Livres et connaissances

— I read it in a book, I know.
C’est la troisième fois en une heure qu’il me la sort, celle-là. Et elle commence à me taper sérieusement sur les nerfs. J’hésite entre différentes réponses plus ou moins méchantes.
— Really, you read it in a book? Well, did you also read that other book, cause then, you would know differently…
— Have you read Mein Kempf? Then, you would definitely know that Jews are worthless subhumans.
— I read books too you know. But I am not stupid enough to believe that they all deliver the ultimate truth.
• La vérité ne tient qu’à un fil, une photo de timtom.ch.
Mode de vie

— Tu connais-tu ça, toi, ces téléphones-là?
Me demande le chauffeur de taxi, en me montrant un appareil portable.
— Non. Je serai probablement la dernière personne sur cette planète à acquérir un téléphone portable.
Je lui explique que je n’aime pas me faire sonner. Et que j’ai un mode de vie qui ne requiert pas de téléphone portable.
— Tu restes à la maison?
Je reste à la maison? Il faut absolument un téléphone portable pour sortir de chez soi?
• Scenic Telephone Box, une photo de fakelvis.
You wouldn’t…

Je fais rarement des cadeaux. Particulièrement lors des occasions qui requièrent des cadeaux. Je suis contre la dictature sociale et culturelle du cadeau. Mais, parfois, mon envie d’offrir à celles et ceux que j’aime arrive when t’is the season.
Bref, ma femme essaie un manteau qu’il aime beaucoup, sous lequel il faut bien mettre un veston, pour voir l’effet.
— The jacket is very nice on you.
— Yeah…
— In the bag it goes too.
Mon envie d’offrir est parfois atteinte par l’effet boule de neige. Must be the season again.
À la caisse, ma femme me lance un impératif.
— No birthday gift, though!
Pendant un moment, je suis sans mots. Puis, avec toute la théâtralité dont je suis capable dans le ton de la voix et l’expression du visage:
— Are you trying to put a limit on the love I have for you?
• Beyond Limits, une photo de Ted and Jen, choisie par Kevin.
Un squelette dans le placard

— J’ai peut-être un point commun avec ta mère, finalement.
— Oh?
Sa mère n’est pas tout à fait saine. Parfois, elle se met à rire toute seule. Parce que Dieu lui raconte des blagues.
— Quand je médite, j’utilise une visualisation qui implique un squelette.
— And?
— Eh bien, ce matin, le squelette s’est mis à faire des binettes et des blagues. Et ça m’a fait rigoler…
Mais bon, c’est peut-être la fatigue, ou l’effet Achmed.
• Three skeletons, une photo de S.C. Asher.
Dédicace

— La plupart des gens n’arrivent pas à lire mon écriture.
Dit-il, en me signant une copie de son roman.
Je reconnais quelques mots. Mon nom. Le sien. Un «amicalement». Un «sédicieuse». Je tente de deviner le reste. Plusieurs possibilités occupent divers espaces de mon esprit.
Pendant un moment, je me dis que je vais lui demander de déchiffrer la chose pour moi.
Je change d’avis. Je préfère élaborer des tas de scénarios plus fous les uns que les autres. C’est plus divertissant.
• Gribouillage lumineux, une photo de jeannecavmonnet.
Tarot et réalité
Pour Zoé

Une soirée entre copines. On joue au tarot et on s’amuse vraiment bien. Je fais un commentaire anodin sur les gens séniles. La fille d’une copine, du haut de ses dix ans, s’adresse à moi.
— C’est quoi, «sénile»?
Sans trop réfléchir, je réponds.
— La sénilité, c’est quand on perd contact avec la réalité.
Je suis assez fière de ma réponse. Me semble que j’ai réussi à bien rendre compte d’un concept relativement abstrait pour l’entendement d’une gamine de dix ans. Mais c’était oublier que cette gamine est hautement intelligente, et tout à fait curieuse.
— C’est quoi la réalité?
— Euh…
• la fiction et la réalité, une photo de duncan.
Responsabilité

“Innocent?” He was incensed at her suggestion he was somehow responsible for this mess. “I’ve done nothing wrong. I intend nothing wrong. I am innocent!”
“Half the evil in this world occurs while innocent people strand by and do nothing wrong. It’s not enough to refrain from evil, Trell. People have to attempt to do right, even if they believe they cannot succed.”
“Even when it’s stupid to try?” he asked with savage sarcasm.
“Especially then,” she replied sweetly. “That’s how it’s done, Trell. You break your heart against this stony world. You fling yourself at it, on the side of good, and you do not ask the cost. That’s how you do it.”
Robin Hobb, Mad Ship
• Innocence, une photo de Malu Green!
Des serpents et des gays

Le type habite en Floride. Il parle d’un campus universitaire. Il raconte comment on y visite le campus avec des voitures de golf. Entre autres, ça évite les serpents. Réaction de l’auditoire. Des serpents? Ben oui, c’est la Floride, il y a des serpents.
— We got rid of the gays, but we didn’t get rid of the snakes.
Et il continue comme si de rien n’était.
De toute évidence, la Floride ne s’est pas débarassée de ses red necks.
Et les serpents gays, ils y sont toujours, en Floride, Mister Red Neck?
• Smiles… une photo de Pensiero.
Intentions

— Mais je n’avais pas l’intention de te blesser, tu sais.
But you did. Pis ça a fessé fort en sacrament. Intention ou pas.
• 12 Blessure, une photo de margoscape.
Unavailable

— C’est fini?
— C’est fini.
— ???
Un vieux pattern. Mec pas disponible. Deux fois j’ai réagi à sa retenue. L’impression d’être gardée à la lisière de sa vie. Un no woman’s land où je ne suis ni chez moi ni chez lui. Un no woman’s land où seule l’attente est possible. Une attente misérable, pitoyable, insupportable.
Deux fois j’ai réagi à sa retenue. Je me suis éloignée du territoire ingrat. Deux fois il m’a fait le coup du grand gesture. Il m’a ramenée dans cet espace incongru.
J’ai voulu y croire. J’ai eu tort. C’est fini.
• We’re unavailable to take your call at the moment, une photo de Graham Ballantyne.

