Ligotage

22.05.2006, 17:24
catégorie: aucune

Je ne sais comment il a fait, mais il s’est emparé de mon corps. Pas une partie de moi ne peux bouger sans qu’il ne le décide. Si mon corps reste immobile, c’est parce qu’il le désire. Ma main caresse mon bas-ventre parce que sa main à lui l’y contraint. Mon corps se cambre parce que le sien l’y astreint. La mobilité de ma tête dépend de sa mâchoire qui, comme celle d’un chat, étreint ma nuque. Ses jambes, accrochées après les miennes, décident des mouvements de ces dernières. Mes bras s’ouvrent et se referment parce que les siens mènent le bal. Son bassin entraîne le mien comme un bateau qui tangue au gré des vagues et de la tempête. Il m’écartèle sans fin puis se replie et me garde au creux de son corps. Pendant des heures, son corps de marionnettiste actionne le pantin que je suis. Et c’est terriblement bon. Sans les cordes de son désir, je demeure un objet inanimé, sans vie. Quand il me quittera au petit matin, toute volonté de me mouvoir moi-même m’aura quittée.


eSex

20.05.2006, 15:44
catégorie: aucune

victoriaw : bonsoir!
amantdelirant : tiens, salut!
victoriaw : je te dérange?
amantdelirant : non, je lisais…
victoriaw : mmmm, qu’est-ce que j’aimerais être à côté de toi en ce moment…
amantdelirant : et moi donc! dans une semaine, je serai de retour.
victoriaw : c’est long. tu es loin, tellement loin.
amantdelirant : et si tu étais ici, avec moi, qu’est-ce que tu ferais?
(suite…)


Désordre

13.05.2006, 20:27
catégorie: aucune

Je me grille une clope sur le trottoir avant de me pointer au studio d’enregistrement. Entrevue radiophonique au sujet de mes recherches les plus récentes. Un type quelconque — pantalon trop grand de couleur indéfinie, chemise à carreaux elle aussi trop grande, espadrilles usées, cheveux courts à la coupe elle aussi indéfinie, visage qu’on oublie vite dès qu’on tourne la tête, un type vraiment quelconque, quoi — se grille une clope quelques mètres plus loin. Une tronche de technicien passionné par son métier. Pour une raison qui m’échappe, mon regard s’attarde sur lui, vague intérêt pour sa personne. Clope terminée, hop, au studio d’enregistrement, fin du vague intérêt, il est temps de passer à autre chose.

On m’installe dans le studio avec un café en attendant que l’intervieweur daigne se pointer le bout du nez. Je tripote mes notes distraitement. La porte ouvre, le type quelconque entre. S’assoit devant moi. Me sourit. Et là, sans avertissement, sans signe avant-coureur, sans préparation, je fonds. S’éveille en moi un désir que je ne me connaissais pas. Volcanique, instantané, déroutant, enlevant, étourdissant. Animal. Je vacille d’étonnement, de ne pas savoir quoi faire, que dire, comment réagir. Jamais auparavant une telle envie charnelle ne m’avait rendue aussi concupiscente. Ma température s’élève de dix degrés en quelques secondes. Mon bas-ventre s’enflamme.

Il commence son entrevue. Je raconte n’importe quoi. Chaque fois que nos regards se croisent, ma chatte frémit. Tout juste si je ne ronronne pas tout haut. Quand il sourit, je mouille ma culotte comme si j’étais le Niagara. Désemparée, je suis. Confuse. Mais terriblement excitée. Je ne me peux plus.

Et puis, quand l’entrevue est terminée et qu’il me questionne sur mon horaire pour la soirée, je lui dis la pire connerie que je puisse imaginer : mon mec m’attends pour souper.

Depuis, je ne cesse de rechercher en moi cette chose incroyable, formidablement sexy, l’intensité de ce désir. Souvent, je me dis que je suis passée à côté de la baise du siècle. Mais, plus souvent, je me dis que je suis passée à côté de la baise du millénaire.


Port d’attache

10.05.2006, 18:24
catégorie: aucune

Je l’attends à l’aéroport. Il revient d’un long séjour à l’étranger. Trop long. Son corps, sa bouche, sa langue, sa bite, sa peau, ses mains, son odeur, sa saveur, ses fesses m’ont manqué. Beaucoup. Nous avons pratiqué toutes les formes de sexe virtuel (enfin, presque) : au téléphone, par courriels, par clavardage, par webcaméras, par fantasmes. Si le voyage astral était une réalité, nous le saurions, nous y serions parvenus. Tous les amants que j’ai eu n’ont pas réussi à satisfaire ma soif de lui.

Il passe enfin les portes. Je lui saute au cou, l’enlace entre mes cuisses. Sa braguette est défaite, sa verge se pose en moi. Les préliminaires se sont étendus sur tellement de mois, le corps à corps est transcendant. Les voyageuses, les voyageurs, celles et ceux qui sont venus les attendre sont trop occupés à leurs retrouvailles pour nous remarquer.

Dans la voiture, alors que je conduis, il me fait jouir encore et encore et encore. Le siège est imbibé de ma cyprine. Je le caresse de la main droite, il embrasse mon cou, mon lobe d’oreille, mon épaule, mon sein. Son foutre explose au creux de ma paume. Je porte ma main à ma bouche, lèche amoureusement chacun de mes doigts. Ses doigts à lui caressent mes lèvres, les effleurent, les enveloppent. Son majeur est à peine entré en moi que j’éjacule, éternellement. Le souffle coupé, j’arrive tout de même à hurler mon bonheur, mon plaisir, mon désir, mon insatiabilité.

Dans l’escalier qui mène à notre appartement, il me retient par les hanches, me prend par derrière, me plaque contre lui. Mes mains s’enfoncent dans ses fesses, ses cuisses. Il y a toujours trop d’espace entre nous. Une de mes mains passe entre mes cuisses pour aller rejoindre ses couilles, les enlacer tendrement, et vigoureusement, puis tendrement, et vigoureusement de nouveau. Chaque marche se traduit par un orgasme plus fort que le précédent, plus intense, plus soulevant. Nous y passerons la nuit, et le jour suivant. Peut-être viendra-t-il un moment où nous ressortirons de cet appartement, si nous arrivons à être repus l’un de l’autre.


Big Bang

7.05.2006, 18:22
catégorie: aucune

Je suis assise sur ses jambes croisées, les miennes entrelacées au creux de ses reins. Nos nez se touchent presque. J’inspire son souffle, il boit le mien. Nos rythmes vitaux en synchronisation. Nos corps immobiles. Presque. Yeux grands ouverts, baignés dans le désir de l’autre. Ma chatte s’étire, se referme, se détend, s’accroche, s’ouvre, se replie, s’explose, s’implose. Autour de sa verge. Amoureusement. Langoureusement. Félinement. Je sens le désir battre ses veines, faire frémir sa peau. Nous nous attardons sans fin. Défi à l’éternité.

Ça me rappelle un roman. Un couple fait l’amour dans une machine à voyager dans le temps, programmée pour faire une boucle au moment du Big Bang et de leur orgasme. Pied de nez à la métaphysique.


Je suis un livre ouvert

4.05.2006, 20:57
catégorie: aucune

J’ai publié un livre récemment. Une chose hautement intellectuelle. Du genre pas sexy du tout. Un amant en devenir me questionnait à ce sujet dans un café où on faisait semblant de vouloir discuter. J’ai fini par lui envoyer l’intro du bouquin. Il m’a répondu, avec tout le sarcasme qui me plaisait tant chez lui, que, maintenant, bordel, il allait devoir le lire, ce bouquin, et que ça lui apprendrait à vouloir être courtois et poli. (C’est vrai que le polisson lui allait beaucoup mieux que le poli.) Narquoise, je lui ai demandé si le produit de mon intellect lui serait plus appétissant calligraphié sur mon corps. Il n’y avait pas de doute à avoir sur son intérêt pour cette version charnelle de ma plume.

Lors de notre rencontre suivante, alors qu’il prenait sa douche, j’ai déposé chacune des pages de mon livre sur moi. Bien sûr, c’était un peu moins charmant que le scénario original. Mais la chose a eu l’effet escompté. Nous avons batifolé comme fou et folle pendant des heures, chiffonnant, froissant et souillant les pages tout à la fois. Rien de mieux que de baiser sur son bouquin pour oublier le trop peu de critiques, de lectrices et de lecteurs qui ont daigné y plonger le nez. Et, d’une pierre deux coups, rien de mieux qu’un peu de transgression (pour les non-intellos, oui, épager un livre et s’y trémousser vaillamment par la suite constitue un presque blasphème…) pour pimenter une rencontre.