Histoire
Je suis dans son lit. J’ai les yeux fermés, mais je ne dors pas. Pinpon se glisse entre les couvertures. Je l’entends qui ouvre un livre.
— Raconte-moi une histoire.
— C’est une BD.
— Oh! Ne fais pas le prosaïque avec moi, je te connais mieux que ça. Raconte-moi une BD, alors…
J’ouvre un oeil. Il me regarde, me sourit coquinement, repose les yeux sur son album.
— C’est une reine rose bonbon pulpeuse et blasée aux mamelons violacés. Elle veut jouir avec la langue.
— Un classique.
— Non, pas cette langue-là, l’autre, le verbe.
Je l’aime déjà un peu plus, cette reine rose bonbon pulpeuse et blasée aux mamelons violacés.
— Son serviteur, une petite chose verte et verruqueuse, l’emmène voir un de leurs prisonniers, un certain Karl Marx. Elle demande au prisonnier une histoire. Il la fait coucher dans un tas de merde, je cite, « comme une minable petite ouvrière qui s’écroule à la fin de sa journée de labeur! » Il lui cause alors d’économie politique.
— Jusqu’à présent, c’est pas très sexy.
— Attends la suite.
Je souris, patiente. Il reprend sa lecture.
— Les mots de Marx ne tiennent pas dans le phylactère, ils débordent à gauche et à droite, sans qu’on en voit la suite ou le début. Le phylactère se déforme, s’approche de la reine, toujours gros de trop de mots, de trop de phrases. La reine fait « mmm »…
Décidément, je l’aime bien, cette reine. Je pose mes mains sur mon corps, les laisse traîner paresseusement à gauche et à droite, ferme les yeux.
— … dans la même case, le phylactère a vaguement forme humaine et sa grosse bite bandée, avec les mots « tant qu’elle reste utilisable » écrit dedans, se presse contre le sein gauche de la reine.
Ma main droite trace un « t » sur mon sein gauche, puis un « a », elle trace le « n » sur mon flanc… ma main droite traîne autour de ma chatte, langoureusement.
— La main du phylactère marxiste caresse le sein gauche de la reine, ses lèvres pleines de discours révolutionnaires embrasse la bouche monarchique.
Mon con est terriblement encypriné. Je glisse un doigt à l’intérieur, puis un autre. Ma main droite continue à tracer des lettres sur mon corps, oubliant le sens à donner aux mots et se concentrant sur la sensualité de la chose. Mmm.
— Un membre débordant de mots analytiques et critiques s’enfonce dans le sexe royal. La reine jouit.
Je ne jouis pas, mais je suis drôlement allumée. Terriblement, même.
— La reine et Marx échangent des insultes prolétaires et royales. Fin.
Je sais qu’il sourit et me regarde. Je me caresse toujours.
— Inspirant?
— Mmmmmmmmmmmmmmmmoui. Le côté scato, un peu moins, mais le phylactère-amant, totalement!
— Câlins?
— Définitivement.
Je sors un condom du tiroir de la commode, le tends à Pinpon. Je m’installe à plat ventre. Pinpon me rejoint, s’installe derrière. J’adore sentir la masse de son corps peser sur moi. Des mains, il relève un peu mes hanches, s’introduit en moi gentiment. Il ne bouge presque pas. C’est bon. Du bout des doigts, il écrit des mots sur mes bras. Je n’arrive pas à en faire sens. M’en fous. La seule chose qui m’intéresse, présentement, c’est sa présence enivrante en moi.
Instantané VII
Quand je jouis, j’ai les deux mains dans le tartare de thon; mon mec est arrivé du boulot en retard, je préparais la bouffe pour les copines, copains qui viennent manger à la maison, il s’est posé derrière moi pour dire bonsoir et me faire la bise, j’ai eu instantanément envie de lui, lui ai dit, il a relevé ma robe, a posé ses mains sur mes hanches, a enfilé sa bite dans ma chatte, mmmmmmm, on s’est offert une petite vite particulièrement intense; je n’ose pas bouger, sa présence en moi est délicieuse, je veux en profiter encore pendant les quelques minutes qui nous restent avant que ne retentisse la sonnerie de la porte d’entrée.
Visite inopinée
Ça sonne à la porte. J’enlève mes écouteurs, délaisse mon clavier, vais ouvrir.
— Bonjour Victoria!
Son enthousiasme est patent.
— Salut…?
Je suis plus qu’étonnée de le trouver là, chez moi.
— Je passais dans le coin, je me suis dit que j’arrêterais dire bonjour.
Vraiment, il est plein d’entrain.
— Entre…
Je lui offre quelque chose à boire. On s’assoit à la cuisine et on papote. Longtemps. Il parle beaucoup. De sa vie. De ses potes. De ses copines. De sa femme idéale qui, étrangement, me ressemble beaucoup. Il me fait un cour timide mais certaine. Ça me fait sourire.
Le temps a diablement passé sans que je m’en rende compte. Je l’invite au resto. Il passe au mode questionnement. Il veut tout savoir de moi, mon passé, ma vie, mes opinions, mes goûts, ce qui m’allume, ce qui me laisse froide, les films que j’ai adoré, ceux que j’ai détesté, à quoi j’occupe mes temps libres, ce que je lis, ce que je pense de telle chose, telle activité, telle situation. Il me fait un cour de moins en moins timide et de plus en plus certaine. Ça me fait bien rigoler. Je suis plutôt charmée, et flattée.
On passe prendre un film au club vidéo. On s’installe au salon pour le regarder. À un moment, il se penche par-dessus moi pour poser son verre sur la table qui se trouve à ma gauche. Il me lance un regard des plus donjuanesques. Son visage n’est qu’à quelques centimètres du mien. Je souris du coin des lèvres.
— Eh, oh, on ne me la fait pas, celle-là. J’ai trente-cinq ans, je connais un peu tous les rouages.
Rouge comme une tomate, il devient. Transi, il reste dans sa posture incertaine quelques secondes, se rassoit de son côté, s’intéresse de nouveau au film, et finit par sourire timidement. J’ébouriffe ses cheveux, lui lance un grand sourire et me concentre aussi sur le film.
Après le film, je lui offre de le raccompagner chez lui.
— Allez, je te reconduis chez ton père.
C’est le fils d’une bonne copine à moi. Le genre de gamin qui a bien l’air de ses treize ans, mais qui démontre parfois trente ans de maturité, voire, de cynisme. Disons que la vie ne lui a pas souvent laissé la chance d’être un adolescent, un enfant. Depuis que je le connais, il m’émeut. Et je sais que je chavire son coeur.
Je me suis offert quelques fantasmes dans lesquels il figurait. Il était un curieux mélange de hardiesse et de timidité, de curiosité rafraîchissante et d’inexpérience charmante. Une main qui se pose audacieusement sur ma chatte, mais qui ne sait trop comment caresser mon clitoris, mes lèvres, mes nymphes. Des mots francs, directs, énoncés avec un léger tremblement dans la voix. Un désir débordant, tellement explosif qu’on ne sait qu’en faire.
Dans la vraie vie, je le considère comme un ami, et il n’est pas question qu’il se passe quoi que ce soit entre nous. Je ne serais qu’un autre accroc dans une vie au parcours déjà mille fois trop accidenté.
Alors qu’il ouvre la portière et s’apprête à sortir de la voiture, je mets ma main sur son épaule et pose une bise tendre sur sa joue.
— On se reprendra. C’était très chouette.
Il me lance un sourire éclatant, sort de la bagnole et monte les marches de l’appart de son père quatre à quatre.
Rencontre virtuelle
Je l’imagine grand, maigre, chevelure ébouriffée et plutôt foncée, yeux sombres, démarche lente, posée, sensuelle, une voix de contralto, des mots simples, aux sonorités feutrées, des gestes amples, un peu paresseux mais déterminés.
Je n’ai pas vu de photo lui. Il en a vu plusieurs de moi. Nous avons échangé quelques courriels, clavardé une fois. Son intellect, sa curiosité, ses passions m’ont charmée. Il doit me rejoindre dans ce café où je l’attends depuis quelques instants.
J’imagine de grandes mains osseuses se poser dans mon dos, le parcourir de haut en bas, lentement, par-dessus mes vêtements, puis dessous. Une bouche aux formes pleines se pose délicatement sur la mienne, au sortir d’une phrase anodine. Mon corps se réchauffe, vibre à la proximité du sien. Mes mains agrippent ses hanches, l’attire vers moi. Ma jambe se love autour de la sienne. Je glisse à son oreille mon désir, mon envie de lui. Je passe une main dans ses cheveux…
— Bonsoir.
Perdue dans mes songes, je ne l’ai pas vu arriver, ni s’installer à ma table. Je passe outre ma stupéfaction et lui souris, le salue en retour.
Il est ni grand ni petit, ni gras ni maigre. Ses cheveux sont blond roux, ses yeux clairs trônent derrière des lunettes rondes aux montures dorées.
Nous discutons de tout et de rien. Puis de lui, puis de moi. De nos vies, de nos amantes, amants, de nos passions.
Ses gestes sont petits, précis, brefs.
On commande un autre verre. On est maintenant assez à l’aise pour blaguer, raconter les histoires qui ne nous montrent pas nécessairement sous notre meilleur jour.
Je révise mes fantasmes. Je nous imagine dans mon lit, verre de vin à la main, déshabillant l’autre tranquillement au gré de la conversation. Je sortirai mes jouets, il en choisira un, je lui expliquerai comment l’utiliser en en faisant la démonstration sur son corps. Il prendra le jouet, s’occupera de mon corps. Il posera des tas de questions pour savoir comment faire, si ça fait du bien, si je veux plus, moins de pression, de vibrations. Je dirigerai la scène avec des mots, des cris, des soupirs, des gestes, des miaulements. Nous y passerons la nuit, rigolant, discutant, orgasmant. On s’endormira avec le premier rayon de soleil, lui tout replié sur lui-même, moi l’entourant.
Il me sort de mon fantasme :
— Je commande d’autres verres?
Je lui lance un sourire terriblement coquin, mais je refuse l’offre, prétextant une journée bien occupée demain. Il demande si on se reverra.
— Bien sûr. Je te donne des nouvelles bientôt.
Je lui fais la bise, lentement, tout près de la commissure des lèvres. Je m’attarde, goûte sa peau, son odeur, sa nervosité charmante. Et je m’en vais.
En route vers la maison, je polie mon fantasme, lui ajoute des scènes, des dialogues, des jeux. Dès que j’arriverai, je mettrai tout ça dans un courriel et le lui enverrai, avec mon adresse, une date et une heure pour le rendez-vous.
Souper surprise
Je suis au resto japonais avec des collègues. Nous sommes dans un de ces salons qui se veulent privés, mais qui n’est séparé de l’autre salon que par un paroi de verre, en partie dépoli par des motifs d’oiseaux et de fleurs, et qui nous sépare de nos voisines, voisins qu’à hauteur des yeux. Je reconnais, au travers des motifs et aux voix, des collègues de Pinpon, mais pas Pinpon lui-même. Ça doit être ce repas auquel je ne pouvais pas l’accompagner, ayant moi-même rendez-vous avec mes propres collègues.
Nous discutons énergiquement de ce projet que nous voulons mettre en place. Les voix s’élèvent, grognent presque, chacune, chacun ayant une idée bien précise du comment nous devrions mener la chose.
Une main se pose sur ma cuisse. Mon étonnement ne dure qu’une fraction de seconde. Cette main appartient à un corps qui se trouve de l’autre côté de la paroi, mais, à son contact, à son toucher, à sa force, je reconnais le propriétaire. Pinpon. Je souris, mes collègues ne remarquent rien.
La main de Pinpon glisse le long de ma jambe, relève une partie de ma jupe, taquine la peau tendre de l’intérieur de ma cuisse. Je me désintéresse de la conversation, j’opine de la tête à quelques occasions, question d’avoir l’air de suivre le débat, je me concentre sur les sashimis et makis qui ornent notre plat commun.
La main de Pinpon s’aventure plus loin, sur mes grandes lèvres, sur mes nymphes, sur mon clitoris. Je mouille comme une adolescente devant son chanteur préféré. La discussion se poursuit sans moi. Je me concentre sur les plaisirs de mon palais et de ma chatte.
Pinpon glisse son majeur à l’intérieur de mon con. Sa paume est bien à plat sur mon mont de Vénus, ses autres doigts agrippent mes nymphes. Très délicatement, il roule son doigt à l’intérieur de moi. Mmmmmmmmmmmmmm.
Il poursuit son manège jusqu’à ce que je vienne. Je jouis comme une gamine qui baise dans sa chambre, juste à côté de celle de ses parents endormis, qu’elle a peur de réveiller.
Pinpon laisse sa main en moi et sur moi pendant un bon moment après ma jouissance. Je vibre, je tremble, je suis électrique. Quand il retire sa main, je n’arrive pas à retenir un soupir de satisfaction intense. Qui interrompt la conversation animée de mes collègues. L’une d’elle me regarde avec un air coquin.
— Alors, il est bon, ce thon rouge?
— Orgasmique.
Quand nous quittons le restaurant, Pinpon est assis sur le capot de sa voiture, garée juste en face. Il se grille une clope; il m’attend. Je fais la bise à mes collègues, leur annonce que je ne rentre pas avec elles, eux, en métro. Je m’approche de Pinpon.
— Merci pour l’orgasme.
— Ça fait plaisir.
— Je te le rends?
— Vraiment? Maintenant?
— Vraiment. Ruelle? Maison? Voiture?
Il me prend par la main et m’attire vers le fond de la ruelle.
Instantané VI
Quand je jouis, tout est noir autour de moi, mon mec a refermé la porte du camion de déménagement, mes fesses sont accotées sur un bahut, les copains, copines s’occupent des boîtes, des meubles qu’on a posés sur le trottoir, j’ai un brin d’empathie pour elles et eux qui travaillent encore alors qu’on me fait — très charnellement — ma fête, mais je ne cesse de gémir, et mon homme chuchote à mon oreille, à chaque coup de reins, « bon anniversaire ».



