Naissances

30.09.2007, 20:12
catégorie: les mots des autres

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Il mériterait de recommencer sa vie dans un autre ventre que celui où il a été conçu.

Martine Delvaux, C’est quand le bonheur? (Montréal, Héliotrope)

* Z[é]bre[sse] enceinte et son petit, une photo de m a t t i e u.


De la vie et de l’informatique

28.09.2007, 22:42
catégorie: sans

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Je suis asociale. Bien moins maintenant que plus jeune, mais tout de même.

Un ami m’avait dit, à l’époque :

— Avec une attitude comme la vôtre, vous allez passer à côté de plein de gens intéressants.

Soit.

Les gens, c’est comme les courriels.

Au début, on prend la peine d’ouvrir tous les courriels. Puis on installe un filtre, pour filtrer les pourriels. On vérifie son dossier de pourriels, une fois de temps en temps, question de s’assurer qu’on n’a pas raté un message important, un mot d’amour, une binette amicale. On se rend compte que le filtre est bon. Peut-être pas parfait, mais bon. Et puis on finit par ne plus vérifier le dossier de pourriels, on finit par le laisser se vider automatiquement de lui-même après quelques jours. Parce que l’infime probabilité qu’un message désirable s’y trouve caché est franchement justement tellement infime qu’elle ne vaut pas l’investissement.

* cat stare, une photo de tajai.


Blue high heels

26.09.2007, 19:37
catégorie: les mots des autres

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Elle rêve d’être chanteuse, actrice, top model, maîtresse de star rock, femme de joueur de hockey, elle se jure de devenir quelqu’un[e] d’autre avant même de savoir qui elle est.

Elle ne s’aime pas.

Je reste figée là, sur le seuil de cette ouverture béante. Qui a fait qu’elle ne s’aime pas, qui est coupable? Il y a forcément un coupable.

Monique Proulx, Le coeur est un muscle involontaire (Montréal, Boréal)

*Blue High Heels, une photo de creativelychallenged.


Pots cassés

25.09.2007, 20:47
catégorie: sans

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Vor Zveet Pea

— They broke me.

Dit-il. En parlant de ses parents.

— I know.

Je sais. Ils ont brisé quelque chose en toi qui ne sera jamais réparé. Jamais. Même complet, tu seras toujours un pot rapiécé. Il y aura toujours des marques, de fines lignes sur ta peau, sur ton corps, des rainures de tortures passées.

Sur les sites de rencontres, tous ceux qui cherchent un homme « au passé réglé » t’accuseront de ne pas savoir mettre tes blessures de guerre au placard, sous le tapis, enfin, dans un endroit où ils ne les découvriront pas, ne les verront pas.

D’autres te diront que c’est probablement à cause de ça que tu es devenu la personne que tu es aujourd’hui, cette âme empathique, généreuse, sensible, charitable. Et on aura envie tous les deux de leur crisser notre poing dans la figure. T’imagines le système d’éducation? Vais t’apprendre l’empathie, moi, fiston, et tiens, vlan, dans la gueule. Et la générosité? Paf, derrière la tête. La sensibilité? Bang, dans la gueule. L’indulgence? Une commotion cérébrale, rien de moins (dure leçon, l’indulgence…).

Ils ont brisé quelque chose en toi qui ne sera jamais réparé. Je sais. Le cynisme et le sarcasme sont les dernières armes.

— I do love you, you know.

Dis-je. Parce qu’il n’y a rien d’autre à dire.

* Photo : Broken, de PurpleGecko.


Corde à linge symbolique

23.09.2007, 13:45
catégorie: sans

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— Où est-ce que je vais étendre mes draps?

S’il me restait un peu d’empathie pour elle, je pourrais lire, derrière ses mots, sa peur de perdre sa maison, celle où elle habite depuis des dizaines d’années, au gré de la faillite d’un autre qu’elle a jadis endossé dans ses aventures de business.

Je n’y vois que l’absurdité de l’argument. Des tonnes de gens habitent dans des appartements et sèchent leurs draps sans avoir recours à une corde à linge.

Je n’y vois que les mots absurdes de celle qui a passé, l’an dernier, deux heures à critiquer ses voisines — elle s’adressait à moi, bien entendu, et pas auxdites voisines critiquées — parce qu’elles n’étendaient pas leur linge sur la corde en ordre de grandeur et en fonction des couleurs.

Par nostalgie pour ma révolte adolescente crâneuse et bien qu’elle ne zieute jamais ma corde à linge à moi, je fais maintenant toujours un effort particulier pour étendre mon linge dans le désordre le plus complet.

*Sun Dried Sheets, une photo de MontanaRaven.


Leçon paternelle

21.09.2007, 13:21
catégorie: les mots des autres

Une fois, adolescent, j’étais en retard pour l’école et je courais dans la maison pour ramasser mes affaires. J’avais glissé dans l’escalier menant au sous-sol. Je m’étais heurté les côtes sur le coin d’une marche, puis j’avais déboulé jusqu’en bas. Je ne pouvais plus respirer. Je me croyais mort. Il m’était impossible de prendre la moindre bouffée d’air. Je voulais appeler à l’aide, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Mon père, qui était en haut, avait fait la sourde oreille. Il avait entendu ma chute dans les marches, mais il croyait tenir là une occasion en or de me donner une leçon sur les dangers de courir dans la maison. En réalité, il s’agissait d’une leçon beaucoup plus importante. Quand j’aurais besoin de lui un jour, quand je serais au bord du gouffre à me battre pour mon dernier souffle, il n’y serait pas. Il n’est jamais assez tôt pour apprendre ce genre de trucs.

Eric McComber, Antarctique (Montréal, Tryptique)


Humour d’intello

08.09.2007, 18:54
catégorie: sans

Pour Thalie. Cadeau tardif de dépôt de thèse

— J’ai une théorie sur la thèse.

Bien entendu. Nous sommes, autour de cette table, des docteures ou des docteures en devenir. Dans ces cas-là, chacune à une théorie sur la thèse, le doctorat, les études avancées…

— Plus le temps passe, plus on ressemble à son objet.

Tiens, tiens.

— Je me demande si, un jour, je vais me mettre à parler comme Marie-Claire Blais écrit.

Une chance que j’ai un doc en sémio, je serai peut-être en mesure de te comprendre, même si tu fais des phrases qui durent pendant des heures avec des tonnes de subordonnées.

Je lui demande à quoi je ressemble, moi qui ai fait ma thèse sur un objet tout à fait théorique.

— Tu es une perpétuelle lecture de toi-même!

Joli. Et bien pensé.

Bien entendu, il faut avoir lu ladite thèse pour comprendre la joliesse de la chose. Humour d’intello.