Braconnage
Je ne donne généralement pas dans le jeunot. J’aime mes amants matures, expérimentés, chevronnés. Je ne possède pas la fibre professorale quand il est question de cul; j’apprécie la langue versée, le doigt compétent, le verbe éprouvé, la bite adroite. Pourtant, il est entré dans le bar et j’ai réagi comme le couguar devant le wapiti : je me suis mise en mode prédation.
Il a pris place de l’autre côté du comptoir. Mes yeux ont délaissé le texte à corriger et se sont braqués sur lui. À quelques reprises, il a jeté des coups d’oeil de mon côté, mais furtivement, en se détournant très vite, l’air gêné. Pour une raison qui m’échappe encore, sa timidité de gamin d’à peine vingt ans m’a charmée.
Quand mon verre a été terminé, j’ai commandé un autre scotch et j’ai demandé à ce qu’on lui serve la même chose. Son visage est devenu rouge tomate, mais il a réussi à soutenir mon regard quelques secondes le temps de dire merci sans un son, juste avec les lèvres qui bougent. J’ai levé mon verre à sa santé, j’ai souris démesurément et j’ai fait cul sec. Il n’a plus osé me regarder, même du coin de l’oeil. Je me suis demandé si sa timidité était infranchissable, même pour la conquistador que je suis.
J’ai refusé d’abandonner la partie. J’ai attendu que son verre soit terminé, j’ai commandé deux autres scotches mais, cette fois, j’ai fait le service moi-même.
— Victoria, enchantée.
Il a balbutié un prénom composé que je n’ai pas compris. Soit, il sera le wapiti.
Après quelques questions vagues de ma part et des réponses bredouillées de son côté, j’ai finalement découvert qu’il était amateur de cinéma d’auteur. Soit, on causera cinoche. C’est une de mes passions aussi, après tout.
Après une heure de discussions cinématographiques et plusieurs scotches, le wapiti a perdu de sa gêne initiale. Il pose abruptement une main sur mon genou. Je me penche vers son oreille.
— Pour que ce soit sexy, tu dois poser délicatement la main, plutôt au centre de la cuisse. Tes doigts doivent être caressants, enveloppants. Déposés sans être lourds. Je dois avoir l’impression que, à tout moment, ils sont prêts à s’aventurer plus loin.
— Comme ça?
Bon, on y est pas tout à fait. Démonstration avec ma main sur sa cuisse à lui.
— Tu sens dans ma main l’envie de caresser ta cuisse, de l’empoigner? de remonter vers ta hanche?
— Uh uh.
— C’est l’effet visé.
Il se reprend. On progresse. Il pose l’autre main sur l’autre cuisse. On progresse vraiment bien.
— Tu sens le tremblement subtil de mes muscles sous tes doigts?
— Mmmoui.
— C’est signe que tu es sur la bonne voie.
Zone érogène VII : Écran cathodique
L’intellectuelle que je suis aime décrocher de sa vie devant la télé, en pyjama, avec un gigantesque bol de chips.
Il n’y a pas trente secondes, les deux personnages étaient en train de se foutre des baffes colossales et de se lancer des injures fracassantes. Après l’avoir projeté violemment contre un mur et en le tenant toujours par le collet, l’héroïne se met à embrasser fougueusement son adversaire. Je lève un sourcil intéressé.
L’adversaire, après quelques instants, la soulève de terre, traverse la pièce et, à son tour, la projette violemment contre un mur. Mais il ne l’embrasse pas. Il colle son visage dans sa nuque et, aux mouvements de son corps, on comprend très bien qu’il est en elle. Ma main s’immobilise à mi-chemin entre ma bouche et le bol de chips. J’aime quand la télé ose.
Leurs ébats brutaux se poursuivent de mur en mur, de charpente en charpente, de plancher en plancher. Les murs tombent. Littéralement. Les charpentes sont déplacées. Littéralement. Les planchers sont défoncés. Littéralement. Oumf.
Ma main se glisse dans la pantalon de mon pyjama et rejoint ma chatte trempée de cyprine. J’insère quatre doigts dans mon con et je presse mon pouce contre mon pubis. Jamais je n’aurais imaginé qu’une série américaine destinée à l’origine aux adolescentes puisse être aussi sexy. Triple oumf.
Pinpon
Le pompier-effeuilleur-improvisé de la caserne 30 m’a invitée à le rejoindre dans cette minuscule boîte de jazz. Je suis assise au bar et j’avale la dernière gorgée du verre de rouge que j’ai commandé il y a plus de vingt minutes. Pinpon est en retard. C’est pas très classe.
Le barman coupe la musique, quelques clientes, clients applaudissent. Le spectacle va commencer, et je me suis probablement fait poser un lapin. Qu’importe. Les premières notes qui résonnent annoncent un musicien talentueux. Je fais signe au barman pour commander un autre verre, il me répond d’un mouvement de la tête presque imperceptible. Je me retourne vers la scène. Enfin, vers ce coin de la pièce qui sert de scène et où trône un improbable piano à queue.
Le pianiste, en smoking, fait danser ses doigts sur les touches et me regarde avec un sourire malin et coquin. Pinpon est aussi jazzman, donc. Sexy. Je souris, pose mes coudes sur le bar, croise mes jambes, et laisse la musique m’envahir.
À l’entracte, plusieurs femmes réclament l’attention de Pinpon. Il cause avec elles mais son regard est sur moi. Avant de se remettre au piano, il vient me saluer et me faire la bise.
— Tu restes, c’est le dernier set?
Je souris et je commande un nouveau verre de rouge.
Il doit être deux heures de matin quand Pinpon annonce son dernier morceau.
— Pour Victoria.
Binettes déçues chez les groupies du jazzman. Sourire espiègle chez Victoria.
Et il entame un de ces airs de jazz langoureux qui donne envie de baiser même quand on s’offre la pire crise de migraine du siècle.
Le barman va voir les clientes et les clients une à une et un à un en leur indiquant, gentiment et cordialement mais fermement, la porte. Après quelques minutes, ne reste, dans le bar, que Pinpon, qui joue toujours aussi merveilleusement bien, moi et le barman. Ce dernier pose deux verres de rouge sur le zinc à côté de moi, enfile son manteau et s’en va.
Le pompier-effeuilleur-improvisé me fait signe de le rejoindre. J’attrape les deux rouges et me dirige vers la scène. Je pose les verres sur son instrument et m’assieds sur le banc, tout près de lui.
— Bien content que tu aies accepté l’invitation.
— Charmée que tu aies lancé l’invitation.
Il m’embrasse gentiment sur la joue. Je me faufile entre ses membres et m’assieds sur ses cuisses, face à lui. Les touches s’animent toujours sous ses doigts. Sa bouche cherche la mienne mais j’esquive. J’embrasse son cou, ses oreilles, son front, ses paupières, ses tempes.
— C’est pas une fausse note que je viens d’entendre, là?
— Je suis un tantinet déconcentré, je dois avouer.
— Vraiment?
Il me soulève, enlève mon pantalon et ma culotte, me dépose sur le piano. Ses mains écartent gentiment mes jambes. Sa bouche s’approche dangereusement de ma chatte. Ses cheveux effleurent la peau de mes cuisses. Avant que ses lèvres viennent goûter mes nymphes, ses mains retournent au clavier et reprennent le morceau là où il a été interrompu.
Pinpon mange et lèche ma chatte au rythme de sa musique. C’est drôlement excitant, foutrement bon. Son art traverse mon corps, l’envahit. Je jouis plusieurs fois, enchantée, médusée, complètement enivrée et charmée.
Je remets mes vêtements, prends place à côté de lui, sur le banc. Il joue encore. Il se penche un peu et pose un baiser sur ma joue. Ses lèvres sont encore mouillée de ma cyprine. Je souris.
— Dis, l’homme-orchestre, tu as d’autres talents cachés?
— Ça sera pour un prochain rendez-vous.
L’anticipation. Mon aphrodisiaque favori.
Caserne 30
Je passe devant la caserne où il y a la proportion la plus élevée de pompiers sexy à Montréal. Si, si, c’est vrai. Tout le monde le sait : l’ancienne caissière du resto de sushis, le voiturier du resto thaïlandais, les voisines de la caserne, les clients du sauna. Tout le monde. Vraiment. Très, très sexy, les pompiers de la caserne du Mile-End.
Devant moi, sur le trottoir, tout juste de retour d’une mission, un pompier retire son pantalon. Enfin, le pantalon de son habit protecteur. Mais il le retire comme s’il était dans un numéro de cabaret. Il ne sait pas que je suis derrière lui. Son numéro vise clairement à faire rigoler ses collègues. Je m’arrête pour apprécier le spectacle.
Il termine son numéro déhanché, le pantalon ravalé aux chevilles, les mains au ciel. Ses potes rigolent comme des fous, mais je crois que c’est surtout à cause du public incognito qui se trouve derrière l’artiste.
J’applaudis. Le pompier, comme un gamin pris la main dans le sac, resdescend les bras et remonte son pantalon brusquement. Quand il se retourne vers moi, c’est avec un visage rouge tomate et un air gêné. J’applaudis toujours. Et je souris. Il est drôlement mignon, l’effeuilleur improvisé.
Avant de poursuivre mon chemin, je dépose ma carte dans la main du pompier et je chuchote un compliment à son oreille.
Premier rendez-vous
— Do I really have to wear the blindfold?
— Bien sûr, c’est une blind date.
Dans le monde virtuel, il a lancé une question invraisemblable : es-tu ma femme? Le culot de la chose m’a fait sourire. Le personnage exposé dans le blogue m’a presque séduite. J’ai lancé une invitation. Il devait se trouver au pied du mont Royal à quinze heures, les yeux bandés. Il y était. Sexy, le cran.
Depuis une vingtaine de minutes, on gravit la montagne, peinards, par le chemin Olmsted. Aux passantes et passants curieux, je dis qu’on se pratique parce que mon dulciné est en train de perdre la vue. Ça nous vaut des regards plein de pitié et d’attendrissement, que je m’amuse à lui décrire. Ça ponctue et pimente la conversation.
Après une heure de ce manège, je lui explique les règles du jeu. Quatre autres rendez-vous sont à venir. Aujourd’hui, il n’a eu droit qu’à ma voix. Quatre de ses sens restent à explorer. À lui de décider ce qui, du goût, de l’odorat, de la vue ou du toucher, sera la thématique, je composerai le menu du rendez-vous.
Je chuchote à son oreille :
— Dans une minute, tu pourras enlever le bandeau.
Et je me faufile dans un groupe de marcheuses et de marcheurs qui redescendent la montagne.
Everest
Ça fait des mois que j’ai mis l’opération séduction en place. S’il avait été simplement timide, je n’aurais consacré à cette entreprise que quelques jours et le tour aurait été joué. Les grands timides sont une de mes spécialités. Il n’est pas timide. Bien le contraire. Son charisme et sa beauté en font un homme charmant. Et convoité. Très convoité. Côté conquêtes, donc, il a l’embarras du choix. Et il se permet de faire le difficile. Qui ne le ferait pas?
Je refuse d’être l’une de ses nombreuses conquêtes. Je veux qu’il ait à mon égard une envie violente, un désir incommensurable. Un filet de bave, littéral ou métaphorique, à la commissure des lèvres. Je serai conquête, soit, mais parce que j’aurai d’abord conquis.
Et ce soir, c’est dans la poche. Il me veut. Et il a une façon particulièrement allumeuse de vouloir une femme. C’est inscrit, intensément, dans ses yeux de braise. Oumf.
— On va chez toi? Mon nid douillet est au troisième et il n’y a que des escaliers…
— Non, pas chez moi. L’entente que j’ai avec ma blonde suppose que nous ne fricotions pas avec d’autres dans notre lit conjugal.
— Un hôtel alors? C’est moi qui offre.
Pour toute réponse, il sourit, prend l’addition sur la table, enlève les freins de son fauteuil et roule jusqu’au comptoir. La musculature de son dos et de ses bras est foutrement sexy. Et invitante. Je me régale d’avance.
À l’hôtel, alors qu’il s’apprête à passer du fauteuil au lit, je l’interromps. Il lève un sourcil; je souris. Il lève l’autre sourcil; je relève ma jupe. Je me campe sur lui, à califourchon.
On s’embrasse pendant une éternité. Ses baisers me font craquer. Il possède cet art tout particulier de ne jamais abandonner tout à fait ma bouche, mais de s’en éloigner juste assez pour m’y faire croire et faire naître en moi un désir troublant. Je fonds.
On s’embrasse toujours. Ses mains habiles nous débarrassent de nos vêtements. Nos peaux sont lovées l’une contre l’autre. Je sens sa bite, sous ma chatte, qui prend plus d’ampleur et s’échauffe. Mon désir est à son paroxysme. Je ne veux pas m’éloigner, ne serait-ce que d’un millimètre, de sa peau, de son corps, de sa bouche. Son vit est dur comme l’acier maintenant. Il déplace délicatement mon bassin et enfile son membre dans mon sexe. Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm.
On s’embrasse et on ondule. Quand je jouis, c’est une vague de fond qui m’emporte. Mes lèvres engorgées, mon clitoris tumescent et les parois frémissantes de mon vagin ont épuisé mes ressources d’énergie. Je m’affale sur lui, contentée, repue, gavée, rassasiée.
Sa verge pointe et vibre encore en moi. Il soulève gentiment mon corps en posant ses mains sur mon postérieur et le laisse redescendre tout aussi doucement. C’est bon. Je ne jouis pas de nouveau, mais une sorte d’implosion sourde m’envahit. C’est drôlement bon. Il poursuit le manège pendant un long moment. Jusqu’à ce qu’il jouisse lui-même. Son orgasme est beau. Ses sourcils se soulèvent en tremblant, un sourire s’épanouit sur son visage, ses ongles s’enfoncent dans ma peau.
Il me dépose dans le lit, vient se coller derrière moi, et nous nous endormons comme ça, sa queue entre mes cuisses.
Je rêve déjà du petit matin. Je passerai ma main entre mes jambes et caresserai sa bite ensommeillée. J’arriverai peut-être à le faire jouir avant qu’il ne se réveille.
Casemate
Très tôt le matin, dans un corridor de l’université, des employés, quelques mètres devant moi, pointent du doigt une porte entrouverte et rient à gorge déployée. Arrivée à ladite porte, curieuse, je passe la tête par l’entrebâillement.
Une masse humaine dans un sac de couchage bleu. Deux mains et quelques mèches de cheveux dépassent. Un livre de Lakoff traîne à côté du dormeur.
Je ressort la tête du bureau et lis la plaque sur le mur : « Chaire de recherche en littérature transgénique ».
Décidément étrange, le généticien de la littérature. Mais charmant. Ai un faible pour les fous. Notamment quand ils sont intellos.
Je pose ma tasse de café fumant près de lui, sur le sol, me disant qu’il en aura bien besoin quand il se lèvera. Je ferme la porte en quittant son bureau.




