Un escalier est un escalier est un escalier
La version plein écran est conseillée.
Avant-première
Sur mon corps il y a des mots, des nombres, des flèches, des lignes, des dessins. Sur mon corps il y a une pièce de théâtre qui ne demande qu’à être mise en scène, jouée, représentée.
ACTE 1, SCÈNE 1
On entend une sonnette. VICTORIA, nue et couverte d’écritures, va ouvrir la porte. C’est L’AMANT qui arrive.
L’AMANT (faisant la bise à VICTORIA)
Une femme tatouée… Bonsoir.
VICTORIA (avec un sourire coquin)
Ce ne sont pas que des tatouages, c’est un programme.
L’AMANT (regardant de plus près)
Vraiment?
VICTORIA présente son dos à l’amant. Il se penche pour lire.
L’AMANT
Charmante scène. L’AMANT, c’est moi?
VICTORIA (se retournant vers L’AMANT)
Pour autant que tu acceptes de te prêter au jeu. Preneur?
L’AMANT
Bien sûr.
J’aime les amants dociles et joueurs. Beaucoup.
Traque
Le wapiti tremble. C’est charmant. Je suis touchée. Vraiment.
J’enlève ce qu’il me reste de vêtements.
Le wapiti est bouche bée. Et paralysé. Il me regarde avec beaucoup d’envie, il est vrai, mais aussi avec un air de je-ne-sais-vraiment-pas-quoi-faire-maintenant.
Je prends ses mains, les pose sur mon corps et les entraîne dans de sinueux parcours topographiques. Je passe du lent au rapide, et je reviens au lent. Je varie entre l’effleurement à peine ressenti et la fermeté qui laisse presque une empreinte. Quand son visage est près du mien, je pose mes lèvres sur les siennes, l’embrasse longuement ou brièvement, délicatement ou férocement. Très vite, ses mains n’ont plus besoin de guides, inventent mille et une variations savoureuses de câlins.
Quand sa main frôle mon mont de Vénus, je l’arrête. Je place ma bouche tout près de son oreille.
— Reste là. Avec ton index et ton annulaire, tu écartes délicatement la peau qui recouvre mon clitoris. Avec ton majeur, plus loin, tu recueilles de ma cyprine et tu reviens caresser mon clitoris. Tu y vas doucement d’abord. Tu veux provoquer, faire désirer, allumer, sans assouvir. Tu t’y tiens jusqu’à ce que tu sentes que mon organe va exploser tellement il tremble et est gonflé.
Le wapiti s’exécute. Avec un peu d’imprécision d’abord. Mais l’adresse lui vient vite. Et bien. Terriblement bien. Mon corps entier tremble de bonheur.
— Et maintenant?
— Maintenant, tu te laisses aller. Deux doigts, trois doigts, les cinq, la paume de la main. Pour faire monter les enchères, tu reviens parfois aux manoeuvres délicates, et tu reprends de plus belle après un laps de temps indéterminé. Tu veux surprendre, faire saliver.
Je le laisse faire et j’apprécie le moment. Longtemps. Goulûment.
Puis je pose ma main sur sa bite et je la caresse.
— La difficulté, maintenant, c’est de ne pas perdre ta concentration, de poursuivre les caresses tout en appréciant celles que je te fais.
Opération délicate. Même pour les amants très expérimentés. Ma main s’arrête parfois de parcourir sa verge l’instant d’un soupir, d’un cri, d’une extase. Il me rappelle à l’ordre en murmurant à mon oreille. Je m’y remets alors, et le rappelle à l’ordre quand c’est sa main à lui qui s’immobilise.
Mondialisation
J’ai une drôle de manie. Ou une sale habitude. C’est selon. Mais cela consiste à avoir des amants en terre étrangère. Je les rencontre parfois quand je voyage. D’autres fois, je les croise alors qu’ils sont de passage de mon côté du globe. Certaines de ces histoires n’ont jamais eu de suite, d’autres auraient dû en avoir si le destin en avait décidé autrement (ou si on lui avait un peu forcé la main…).
Quand je suis à court de fantasmes, quand mon intellect lubrique se fait paresseux, je parcours d’un doigt un globe terrestre, laissant errer mon autre main sur mon corps. Les frontières traversées me font passer d’une histoire à l’autre, d’une caresse à l’autre.
Annecy. Deux corps transis par la température pas tout à fait estivale du lac. Le besoin de se réchauffer. Deux corps enlacés sur un bout de plage pas tout à fait intime. Des cris de plaisir étouffés, des rires bien clairs.
Khartoum. Du désir plein la gueule mais des gardes armés à tous les étages à cause d’une visite politique très officielle. Des mots coquins, espiègles, batifolants, parce que c’était tout ce qui était possible entre un groom et une étrangère dans ce climat de surveillance intense.
Cap-aux-Os. Un feu de camp sur la plage toute la nuit. La pleine lune qui fait une grande colonne de lumière sur la baie. Plein de bisous, plein de câlins, plein de frissons. Des mains exploratrices sur mon corps. Mmmmmmmmmmmmmmmmmmm.
Binette sexy XI
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Instantané V
Quand je jouis, dans une voiture de métro remplie de voyageuses et de voyageurs exaspérés, je suis en train d’exercer mon muscle pubo-coccygien — rien de telle que lesdits exercices de Kegel pour se divertir d’une foule trop présente —; j’arrive à étouffer presque complètement un cri de plaisir intense, seule une adolescente curieuse remarque mes joues rouges et mon regard réjoui.





