Tantra et dao
Il est derrière moi, sa bite dans mes fesses, ses mains sur mes hanches. Lui ne bouge pas. Il actionne mon bassin. Il embrasse coquinement ma nuque. Sa main remonte parfois jusqu’à mes seins. Puis il cesse tout mouvement et me tient au bout de son gland. De l’index, je fais signe à l’autre de s’approcher.
Jusqu’à présent, il s’est contenté de la posture du voyeur. Maintenant, j’ai envie, je veux qu’il se joigne à nous. Je commence en l’embrassant, en balladant mes deux mains le long de sa verge gonflée. Puis je la dirige vers mon con. Je tire la peau de ses flancs jusqu’à ce que sa bite soit complètement en moi.
Je pose leurs mains sur les hanches de l’autre. Ils se tiennent immobiles. Au milieu d’eux, entre eux, je vais et je viens, variant le rythme du mouvement et l’angle de mon bassin. Exercices de manège. J’ai envie de hennir, de secouer ma crinière, de passer du trot au galop, d’être flamboyante.
Quand mon mouvement cesse en plein centre de notre trio, mon vagin et mon cul engouffrent chacun la moitié d’une bite. Lentement et sans à-coup, ils me pénètrent entièrement. Leurs déhanchements simultanés me soulèvent à chaque coup de rein. Leurs corps m’enveloppent totalement, seuls leurs bassins s’éloignent périodiquement de ma peau pour revenir s’y coller une fraction de seconde plus tard.
De pair, ils déchargent en moi. Quelques secondes plus tard, mon foutre vient se mélanger aux leurs. Si je n’avais pas deux corps pour me retenir, je me liquéfierais aux pieds de mes amants.
Lieu V : Apéro
Je suis avec un vieux pote. On prend l’apéro en attendant sa toute récente dulcinée et le petit monsieur qui fait battre mon coeur et mon clitoris en ce moment.
Il y a toujours eu une tension érotique entre lui et moi, mais nous ne sommes jamais passés à l’acte. L’amitié fait parfois obstacle aux désirs.
Pour une raison qui m’échappe — et qui lui échappe probablement aussi —, l’amitié, aujourd’hui, ne semble pas faire barrière. Le désir est là, présent, évident, gros, invitant. On plonge. Au milieu d’un baiser avide, je précise :
— Dans une demi-heure, il faut être assis sur le divan et avoir l’air de gens civilisés qui prennent l’apéro!
— Pas de problème.
On s’offre une baise efficace. J’énonce précisément ce dont j’ai envie; il dit exactement ce qui l’enflamme.
La contrainte temporelle est un aphrodisiaque incroyable. L’efficience de nos bisous, câlins et étreintes sont le fruit d’une négociation véloce qui, dans d’autres circonstances avec avec quelqu’un de différent, me laisserait complètement froide. Mais là, je suis totalement enlevée, chavirée, charmée. Je n’ai qu’une idée en tête, faire cadrer, dans ces trente minutes, autant de plaisirs que possible. Et je m’étonne de l’incroyable élasticité du temps.
Quand la sonnette se fait entendre, on vient tout juste de refaire nos braguettes et de poser les mains sur nos verres de vin, des sourires béats sur nos visages.
Arthur et Paul
Sonnet du trou du cul
Obscur et froncé comme un œillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d’amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu’au cœur de son ourlet.
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous le vent cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse
Pour s’aller perdre où la pente les appelait.
Mon Rêve s’aboucha souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C’est l’olive pâmée, et la flûte caline,
C’est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos!
Arthur Rimbaud & Paul Verlaine
Zone érogène VI : Intemporalité
Ces temps-ci, j’ai une furieuse envie d’intemporel. J’ai le goût d’un espace où les heures ne s’écoulent pas, où le rythme n’est pas scandé par les jours, les semaines, les saisons. Un lieu sans commencement et sans fin. Un interstice indéfini, indéterminé. J’ai soif d’une scène où seuls le désir, l’envie dictent les mouvements, les avancées, les pauses, les retraits, le souffle, la tempête. J’ai envie de nuits blanches de baisers, d’éternité de caresses, de mots d’amour qui n’en finissent plus de se réénoncer, de soupirs sans fin. Une abondance lubrique, un puit sans fond. Une étreinte qui débute avec l’aube et ne se termine pas au crépuscule. De mains qui parcourent le corps sans jamais se lasser, se fatiguer, s’épuiser. De regards que le sommeil ne perturbera pas. De jouissances qui ne sont pas le sommet d’une courbe. J’ai envie d’un temps impossible où durée et déroulement ne font pas partie de la donne.
Zone érogène V : Oumf
Certains parlent de chimie, d’électricité, d’autres, de phéromones. Pour moi, c’est le oumf. Le oumf, c’est ce qui fait qu’on manque cette réunion hyper ultra importante pour baiser tout l’après-midi. Le oumf, c’est ce qui fait qu’on abandonne lâchement les copines pour passer du temps avec lui. Le oumf, c’est ce qui fait qu’on mouille ses bobettes juste parce qu’il nous regarde.
Le oumf se décline sous plusieurs formes. Ça peut être une croupe sur une moto (certains s’asseoient sur une moto, pas de oumf; d’autres chevauchent les motos, mmmmmmmmmmmmmm…). Un accent pervers dans le coin de l’oeil. Une façon asymétrique de se tenir debout, de s’accoter dans un cadre de porte. Un mot leste glissé à l’oreille dans un contexte formel. Une bouchée lascive arrachée à un fruit lors d’un dîner officiel. Une main posée un tantinet trop bas sur la hanche pour être innocemment amicale. L’incertitude d’un va-et-vient constant entre le je vais te prendre là maintenant sur la table de la cuisine et les bonnes manières.
Le coeur du oumf, sa nature profonde, c’est son côté gueule d’animal salivante devant une tranche de viande. Du gros désir. Pur et dur. Dru, rude, brut, primitif. Ce oumf, ce désir, il m’allume comme c’est pas permis.
Lieu IV : Flirt anonyme
Au détour d’une intersection où s’entrecroisaient et s’entrechoquaient des tas de gens pressés, au milieu de cette circulation humaine incertaine, nos corps se sont heurtés. Quand j’ai levé la tête pour lancer un regard méchant et outré au grossier personnage qui osait ainsi me brusquer, j’ai vu un visage presque angélique, des cheveux tout fous, un regard qui n’osait pas soutenir le mien, une timidité rougissante, quelque chose qui ressemblait à une excuse dans le fond de l’oeil. Et, surtout, du désir. Beaucoup de désir. Un grand débordement de désir.
J’ai posé les doigts sur ton bras, celui qui s’était avancé pour retenir ma peut-être chute suite à notre collision. J’ai laissé mes doigts glisser sur ton avant-bras jusqu’à la paume de ta main, puis jusqu’au bout de tes doigts. Et j’ai repris ma route, en te reluquant par-dessus mon épaule, t’invitant du regard, du sourcil haussé coquinement, à oser la poursuite.
Tu as osé. Tu m’as suivie. Après deux ou trois coups d’oeil, j’ai cessé de vérifier. Je te savais là, ton désir surpassant ta timidité, faisant fi du caractère incongru, étrange, bizarre de la situation. Je suis devenu félin, tu t’es transformé, tant bien que mal, en chasseur.
Pour que le jeu en vaille la peine, j’ai feint de te perdre, de te semer, de disparaître. Ton instinct de chasseur s’est affiné. Tu m’as traquée avec plus d’ardeur, plus d’agilité, plus de force. J’ai eu envie d’uriner au ras des murs pour que tu puisses me filer à l’odeur.
Je me suis faufilée dans une ruelle. Comme dans un film de suspense, je me suis adossée au mur afin de m’y confondre. Comme dans un film de suspense, tu es passé devant moi en trombe. J’ai chopé au passage la ceinture de ton pantalon. Je t’ai plaqué contre moi et je t’ai embrassé brutalement. Alors que tu ouvrais la bouche pour énoncer quelque chose, j’ai posé la main sur tes lèvres pour les tenir coites. J’ai appuyé très fort pour que tu t’agenouilles. J’ai relevé ma jupe, posé un pied sur ton épaule et t’ai regardé avec insistance.
Tu as posé ta bouche sur ma chatte, tes mains sur mes hanches. Tu m’as léchée, pourléchée, mordillée, embrassée, mangée, dévorée comme si ta survie en dépendait. J’ai retenu cris et hurlements, j’ai enfoncé mes ongles dans ta peau. J’ai joui dans le silence et dans l’anonymat de cet espace impromptu.
J’ai pris ta nuque dans ma main et j’ai posé un baiser chaste sur ton front. Merci. Et je suis partie. Sans me retourner.
Dao et tantra
Mon désir ne connaît pas de type physique (genre grand blond aux yeux bleus); je lui sais quelques faiblesses côté personnalité (l’artistique un peu névrosé, par exemple, ou l’intello lubrique); dernièrement, j’ai découvert que j’ai un type contextuel qui relève du rapport maître/élève (ne manque qu’une troisième occurence pour parler carrément d’habitude…).
Le premier maître était quatrième dan de kung-fu, avait un sourire vraiment trop sexy et des pectoraux foutrement appétissants; le second est instructeur de yoga, ses lèvres, son sourire, son regard, ses yeux, ont quelque chose de merveilleusement voluptueux. J’ai partagé des nuits endiablées avec le premier; le second relève du fantasme, enjolivé par les souvenirs du premier.
Nous faisons le palmier, asana qu’il affectionne particulièrement. Il nous invite à relaxer, à détendre notre ventre, à nous laisser couler dans la posture. Je ferme les yeux, ça m’aide à me concentrer. Je respire. Profondément. Lentement. Une main se pose sur mon ventre. Sa main. Chaude. Tendre. Elle sonde mon ventre, qui devrait être détendu, calme, etc. Eh bien non! Il est plein de papillons, ce foutu ventre. Il tremble, il frémit et il frissonne.
Souvenir. Les mains du sifu modèlent mon corps, le sculptent et le positionnent, l’invitant à réaliser correctement un mouvement plutôt complexe. Je devrais avoir le regard fixe de la concentration; j’ai le regard vaporeux de celle qui désire. Ardemment. J’ai envie de lui. Énormément. Maintenant. Ici. Son corps doit entendre l’appel sourd qui gronde dans le mien parce que, le soir même, nous faisons l’amour. À même le plancher. Celui de son école. Dès que le dernier élève à s’en aller franchit la porte. Mon corps sous ses mains est prêt à subir toutes les torsions qu’on lui impose, pourvu qu’on l’aime passionnément, ici, maintenant.
Projection. Après le cours de yoga, je reste pour poser une question au prof. Je peine à faire l’aigle. Je m’installe devant le miroir, il se place derrière moi. Je dois fixer un point immobile devant moi. Pour garder l’équilibre. Il s’affaire autour de mon corps, étirant le muscle de la jambe ici, replaçant l’angle du coude là. Mon oeil le suit dans le miroir. Je n’ai aucun équilibre. Il s’affaire toujours, alignant le mollet par ici, tendant les orteils par là. Puis il lève les yeux vers le miroir. Où il y a moi. En complet déséquilibre. Le regard fixé sur lui. Intensément. Souriante. Comme une gamine prise la main dans le sac de friandises. Il comprend vite. Se relève. Se tient debout, devant moi. Plus de problème d’équilibre. Juste du gros désir intense, vibrant. Il sourit, invitant. Je décroise les bras, les jambes. De la main droite, j’empoigne sa chemise, le tire vers moi, l’embrasse.
La suite des choses ressemble beaucoup à ce qui s’est passé à l’école de kung-fu. Mon imaginaire est pragmatique, il carbure beaucoup mieux à la réalité trafiquée qu’à l’invention de toutes pièces créée.
Envie de femme
Je suis perplexe, étonnée, subjuguée, mais aussi enchantée.
Cet après-midi, je me prélassais sur mon lit, le nez dans un roman. Comme il m’arrive souvent quand je lis pour le plaisir et non pour le boulot, je me suis mise à rêvasser. Et, comme il m’arrive souvent quand je rêvasse, mon imaginaire s’est fait taquin, coquin, érotique. Et j’ai pensé à cette femme que j’ai rencontrée hier soir, dans une fête, chez des potes. Et mon esprit s’est mis à la déshabiller, à la regarder, à la caresser, à l’embrasser. Mon désir était intense, vif, curieux.
Je suis perplexe. Je me suis toujours crue définitivement hétéro. Oh, j’ai baisé avec des femmes, bien sûr. Sous le regard d’un homme. Pour le regard d’un homme. C’était tendre, gentil, sexy. Mais pas enlevant. J’ai aimé des femmes, sans jamais éprouver une once de désir charnel pour elles.
Je suis étonnée. Elle n’est pas le genre qui attire habituellement mon regard. Elle est blonde, pas très grande et menue, les yeux clairs. Mon inclinaison en terme de beauté féminine va plutôt du côté des grandes ténébreuses aux corps bien présents dans l’espace.
Je suis subjuguée. Mon désir n’est pas de ceux qu’on peut écarter du revers de la main. Il est là, bien ancré, fort, incontournable.
Je suis enchantée. Je me rends compte que mon désir se fait rebelle, qu’il ne se contente plus d’explorer cet espace bien étroit qui lui a été dévolu par la société et la culture dans laquelle il a été élevé, mais qu’il part à la conquête de territoires nouveaux. Je désire une femme. Pour elle, pour son corps, pour sa beauté. Et ça m’enchante.
Votre honneur
Je suis assise dans un café. Crayon entre les dents, yeux au plafond, page blanche sous les coudes : flagrant manque d’inspiration.
Sur ma gauche, à une table accolée à la fenêtre, en contre-jour, le profil d’un homme. Charmant, le profil. Sexy, même. Un grand nez, à la forme inhabituelle. J’ai un faible pour les nez hors norme. Cheveux un peu fous, juste assez longs pour ne pas être trop proprets. Il passe la main dans ses cheveux et la laisse reposer un moment sur sa nuque. Terrrrrrrrrrrrrrrrriblement sexy.
Je me surprends à essayer de deviner les traits de son visage, la couleur de ses yeux, l’intonation de sa voix s’il me murmurait des mots coquins, la fermeté de ses mains s’il les glissait le long de mon dos, la douceur de ses lèvres s’il les posait sur les miennes, la sensation de son bassin entre mes cuisses, la chaleur de sa peau contre la mienne, la fermeté de ses fesses sous mes doigts…
Ma rêverie est interrompue par une présence devant moi. Il pose sa carte professionnelle sur ma page blanche, sourit bien calmement et s’en va. Je prends la carte dans ma main. Un juge. Tiens, tiens…
J’aime bien les figures d’autorité. Elles ont ce petit je ne sais quoi d’extrêmement charmant. Les jeux de pouvoir, avec elles, sont tellement plus fins, tellement plus subtils.
Les amants invisibles
Je relis pour la ixième fois Surveiller et punir. L’intello que je suis est plus allumée par Foucault que par tous les traités de BDSM. Je suis une fétichiste de l’intellect.
Mon regard erre pendant que mon cerveau dialogue avec le texte. Au détour de la fenêtre, mon oeil est attiré par un mouvement. Derrière une fenêtre, il y a quelqu’un qui me regarde, me fixe, m’épie. Intensément.
Un sourire s’installe sur mes lèvres. Je me sens joueuse, ce soir. Je tiens le livre d’une main et poursuis ma lecture; mon autre main se ballade sur mon corps, taquine, coquine, aguicheuse. Après un moment, je relève les yeux pour voir si mon voyeur est toujours là. Il y est, et il a de la compagnie. Un autre homme, derrière une autre fenêtre, me mate lui aussi. Mon sourire s’élargit; ma main se fait plus balladeuse, plus fouineuse.
Je deviens théâtre. Une scène s’élabore. Étendue sur le côté, je glisse par derrière une main entre mes cuisses, vais et viens avec mon pouce dans mon sexe. Sur le dos, les mouvements de mon bassin, de mes jambes, sont larges, amples; mes mains gambadent, frénétiques, entre mon entrejambe et mes seins. À quatre pattes, je leur présente mon cul, une main entre mes fesses, l’autre sur ma chatte, les reins dangereusement cambrés.
Et je jouis au milieu de salves d’applaudissements imaginaires.
Rideau.

