Désir expansif
il s’en va
je reste
béante, désirante, seule
passage fugitif
désir inopiné, décalé
Femme à barbe (suite possible)
Nous sommes dans la voiture et, bien sûr, je suis au volant. Je regarde Pinpon.
— Chez toi, chez moi?
— Chez moi. J’ai une surprise pour toi.
Pour les surprises de Pinpon, je suis toujours partante. Direction chez Pinpon, donc.
Pinpon habite un immense loft. Sur le plancher de bois franc, ses talons font de jolis sons. Il prend mon feutre, l’enfile coquinement sur sa tête, attrape ma main et m’emmène vers le lit. Il tourne autour de moi en laissant ses mains caresser mon corps au hasard de ses mouvements. Il défait ma ceinture, puis ma braguette, et descend mon pantalon jusqu’à mes chevilles, embrassant mon ventre, mes hanches, mes cuisses au passage. De l’armoire, il sort une boîte. De la boîte, il sort un godemiché, un harnais en cuir et une bouteille de lubrifiant. Il passe le godemiché dans le trou pratiqué à l’avant du harnais, attache ce dernier autour de mes hanches et de mes cuisses. Pinpon grimpe sur le lit, dos à moi mais me regardant. Clin d’oeil et spectacle. Aux rythmes d’une lascive musique muette, il danse.
Je rigole gentiment. Je retrouve l’effeuilleur qui m’a charmée aux abords de la caserne 30. Et il est drôlement sexy. Je lui fait signe de s’approcher du bord du lit. La main sur son mollet, je soulève délicatement sa jambe pour enlever sa chaussure. Il prend appuie sur mon épaule et se laisse faire. Je défais les pinces des jarretelles qui retiennent son bas de soie, j’enlève le bas. Je retire aussi le soulier et le bas de l’autre jambe. Puis sa culotte. Je remonte sa jupe jusqu’à ses hanches et je pose ses mains dessus pour qu’elles la retiennent. Je caresse ses cuisses, ses fesses, son entrejambe. J’y pose des baisers, parfois légers, parfois fermes, parfois narquois. Il bande mais j’évite sa queue. Je me concentre sur l’espace qui se trouve entre la base de son membre et son cul. J’y pose la langue, fermement, doucement, frémissante, caressante, aguichante. Pinpon prend ma tête entre ses mains et tourne mon visage vers le sien.
— Maintenant.
Je lui tends la main et l’invite à descendre du lit. Je l’installe face à la commode et je me place derrière lui. D’une main, je retiens sa hanche, de l’autre, j’invite son torse à se poser contre le dessus de la commode. J’enduis le godemiché et son cul de lubrifiant. Du bout du pouce, je caresse son anus. Mon autre main parcourt le bas de son dos, ses fesses, ses flancs. Pinpon pose sa main sur ma main.
— Mets ton doigt à l’intérieur de moi.
J’insère mon pouce dans son cul, doucement, tranquillement. Les muscles de ses fesses se contractent et se détendent à un rythme qui va s’accélérant. J’adapte mon mouvement au rythme des siens. Je me penche pour lécher son dos de bas en haut. J’accote mon menton aux creux de ses omoplates et je lui chuchote :
— Je te prends?
Il hoche la tête vigoureusement.
Je positionne le godemiché et je m’accroche aux hanches de Pinpon. Très lentement, je le pénètre. Quand je suis complètement à l’intérieur, je me penche et colle mon torse au dos de Pinpon. Je passe une main sous son ventre, descend, positionne mes doigts juste après la base de ses couilles. J’entame un va-et-vient subtil et je caresse son périnée. Je m’assure que la manoeuvre est appréciée :
— Ça va?
— Définitivement.
D’un ton ronronnant. Je continue jusqu’à ce que Pinpon se mette à crier n’importe quoi au sujet de sa mère et de n’importe qui. Je me redresse et j’y vais à fond de train en m’accrochant à ses hanches. Les sons qui sortent de la bouche de Pinpon n’ont plus rien à voir avec le langage courant. Il vient en beuglant comme un déchaîné.
Je reste en lui et repose mon torse contre son dos.
— Tu es vraiment sexy quand tu jouis comme ça.
Femme à barbe
Ça sonne à la porte. J’ouvre à une femme que je ne connais pas. Elle est très belle. Me regarde. Un sourire espiègle prend forme sur son visage. Elle ne dit rien. Je lève les sourcils.
— Oui?
Elle rigole.
— C’est comme ça qu’on accueille ses amants, Welby?
Pinpon?
— Tu m’invites à entrer ou tu me laisses poireauter ici?
Définitivement Pinpon. Habillé en femme. En très belle femme.
— Entre.
Il s’installe dans un fauteuil.
— Je t’offre un verre?
— En fait, je voulais t’inviter à manger. Tu es libre?
Il a son air coquin des jours polissons. Je devrais bosser, mais je me sens l’âme ludique. J’accepte.
— Donne-moi quelques minutes, le temps de me changer.
Je ressors de la chambre fringuée à la Carmen Ramos dans Sin noticias de Dios, feutre en plus. Pinpon est enchanté.
— Ça te va à ravir, l’androgynie.
En guise de réponse, je glisse un doigt sur le rebord de mon chapeau et ma langue le long de ma lèvre supérieure.
Au restaurant, le maître d’hôtel qui nous assigne un table est impassible. Mais les clientes, clients et le reste du personnel nous lancent des regards médusés. Très rapidement, on fait fi de leur existence. On parle de tout et de rien, on rigole, on refait le monde.
Quand le serveur se pointe à notre table, je commande pour nous deux. Il prend les menus avec un air hautain et tire sa révérence sans un mot et sans un sourire. Nos voisins, voisines de table chuchotent en nous regardant et en nous pointant presque du doigt. On s’en tape. Pinpon pose un baiser sur le bout de ses doigts et le souffle dans ma direction.
— Alors, comment me séduirais-tu si tu étais vraiment ce que tu prétends être ce soir?
— Je proteste. De prétention, il n’y a pas. Ceci est une facette de ma personnalité, tu ne la connaissais juste pas avant ce soir, point.
Je goutte le vin que le serveur vient de verser dans le verre de Pinpon. J’opine de la tête. Le serveur emplit ma coupe, puis celle de Pinpon. Et s’en va, obstiné.
Pinpon ne se régale pas de joutes verbales et logiques comme l’intello que je suis.
— Allez, oublie la formulation de la proposition et jette-toi à l’eau. Séduis-moi avec tout ce que tu as dans les tripes.
Je souris. Et accepte le défi. Je prends un canapé dans l’assiette qui a été posée entre nous deux, me penche au-dessus de la table, et l’approche des lèvres de Pinpon. Très délicatement, il prend une bouchée. Un morceau de foie gras demeure à la commissure de ses lèvres. Je prends ma serviette et l’essuie avec douceur. La deuxième fois, je recueille le foie gras sur le bout de mon majeur que je donne à lécher à Pinpon. Sa bouche reste collée à mon doigt bien plus longtemps que ne le justifie le morceau de foie gras. Il s’en donne à coeur joie. La fois suivante, je dépose ma serviette sur le coin de la table, je me lève, et je vais lécher le morceau de fois gras à la commissure des lèvres de Pinpon. Nos lèvres demeurent soudées bien plus longtemps que ne le justifie le morceau de foie gras. On s’en donne à coeur joie. Le serveur en profite pour déposer nos plats sur la table et s’en retourner subito presto.
Pinpon prend couteau et fourchette en mains et s’apprête à entamer son plat. Je l’interromps et l’enjoins, de la main, à reposer ses ustensiles sur la table. Il me regarde d’un air surpris. Je prends mes ustensiles, découpe une bouchée de son poisson, et la lui sert sur le bout de ma fourchette. Il me sert un regard foutrement sexy et attrape la bouchée du bout des lèvres. Pendant qu’il s’occupe de sa bouchée et qu’il me regarde avec avidité, je prends une bouchée de mon plat à moi. Quand nous avons terminé tous les deux, je pointe un légume dans son assiette avec mon couteau et je lui lance un regard interrogateur. Il fait oui de la tête. Je pique le topinambour avec ma fourchette et le lui sert. Le jeu se poursuit jusqu’à ce que nos assiettes soient vides. Nous y prenons un malin plaisir.
Le serveur débarrasse nos assiettes et revient presque aussitôt avec notre dessert. La coupe de fruit est posée au centre de la table, entre Pinpon et moi. Je lance un clin d’oeil à mon amant-femme.
— À toi de me séduire, maintenant, imposteur.
Pinpon attrape une fraise entre ses doigts, la porte à sa bouche, la croque amoureusement, lentement, goulûment. Il prend son temps, me regarde intensément, langoureusement. Il pose l’autre moitié du fruit dans sa bouche, lèche son doigt, longuement.
Si nous étions dans un film, la caméra serait sous la table et sous la nappe, elle ferait un gros plan sur le pied de Pinpon, déchaussé, baladeur, avide, remontant le long de mon mollet et de ma cuisse, pour finalement se poser bien à plat dans mon entrejambe. Mais nous sommes dans un restaurant à la mode où les nappes sont une faute esthétique. Toute la clientèle peut apercevoir le pied de Pinpon introduit entre mes cuisses. Et le serveur, qui est venu reverser du vin dans nos verres, zieute avec un air horrifié les orteils de Pinpon qui appliquent une pression pas du tout subtile mais diablement envoûtante sur mon mont de Vénus.
Pinpon se lèche les doigts après avoir avalé la dernière fraise.
— On y va? J’ai rudement envie que tu me fasses l’amour.
J’indique au serveur de nous apporter l’addition. Quand c’est fait, comme un riche Texan pas de classe, je jette plusieurs billets sur la table, pose mon feutre sur ma tête, prends Pinpon par le bras et me dirige vers la sortie. Je chuchote à l’oreille de Pinpon.
— J’espère que tu ne bosses pas demain, la nuit ne sera pas assez longue pour étancher mon désir de toi, de ton corps, de ta bouche, de tes fesses, de tes cuisses, de ton dos, de ton odeur..


