Le Torpilleur

30.09.2007, 21:26
catégorie: le torpilleur

— Yo, Tori!

Mes yeux s’écarquillent. Je tourne la tête sur ma gauche. C’est bien lui. Le Torpilleur. Sobriquet qu’on lui a affublé alors qu’il faisait du sport universitaire — football, hockey ou basketball, enfin, un truc du genre testostérone élevée — et dont il ne s’est jamais départi, même depuis qu’il a obtenu sa chaire de recherche. Tous ses étudiants l’interpellent ainsi, le Torpilleur. Certains collègues, aussi.

Personnellement, j’évite de l’interpeller. En fait, je l’évite tout court. D’abord, il m’appelle « Tori », ce que je déteste. Et puis, c’est un type brillant, génial même, mais j’exècre son approche de la littérature. Il dissèque les textes à un tel point qu’il n’en reste que des formules obscures, ténébreuses et, à mon avis, sans grande signification.

Je lui adresse un sourire poli et reporte mon attention sur la communication que je suis venue entendre, celle d’un étudiant particulièrement brillant.

— Tori, tu fricotes avec l’ennemi, maintenant.

Dit-il, avec un sourire railleur.

Je suis en terre étrangère, c’est vrai. Le colloque auquel j’assiste relève de ses spécialités à lui. Je ferme les yeux un instant, essaie d’oublier sa présence, me concentre sur ce qui se dit à l’avant de la salle. Il persiste, toujours aussi railleur.

— T’aurais-je convaincue des biens fondés de mon approche?

Il pose sa phrase tout près de mon oreille. Son souffle glisse le long de mon cou. Son bras frôle le mien. Son regard fixe le mien, entêté.

Ce type devrait me laisser complètement froide. Il porte des vêtements griffés de façon désinvolte, comme seuls les intellos de sa trempe savent le faire. Ses cheveux sont savamment décoiffés. Ses lunettes, griffées elle aussi, lui donnent un air d’adolescent attardé qui doit charmer toutes les étudiantes à qui il enseigne ses bêtises.

Ce type devrait me laisser complètement froide, mais la proximité de sa peau, le son rauque de sa voix, son regard indiscret, allumé, avide font réagir quelque chose en moi. Quelque chose de purement bestial. De l’instinct animal. De la libido crue.

— Je ne peux pas rester, Tori, mais, la prochaine fois, je t’offre un verre.

Chuchoté dans mon oreille. En tenant mon bras d’une main ferme, décidée. Puis il s’en va. Avant que je ne puisse refuser.

Et je me retiens à ma chaise pour ne pas m’effondrer. C’est le désordre dans mon bas-ventre. Le genre de désordre qui annonce de grands moments charnels. Je déteste ce type. Je hais ce type qui est capable de faire naître autant d’envie, de désir en moi alors que je le hais.


Pong hypermédiatique – II

28.09.2007, 19:25
catégorie: pong hypermédiatique

« Pong hypermédiatique » est un jeu littéraire érotique auquel participe Comme une image et Victoria Welby. Les règles — qui évoluent à chaque coup en fonction du joueur, de la joueuse — sont tenues confidentielles, mais les résultats sont affichés sur leur blogue respectif.

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Archives du jeu :


Contorsion

14.09.2007, 16:05
catégorie: béla

Je l’ai déjà dit, je n’ai pas de préférence particulière pour un type physique. Je donne plutôt dans le cerveau et la personnalité.

Certains traits corporels, par contre, m’enchantent, m’animent, m’allument.

Béla possède un corps, une âme, un esprit, une personnalité, des goûts atemporels. C’est un être de la nuit et de l’éternité. Il participe à la fois de l’humain et de la bête. Béla est costaud.

Parce qu’il est costaud, Béla est capable de faire ce qu’il veut de mon corps. Parce qu’il le fait avec passion, avidité, concupiscence, envie, je suis incapable de résister.

D’une main, il soulève mon corps du lit et m’assoit sur ses cuisses. D’un coup de hanche, il fait glisser mes jambes autour de son bassin. Sa main s’empare de ma nuque et ma gorge s’étire, s’offre à ses baisers. Il étire le bras, ma main se pose sur sa tempe, la caresse paresseusement. Il tourne la tête, mes lèvres se posent sur le lobe de son oreille. Il redresse son torse, mon corps s’étire, se détend. Il passe ses bras sous les miens, mes mains se posent sur ses épaules, descendent et remontent le long de ses bras. Il me détache de lui, me pose à plat ventre sur le lit. Son corps me surplombe, me frôlant à peine, tout juste. Sa main gauche retient mes mains au-dessus de ma tête. Il me prend par derrière. Lui ne bouge pas. Sa main droite fait monter et descendre mon bassin à sa guise.

Je n’ai aucune volonté, sinon celle de me laisser subjuguer par Béla. Je veux qu’il décide de mon corps — ses mouvements, sa respiration, ses bruits, sa voix, sa pesanteur.

Béla se penche à mon oreille et murmure délicatement.

— Viens.

Mon cerveau ne répond plus. Mais mon corps entend la commande. Je jouis. Rapidement. Fort. Délicieusement.