Confusion
Quelqu’un se tient dans le cadre de la porte de mon bureau. Avec insistance, je dirais. Je lève les yeux de mon texte, exaspérée. Mon exaspération ne concerne pas le visiteur impromptu. Je ne le connais ni d’Ève ni d’Adam. C’est ce foutu texte, qui résiste, encore et toujours. L’homme semble égaré. Ce qui n’est pas étonnant, vue l’architecture labyrinthique du Département.
— La Chaire de recherche en littérature transgénique?
Je fais un geste vague de la main en direction du bureau de mon collègue et retourne à mon foutu texte.
Quelques minutes plus tard, l’assistante du généticien de la littérature est elle aussi dans le cadre de la porte de mon bureau.
— Vous n’avez pas vu passer GT par hasard?
— GT?
— Le décodeur.
— Le débardeur???
— Non, GT, le décodeur.
— LE décodeur?
— Oui, lui-même. Il donne une conférence à la Chaire cet après-midi.
— L’ai envoyé par là.
Je refais le même geste vague de la main. Emmanuelle reste encore quelques secondes dans le cadre de la porte.
— D’ailleurs, il aurait aimé vous rencontrer. Il aime bien ce que vous faites.
Zut. Manqué. Pour une fois que quelqu’un s’intéresse à mon travail, je le confonds avec un débardeur. Bravo la vie.
L’énergumène
Je bosse tard au boulot. La session est terminée depuis un moment maintenant, mais j’ai pris du retard avec les différents projets que j’ai entamés, je dois donc mettre les bouchées doubles pour tout finir à temps.
Un bruit discret me fait lever les yeux de mon écran. Le généticien de la littérature passe comme une ombre devant ma porte, sans même jeter ne serait-ce que le dixième d’un regard dans ma direction. Et il a encore ma tasse à la main. J’ai pourtant glissé un mot sous sa porte, dernièrement, pour lui demander de me la rendre. Foutu généticien…
La première fois que Béla s’est pointé à mon bureau, avec sa beauté pleine-lunaire, je tenais cette tasse à la main. Il était derrière moi, tout près, et embrassait ma nuque avidement. Sa main a longé mon bras, sensuellement, et s’est emparé de la tasse. Longtemps il m’a embrassée et caressée en tenant la tasse et son liquide brûlant à bout de bras. Jusqu’à ce que je le supplie de la poser, parce que j’avais envie de lui, de tout lui, partout autour de moi, sur moi, dans moi.
De sa main libre, il a défait les boutons de ma chemise. Puis ceux de mon pantalon, qu’il a fait glissé jusqu’à mes chevilles. Avant d’enlever mes chaussures, il a posé la tasse sur le plancher, près du mur. Pendant des semaines, la tasse est restée là où il l’avait posée. Parce que de la voir me rappelait notre rencontre, la chaleur, les papillons dans mon ventre, la cyprine chaude à l’intérieur de mes cuisses, son regard noir et plein de désir, ses mains agiles et magiques.
Quand il s’est redressé, il m’a soulevée de terre et m’a littéralement enfilée sur sa bite. Sans effort, il m’a fait glissée de haut en bas sur son membre bandé. Le plaisir était tellement intense que je n’arrivais à rien faire d’autre que de le regarder et de gémir encore et encore.
Longtemps après que nous soyons venus tous les deux, j’étais enlacée autour de lui et il se tenait toujours debout au milieu de mon bureau, caressant mon dos et embrassant mon cou. Il est parti, en vitesse, tout juste avant que le premier rayon de soleil ne se pointe le bout du nez à l’horizon.
— C’est à moi que tu penses comme ça?
La voix de Béla. Mmmmmmmmmmmmmmmm. Je n’ouvre pas les yeux tout de suite, ne retire pas la main de ma chatte. Je continue de me caresser en laissant s’évanouir les dernières images de ce souvenir enivrant.
— Oui. Notre première baise.
— C’est un compliment.
— Bien sûr.
— On se la refait?
C’est une proposition que je ne saurais refuser.
— Il manquera la tasse, je ne l’ai toujours pas récupérée.
— Je m’en occupe?
— Béla, le généticien de la littérature fait une crise d’apoplexie quand je le salue, imagine ce qui arrivera si tu insistes auprès de lui pour reprendre ma tasse…
Béla s’approche de moi et, d’une main, commence à défaire les boutons de ma chemise.

