Portrait de manipulateur x

12.11.2009, 07:41
catégorie: portrait de manipulateur

Pendant des mois, elle m’a fait la baboune, m’a ignorée, m’a regardée de haut. Un jour, je lui ai dit ce que je pensais de tout cela.

— Ton attitude de dénigrement à mon égard dans les derniers mois, c’était exemplaire de maturité et de professionnalisme. Vraiment.

Elle a commencé à répondre sur un ton ironique. J’ai entendu les quelques premiers mots, mais j’ai tourné les talons. Ai compris depuis un moment que certaines discussions sont impossibles, inutiles.

On s’est croisé aujourd’hui dans l’ascenseur. Elle a commencé à m’engueuler. Toute rouge, elle était. Je l’ai interrompue.

— Je préfère quand tu me boudes. C’est meilleur pour ton teint.


Portrait de manipulateur ix

06.10.2009, 08:38
catégorie: portrait de manipulateur

— Il faut que vous respectiez mon autorité.

Il y a quelques semaines, je n’aurais même pas identifier la double contrainte de l’énoncé. Maintenant, elle me saute aux yeux.

— Le respect, ça se gagne, ça se mérite. Il n’y a pas de devoir de respect. L’autorité, elle, s’impose. Parce qu’on a du pouvoir, parce qu’on manipule, parce qu’on intimide.

Le respect de l’autorité n’est qu’une figure de style, un oxymore, une rhétorique qui permet de justifier des abus de pouvoir.


Portrait de manipulateur viii

30.09.2009, 10:39
catégorie: portrait de manipulateur

Il arrive dans mon bureau comme un coup de vent.

— Comme ça, on parle de moi dans mon dos pendant les 5 à 7?

Sur mon visage, il y a la réponse à sa question, bien que je reste sans voix.

Puis, je sens la colère monter en moi. Mon supérieur et moi, on pourrait dire que nous sommes copain, copine. Enfin, aussi copain, copine que peuvent l’être des gens dont l’un est le supérieur de l’autre. Et là, je sens que l’amitié est utilisé pour soutenir l’autorité. Ma colère doit poindre dans les traits de mon visage.

— Oublie ça, c’est pas grave. Comment va ta fille?

La colère disparaît. Une énorme tristesse s’installe à sa place. Ma fille est dans le coma depuis une semaine.

Au moment où mes larmes sont sur le point de surgir, je me ressaisis. This is not right. Ma fille fricote avec la mort. Et mon supérieur, qui se dit aussi mon ami, utilise cet état de fait pour se sortir d’un gros pétrin pas possible.

Mais je ne sais pas quoi répondre. Parce que notre relation a toujours été à la fois de travail et d’amitié. Et, généralement, ça ne pose pas problème.

Je sais comment réagir aux abus de pouvoir. Devant les abus d’amitié, je perds tous mes moyens.


Portrait de manipulateur vii

29.09.2009, 10:13
catégorie: portrait de manipulateur

— Tu sais comment elle est, Sylvie. Bon, maintenant, voyons comment on va s’y prendre pour organiser…

La remarque est presque anodine. Presque. En fait, elle semble anodine parce qu’il la glisse comme ça, l’air de rien, au milieu d’une conversation qui porte sur autre chose.

Je me demande ce qu’il a à lui reprocher, à Sylvie. La semaine passée, c’était «Tu sais, Sylvie, c’est une syndicaliste.» Comme si le syndicalisme était le pire tort qu’on puisse imaginer, comme si ça faisait d’elle une incongrue.

J’interromps le flot de ses mots.

— Non, en fait, je ne sais pas. Elle est comment, Sylvie?

Silence étonné.

Parce que, bien sûr, s’il doit explicitement dire ce qu’il reproche à Sylvie, les règles du jeu ont changé, et ça ne fait pas son affaire. Pas du tout.


Portrait de manipulateur vi

25.09.2009, 00:33
catégorie: portrait de manipulateur

— Tu ne me l’as pas demandé!

La discussion porte sur la présence de son ex dans sa vie. Je dis «ex», mais, en fait, je ne suis pas certaine. L’histoire est confuse. Tout ce que je sais, c’est qu’il voit encore cette femme. Et qu’il ne peut pas, ne veut pas ne plus la voir (je fais un cauchemar greimassien en écrivant cela…). Ça fait un mois qu’on se fréquente, et il n’a pas trouvé bon de mentionner la chose.

On passe un moment à discuter de la valeur de son argument à la con. Je m’impatiente.

— Est-ce que je dois aussi te demander si tu as déjà pillé une banque? arraché les ongles de ton frère parce qu’il ne voulait pas te prêter son camion de pompier? violé une bambine? tué quelqu’une, quelqu’un?


Portrait de manipulateur v

24.09.2009, 12:00
catégorie: portrait de manipulateur

— Tu es comme ça avec moi à cause de ton histoire avec ton père.

Mon père n’est pas un chic type. Pas du tout. Mon père est autoritaire, narcissique comme c’est même pas permis, immature (genre 67 years old going on 12), colérique, irrationnel, égocentrique, et j’en passe. Ce n’est pas un chic type. Pas du tout. Et il a été un très mauvais père. Vraiment. Très mauvais. Pourri. Voire, inadmissible.

Le supposé copain avec qui je discute me sort l’argument du père parce que tous ses autres arguments ont été déconstruits, toutes les autres raisons invoquées ont été invalidées. Ne reste plus que les coups bas pour sortir de la situation la tête haute et fière.

— Tu veux vraiment te comparer à mon père???


Portrait de manipulateur iv

08.06.2009, 15:05
catégorie: portrait de manipulateur

J’ai déjà acquiescé à sa demande. Je me suis même excusée.

Il énumère les arguments de nouveau. Le pourquoi je devais acquiescé à sa demande.

Je ne suis toujours pas d’accord avec les arguments. J’aurais dû deviner qu’il n’avait pas eu le temps. Malgré le fait que je lui ai demandé, deux fois plutôt qu’une, s’il avait besoin d’un coup de main pour terminer le boulot.

Il réitère.

Je m’impatiente.

— Je me suis excusée. Pas parce que j’avais tort, mais parce que tu étais blessé. Ça, je veux bien le reconnaître. Par décence. Par amitié. Mais je ne vais pas, on top of it, baisser l’échine au point de te donner raison et accepter des arguments à la con.


Portrait de manipulateur iii

07.06.2009, 20:04
catégorie: portrait de manipulateur

Je suis dans le bus. Je devrais être dans mon char. Mais je suis dans le bus. De Longueuil à Saint-Michel, en char, c’est vingt minutes. En transport en commun, au moins une heure et demie, voire, deux heures. Mais je suis dans le bus. Je suis presque rendue à Saint-Michel.

Avant de partir, elle m’a offert de prendre un café avec elle.

— Il ne fait vraiment pas beau.

En effet, il neige beaucoup.

— Ça doit pas être beau sur les routes.

En effet, beaucoup de neige sur la route, ça rend la conduite pas facile.

Au fil de la conversation, elle place ses arguments, ses craintes, ses opinions. Les clefs du char sont sur le comptoir, à côté de mon café.

Après, je me retrouve dans le bus, direction Saint-Michel. Et je rage. Ça lui a pris un moment, mais elle m’a eue.

Je descends du bus. Je traverse la rue. Je me les gèle sérieusement. Mais j’attends tout de même le bus qui me ramènera à la maison.

Elle est surprise de me voir, bien sûr.

— Ça ne va pas? Il est arrivé quelque chose avec Marcel?

— Non, j’ai juste oublié les clefs du char.


Portrait de manipulateur ii

24.05.2009, 10:38
catégorie: portrait de manipulateur

— Souviens-toi, la semaine passée, je t’ai permis de…

La formule est un tantinet fautive. En fait, elle m’a invitée à… sans préciser que ça impliquait que maintenant je…

— Avoir su qu’il y avait un price tag accroché, j’aurais refusé.

J’aime pas les contrats implicites.


Portrait de manipulateur i

19.04.2009, 19:11
catégorie: portrait de manipulateur

— J’ai tout sacrifié pour vous deux!

Nous n’avons rien demandé, mon frère et moi. Même pas de naître.

— C’était ton choix. Même que je te dirais que c’était pas un bon choix. Si tu ne t’étais pas autant sacrifiée, peut-être nous aurais-tu appris à être heureuse, heureux.