Et de deux…
C’est la deuxième fois en autant d’années que je m’offre un épisode dépressif. Je cause avec mon coloc, qui est une des trop rares personnes qui ne confond pas « déprime » et « dépression ». Je me plains (j’ai le droit, suis malade).
— I hope this is not gonna be a life long condition.
— It could be worse, it could be cancer.
Il n’est pas à son meilleur, il me sert des clichés gros comme le monde. Avant qu’il ne puisse regretter ses dires, je réponds du tac au tac.
— Yeah, but the life span is shorter with cancer.
On a passé dix bonnes minutes à se bidonner comme des cons sur le divan.
Oh…
Je cause avec un amant d’il y a un moment. Il est dans son Hexagone natal, je suis ici. On s’est fréquentés alors qu’il habitait aussi ici. Fréquentation qui a été ponctuée par un voyage qu’il a fait. Pendant ce voyage, il avait épuisé la carte d’appel d’un ami. Il m’a parlé pendant une demi-heure, sur un portable français, assis dans un champ de blé à côté d’une boîte de nuit.
— Tu te souviens de ce que je t’ai dit?
Oulà, ça sent la question piège. Mes souvenirs sont vagues.
— Euh… non.
— Je t’ai dit que j’étais amoureux de toi.
— Vraiment?
— Tu sais ce que tu m’as répondu?
Je suis dans l’eau chaude, je le sens. Mes souvenirs sont toujours aussi vagues.
— Euh… non.
— Tu m’as répondu « Ah ».
Un « ah » prononcé sur un ton très neutre, sans émotion, comme j’en suis capable dans mes meilleurs moments. Aille aille aille aille aille.
Furet, serai-je un jour pardonnée, dis???

