Instantané IV
Quand je jouis, je ne sais qui est dessus, qui est dessous, je sais seulement le battement de mon corps face au sien, mes jambes serrées face aux siennes tout aussi serrées, nos bras le long de nos flancs traversant à peine le manque d’espace entre nous pour s’accrocher à la peau de l’autre.
Instantané III
Quand je jouis, le combiné du téléphone me tombe de la main, mes cris couvrent presque le son de sa voix à lui, qui, dans une cabine téléphonique quelconque du centre-ville, me raconte tout ce qu’il me ferait s’il pouvait être à mes côtés en ce moment.
Texte sans domicile fixe
«Texte sans domicile fixe» est un jeu. Un jeu itinérant. Chaque auteure conviée écrit un bout de texte. Un paragraphe : cinq phrases (ou une «variation de» sous un autre mode). Une invitation (mais, de préférence, plusieurs) est ensuite lancée à une nouvelle personne, qui poursuit le texte selon les mêmes contraintes dans son propre site. Cette introduction, un lien au paragraphe précédent et au paragraphe suivant (une fois que le texte est en ligne) sont donnés, mais seul le paragraphe écrit par l’auteure apparaît dans le site, invitant ainsi les lectrices à parcourir le Web à la quête des fragments du texte. Une participation au jeu n’exclut pas une participation ultérieure, les invitations étant faites à la discrétion des participantes.
Leurs corps sont couverts de sueur. Leurs muscles sont tendus de désir. Leurs bouches frétillent d’envie. Les mains, presque désincarnées, se baladent frénétiquement. Murmures et grognements s’entremêlent nonchalamment.
La suite chez Albertine Bouquet et dans Les identitaires.
Instantané II
Quand je jouis, je suis à califourchon sur son visage, mon front et mes paumes pressent le mur devant moi, ma cyprine coule le long de ses joues, un filet de salive quitte mes lèvres et se pose sur sa tempe.
Instantané I
Quand je jouis, il est derrière moi, sa bite entre mes fesses, ses mains sur mes seins, je tiens une godemiché dans ma chatte et je presse mes doigts sur mon clitoris.
Béla
Il est presque minuit et je traîne encore au bureau à potasser un texte que je ne parviens pas à terminer. Plusieurs fois pendant la soirée, je me suis mise à rêvasser. J’ai même caressé quelques fantasmes et la peau de mon ventre, mais j’ai fini par me discipliner et par revenir à mon texte.
Un grattement se fait entendre. Je lève les yeux (j’ai failli, dans cette scène, me faire porter des lunettes, par-dessus lesquelles j’aurais pu lever mon regard — mais les intellos à lunettes sont un cliché que j’abhorre, pas de lunettes, donc…). Derrière la fenêtre, un visage livide aux traits acérés, des cheveux et des yeux plus noirs qu’une nuit sans lune. Un sourire plein d’envie s’installe sur mes lèvres.
— Entre, Béla.
Béla arrive toujours par la fenêtre. Ce soir, il tient à la main un panier en osier. Sans dire un mot, il pose sur ma table de travail des victuailles, une bouteille de vin et des chandeliers. Je vais éteindre le plafonnier, il allume les bougies, sert le vin et le repas. Nous mangeons et trinquons en silence. Béla est un homme de peu de mots. Il compense avec un sex-appeal on ne peut plus oumf.
Alors que je penche la tête en arrière pour déguster la dernière gorgée de mon vin, il balaie du bras presque tout ce qui se trouve sur mon bureau, seuls les chandeliers et quelques crayons sont épargnés. Béla a envie de moi. Et j’ai rudement envie de lui.
De mains agiles, il enlève mon chandail et défait mon pantalon, qu’il laisse choir autour de mes chevilles. Son torse se presse contre mon dos jusqu’à ce que mon torse à moi repose contre le bois de la table de travail. Une de ses mains tient fermement ma nuque, l’autre caresse adroitement mon entrejambe, se concentrant sur les abords de mon sexe. Son souffle est presque un grognement à mon oreille.
Alors que son pouce pénètre à l’intérieur de mon vagin, le reste de sa main se colle contre mon pubis. Chaque mouvement, chaque étreinte, chaque poussée résonnent et se répercutent en moi de façon sublime. Je sens mon sang menstruel qui commence à couler. J’imagine la substance chaude glisser le long de ses doigts, de sa main, de son poignet. Il retire son pouce. Je ne le vois pas, mais je sais qu’il porte la main à sa bouche, qu’il lèche et pourlèche ses doigts, sa main, son poignet rougis.
Il s’agenouille derrière moi, pose ses mains froides bien fermement sur mes fesses, sa bouche gourmande sur ma chatte engorgée. Il me mange comme aucun autre amant ne sait le faire. Avec avidité, passion, gourmandise, voracité. Pendant des heures. Comme s’il allait parvenir à vider mes entrailles de cette nourriture à bébé inutile. Et je jouis. De nombreuses fois.
Dans le miroir qui se trouve derrière moi, on peut voir mon cul au dessus de mes jambes tendus, mon pantalon ravalé à mes chevilles, et ma chatte exposée au monde. On peut me voir tressaillir de bonheur. On peut voir un filet de sang couler de mon sexe et s’interrompre inexplicablement. Sur les bandes des caméras de sécurité, il n’y a qu’une femme seule qui frémit, frisonne et ondule, sorte de possédée nymphomane.
Béla quitte avant que le jour ne se lève. Béla quitte toujours avant les premiers rayons de soleil.





