Lieu VII
Pour Charlie

On est a 8500 pieds d’altitude. Assis au bout d’une roche. Mon dos repose contre sa poitrine, respirations synchrones. La sueur de nos corps épuisés commence à peine à sécher.
Devant nous, un grand vide. Puis les Rocheuses, à perte de vue. Quelques sommets enneigés. Derrière nous, d’autres grimpeuses, grimpeurs reprennent leur souffle.
Il passe ses bras sous les miens, pose une main sur mon ventre, l’autre sur ma poitrine, me caresse calmement. Ses doigts glissent délicatement vers mon pubis, ma chatte. Je décolle mon corps du sien juste assez pour passer mes mains dans mon dos, défaire sa braguette et m’emparer de son membre. Je bouge à peine les doigts, je me contente de les serrer autour de sa bite, puis de les détendre à un rythme régulier.
Ses câlins me font gémir. Il place son visage tout près de mon oreille.
— Chhhhhhhhhhhhhhhhhut. Il y a des gens.
— Tu m’as dit que Boulder est l’une des rares villes libérales du Colorado!
Sourires entendus, rires contenus.
Je sors un condom de mon sac, le déroule sur sa bite. Il me soulève, descend mon short, m’installe sur son membre. Il roule son bassin d’avant en arrière, c’est délicieux. Je plonge la main entre mes cuisses pour caresser ses couilles, je l’entends soupirer de satisfaction.
Après que nous soyons venus tous les deux, on reste longtemps assis l’une sur l’autre, l’un dans l’autre. J’aime éterniser cet après de l’amour. Et ici, alors que le soleil sèche et chauffe nos corps, alors que la faune s’affaire bruyamment à son quotidien, alors que le vent nous donne la chair de poule, alors que les Rocheuses s’étendent au loin, l’éternité, même momentanée, est particulièrement délicieuse.
On s’apprête à s’engager sur le sentier du retour. Du doigt, il m’indique une boîte métallique. Dedans, il y a un bout de papier sur lequel je peux inscrire mon nom et la date de mon passage au sommet de la montagne.
Je caresse sa joue, prend sa main, passe mon chemin.
La cyrpine qui a coulé de ma chatte sur sa bite puis sur le rocher, les sons de ma jouissance et de la sienne que l’écho nous a renvoyés me semblent des signes plus bucoliques de notre passage qu’un gribouillis sur un bout de papier.
SOS bisous
— Tu sais, je n’ai embrassé personne depuis la dernière fois que je t’ai vue.
On s’est vus la dernière fois il y a un peu plus d’un an.
— Mais c’est terrible!
Inacceptable, même. Où s’en va le monde? On doit mettre sur pied un organisme, une fondation. Engager des volontaires, des bénévoles. Personne ne devrait être privée, privé de baisers pendant plus d’une semaine. Voilà ce que je dis, moi.
Ce que je lui dis. Après l’avoir couvert de bisous et de câlins pendant un très long moment.
Instantané VIII
Quand je jouis, nos regards sont accrochés l’un à l’autre, dans ses yeux noir ébène, je lis le désir, l’envie, la passion, la soif, l’avidité, la voracité, intacts, purs, entiers, je force mes paupières à demeurer ouvertes, mes yeux, à rester braquer sur les siens, parce que son regard de fauve m’allume comme ce n’est pas permis.
Pari
Pinpon se tient debout devant moi, vêtu seulement de son jeans et de ses bas. Quelques gouttes de sueur perlent à ses tempes et sur son torse. Il s’est défoncé. Je le savais bon effeuilleur, mais là, il a fait monter les enchères. J’ai vachement envie de lui, mais je veux faire durer le plaisir.
Il me regarde avec un sourire malicieux.
— Alors, maintenant?
— Le pantalon.
— Welby, tu ne vas pas m’infliger d’être complètement nu à l’exception de mes bas tout de même…
Je réfléchis.
Nous avons parié sur une partie de Scrabble. Jusqu’à la toute dernière minute, il gagnait, mais j’ai vidé mes lettres au complet et ai touché deux cases compte triple. Et vlan. ;-)
— Le pantalon, définitivement.
— Welby!
Il a pris beaucoup de plaisir à se déshabiller pour moi. Bon, c’est vrai, j’y ai pris beaucoup de plaisir aussi. Mais tout de même.
— Pinpon, une défaite, ça vient avec de l’humiliation. Compte-toi chanceux que je m’en tienne aux bas.
— Quitte ou double, alors?
— Pinpon, tu n’as plus assez de vêtements sur toi pour doubler la mise.
— On fait monter les enchères autrement, alors.
Je réfléchis de nouveau.
— Allez, Welby!
— D’accord. Si je gagne de nouveau, tu fais ton spectacle sur le balcon de la caserne.
— T’es dure.
Je souris.






