripes. Ce n’est parfois qu’une fraction de seconde qu’on arrive à maîtriser. Mais c’est là, comme une tâche de sang qui ne partira jamais.

Le questionnement éternel et perpétuel. Qu’ai-je fait, que n’ai-je pas fait, qu’aurais-je dû faire, qu’aurais-je dû ne pas faire, qu’aurais-je pu faire pour éviter l’agression? Le pire, c’est quand les questions se conjuguent au futur. Le passé est derrière et je ne peux rien y changer, mais que vais-je faire pour éviter que ça arrive de nouveau? Une armure en béton si armé qu’il n’y a pas la plus petite interstice pour laisser passer l’air ou la lumière du soleil.

La responsabilité. Le viol est l’une de ces formes d’agression où la victime est toujours à blâmer. Si tu n’avais pas porté tel vêtement, si tu ne t’étais pas trouvée à tel endroit, si tu n’avais pas posé tels gestes, si tu n’avais pas entamé la conversation avec cet étranger… À tel point que je finis pas y croire. Stupidement. Bêtement. J’oublie totalement la responsabilité de mes agresseurs. Leur rôle. Leurs décisions. Leurs gestes. Auto-flagellation. Punissez-moi parce que j’ai péché.

A very fucked up idea of what love is. Parce que, quand il abusait de mon corps, il me disait que c’était par amour de moi, j’ai appris à amalgamer les deux. Je t’aime, je te laisse me baiser. Parce que, quand il n’abusait pas de mon corps, il était froid et distant, j’ai appris que ma seule valeur est mon sexe. Si on ne me baise pas, c’est qu’on ne m’aime pas. Parce que tout ça est arrivé quand j’étais toute petite, c’est une leçon dont j’ai peine à me défaire.

Etc. Ad vitam aeternam. Ad nauseam.


Famille nouveau genre

25.08.2006, 15:14
catégorie: sans

— Je te présente Kevin, ma femme.

Mon coloc et moi nous targuons d’avoir le mariage parfait. Nous pratiquons le lien matrimonial chaste. Nous faisons chambre à part. Nous prenons tous les amants que nous voulons et il n’y a pas de crise. Enfin, peut-être un peu de jalousie quand l’amant de l’autre tombe dans nos goûts mais pas dans notre catégorie, mais la crise est théâtrale.

Nos catégories : je suis a top gay man in a straight woman’s body; il est a straight woman in a bottom gay man’s body. Je cherche a bottom gay man in a straight man’s body; il cherche a straight man in a top gay man’s body. Mais bon, nous ne faisons pas les fines gueules, les matchs approximatifs sont tout à fait acceptables.

En fait, c’est l’histoire du moment. Nous la changeons au gré de nos humeurs et de nos discussions.


Legs

20.08.2006, 15:05
catégorie: sans

Quand on accepte un héritage, on accepte tout, y compris les dettes. Légalement, on peut le refuser, cet héritage, et, de ce fait, ne pas s’emmerder avec les dettes.

Mais comment refuse-t-on un héritage familial qui n’a rien de monétaire, de matériel ou de concret? Comment refuse-t-on un vilain patrimoine génétique? Comment refuse-t-on les aspects les plus noires d’une succession psychique, psychologique?

— Les idées noires constantes? annonce le notaire.

— Je refuse, que je réponds.

— L’imaginaire de la catastrophe?

— Je refuse.

— Le manque de confiance en soi?

— Je refuse.

— La sexualité malsaine?

— Je refuse.

— Les peurs irréalistes?

— Je refuse.

L’incapacité à communiquer décemment? L’absence d’estime de soi? La nécessité de critiquer et de rabaisser les autres pour sentir qu’on a de la valeur? L’épanouissement dans le malheur? Le sexisme crasse parce que caché sous des faux airs de féminisme? La résistance au bonheur, au plaisir, aux joies? Le sentiment de n’être rien dans ce monde?

Je refuse, je refuse, JE REFUSE!

I wish I had been given the choice.


Jeans de pauvresse

10.08.2006, 20:51
catégorie: sans

Je n’aime pas magasiner. Je ne m’y soumets qu’en cas d’extrême nécessité. Par exemple, quand ma dernière paire de pantalon rend l’âme définitivement. (Je supporte très bien l’agonie qui précède la fin définitive.)

J’essaie des tonnes de jeans (si je dois magasiner, je fais des provisions, question de ne pas avoir à souffrir de nouveau trop tôt); le vendeur est un ange de patience.

J’essaie tant des modèles pour hommes que des modèles pour femmes. Après un moment, j’en arrive à la conclusion que les poches « d’hommes » sont plus profondes que les poches « de femmes », conclusion que je partage avec l’ange-vendeur.

— C’est normal, les hommes ont plus d’argent que les femmes.

Déchu, l’ange-vendeur, très déchu. Faute : sexisme et patriarcat intenses. Condamnation : onzième cercle de l’Enfer.


Fermeture patriarcale

09.08.2006, 20:38
catégorie: sans

— Hey, c’est un manteau de gars que tu portes! (Fermeture tonnerre.)

La première fois qu’on m’a fait la remarque, je devais avoir sept ans. J’ai eu honte. Je n’ai plus jamais porté ledit manteau. Fermeture foudre.

On m’a fait la remarque de nouveau récemment. Coup d’oeil au manteau. Couleur : vert forêt. Neutre. Modèle : anorak. Neutre. Je ne comprends pas. Mon interlocutrice m’éclaire : c’est la fermeture éclair qui m’a vendue. Je porte bel et bien un « manteau de gars ». Fermeture tempête.

Expérience pragmatique à la boutique de plein-air : aucune différence entre les manteaux « de fille » et « de gars ». Si ce n’est la fermeture éclair ou les boutonnières. On rabat à gauche ou à droite, selon le sexe. Fermeture Zeus. Fermeture Athéna.

Il faut tenir vraiment fort à son identité « sexuée » pour l’inscrire et la lire jusque dans nos boutons et nos fermetures éclair. Fermeture d’esprit.


Zen… boum

03.08.2006, 11:38
catégorie: sans

C’est le jour de mes trente-quatre ans. Suis à la campagne. La vraie campagne. Il y a un lac. On voit à peine les maisons derrière les arbres, seulement les quais. Pas d’embarcations à moteur. Le bruit du vent, de l’eau, des oiseaux, des insectes, des animaux. Je suis assise au bout du quai, jambes croisées. Ma peau se gorge de soleil; mon nez, d’air frais; mes oreilles, de silence, de ce non-silence campagnard qui apaise tant les citadines dans mon genre. Les autres dorment encore. Je suis seule. Je suis calme, détendue, reposée, ancrée, heureuse. Et je me promets ceci pour mon trente-quatrième anniversaire : désormais, ma vie sera à l’image de ce moment.

Zénitude.

Plus tard dans la même journée, nous rentrons en ville : il y a fête chez moi pour mon anniversaire. Il fait chaud, terriblement chaud. Chaud et humide et insupportable comme cela est seulement possible dans une grande ville pleine de béton alors que le vent fait la grève. Il y a du traffic. Pas n’importe quelle sorte de traffic : du traffic de finale du Mundial. On fait du surplace au milieu des klaxons, trompettes, tambours, cris, chants, hurlements, beuglements, bras levés, parties de corps à moitié sorties des fenêtres des voitures. On nous regarde avec dédain, presque avec colère : nous ne participons pas à cette grande kermesse, voire, nous semblons dérangés par les célébrations.

Fin de la zénitude.

Bang bang.