Overkill

— How are you?
— Je sais pas.
— You look…
Il cherche ses mots.
Je dois me tirer une gueule étrange. Dans les derniers jours, il s’est passé tellement de trucs, le brasse camarade a été si intense, que je suis absente de moi-même.
En massage, quand un muscle est très tendu et qu’on lui applique des percussions, ledit muscle a parfois une drôle de réaction: il largue les amarres, lâche tout son lest, et se décontracte totalement, ne sachant plus où donner de la tête. Façon de parler.
Mon âme, ma tête ont largué les amarres, lâché tout leur lest. Gisent autour de moi des pensées, des émotions, des sentiments, des idées, des réactions qui pourraient m’appartenir, qui devraient m’appartenir. Je les regarde d’un oeil curieux, les examine, les soupèse. Me demande si ça va fait boum si et quand je vais être capable de les intégrer.
Ground zero.
• 1930s typerwriter, une photo de hugovk.
Séduction

— Is this a seduction? I said.
— No. The seduction took place a while ago; you didn’t even notice it. We’re past that. We’re at the hiring stage. We’ve come to the bargaining.
— What do I have to do? I said.
— Sleep with me, that goes without saying. I’ll make it worth your while.
— What else?
— I value loyalty. Remember, you’re not a lawyer: don’t fuck the clients.
— I wouldn’t anyway. They always have bad karma. What else?
— Just what you’re already doing, he said. Some routine chores. Inhale some smoke, chew selected plant materials, tell a couple of riddles, write things on leaves. Do the odd incantation; lead a few sightseeing tours of hell. Keep up the tone of the establishment.
— No fooling around with snakes? I can’t, if there’s snakes. I have a phobia.
— Snakes were last year.
Margaret Atwood, The Tent
• Seduction, une photo de Egardo Balduccio.
Portrait de manipulateur iv
J’ai déjà acquiescé à sa demande. Je me suis même excusée.
Il énumère les arguments de nouveau. Le pourquoi je devais acquiescé à sa demande.
Je ne suis toujours pas d’accord avec les arguments. J’aurais dû deviner qu’il n’avait pas eu le temps. Malgré le fait que je lui ai demandé, deux fois plutôt qu’une, s’il avait besoin d’un coup de main pour terminer le boulot.
Il réitère.
Je m’impatiente.
— Je me suis excusée. Pas parce que j’avais tort, mais parce que tu étais blessé. Ça, je veux bien le reconnaître. Par décence. Par amitié. Mais je ne vais pas, on top of it, baisser l’échine au point de te donner raison et accepter des arguments à la con.
Portrait de manipulateur iii
Je suis dans le bus. Je devrais être dans mon char. Mais je suis dans le bus. De Longueuil à Saint-Michel, en char, c’est vingt minutes. En transport en commun, au moins une heure et demie, voire, deux heures. Mais je suis dans le bus. Je suis presque rendue à Saint-Michel.
Avant de partir, elle m’a offert de prendre un café avec elle.
— Il ne fait vraiment pas beau.
En effet, il neige beaucoup.
— Ça doit pas être beau sur les routes.
En effet, beaucoup de neige sur la route, ça rend la conduite pas facile.
Au fil de la conversation, elle place ses arguments, ses craintes, ses opinions. Les clefs du char sont sur le comptoir, à côté de mon café.
Après, je me retrouve dans le bus, direction Saint-Michel. Et je rage. Ça lui a pris un moment, mais elle m’a eue.
Je descends du bus. Je traverse la rue. Je me les gèle sérieusement. Mais j’attends tout de même le bus qui me ramènera à la maison.
Elle est surprise de me voir, bien sûr.
— Ça ne va pas? Il est arrivé quelque chose avec Marcel?
— Non, j’ai juste oublié les clefs du char.

