Un escalier est un escalier est un escalier
Un escalier est un escalier est un escalier est une expérience cubiste hypermédiatique qui emprunte à Gertrude Stein et au très beau film de Hans Canosa, Conversation(s) with Other Women, de même qu’à l’architecture cubiste praguoise (la photo est celle de l’escalier du Musée du cubisme à Prague).
En environnement sonore, « My morning sad song », une pièce de Jeranium, tiré de l’album Near you. Tous droits réservés.
Pour celles et ceux qui aiment leurs récits bien ordonnés, un ordre — tout relatif — peut être atteint en commençant par cliquer trois fois la marche du bas et en poursuivant vers le haut.
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Résistance
Le serveur attend patiemment, calepin en main, que le Torpilleur fasse un choix. Ce dernier me regarde.
— Tu prends quelque chose, Vicky?
Ce diminutif hideux me fait oublier sa bite, heureusement cachée sous la table maintenant, et reprendre mes esprits. Je fais non de la tête et me replonge dans mes corrections.
Il prend mon menton dans sa main et soulève mon visage, geste que j’abhorre autant sinon plus que les sobriquets dont il m’affuble.
— On se voit quand?
Jamais.
— Écoute, ce qui est arrivé entre nous, l’autre jour, est une erreur, un accident de parcours. Ça ne se reproduira plus. Jamais.
Ses lèvres forment un sourire narquois, moqueur. Sa main tient toujours mon menton. Ses doigts sur ma peau, quelque chose comme un courant électrique. Non. Je résiste.
— Vicky, entre toi et moi, il y a quelque chose de spécial, d’unique.
— Rien, il n’y a rien entre moi et toi. Qu’un malentendu, une méprise, un quiproquo, une faiblesse de ma chair. Et puis je dois finir mes corrections.
— Dis-moi, si tu devais mourir ce soir, tu regretterais quoi? De ne pas avoir fini tes corrections? Ou de ne pas t’être offert une partie de jambes en l’air grandiose?
Pendant qu’il me fait son baratin à la con, sous la table, il pose sa main sur ma cuisse, l’enlace fermement, énergiquement. Et c’est de nouveau la guerre en moi, entre ma tête qui se refuse à céder devant ce don Juan minable, et mon corps qui bande comme un étalon à l’idée de s’acoquiner à cet autre corps.
Je m’adresse au monsieur qui sirote un thé à côté de moi et lui demande s’il peut surveiller mes affaires pendant que je vais à la toilette. Il semble trouver étrange que je sollicite à un inconnu une telle faveur alors que quelqu’un est assis à ma table à moi, mais il accepte tout de même, gentiment, en précisant qu’il doit par contre quitter dans une dizaine de minutes.
Je me lève et me dirige vers l’arrière du café. À mi-parcours, je rebrousse chemin. Le Torpilleur est toujours à ma table, un verre de vin à la main. Je me penche à son oreille.
— Tu patientes un instant et tu me rejoins à la toilette. Tu as dix minutes, pas une seconde de plus. Et ce sera la dernière fois. Après, je ne veux plus voir retontir ta binette dans mon champs de vision.
Quelques secondes plus tard, il me rejoint. Nos regards se croisent dans la glace au-dessus du lavabo. Il verrouille la porte d’une main, empoigne mes cheveux de l’autre, dégage ma nuque, l’embrasse goulûment. Puis ses mains se mettent à parcourir mon corps dans tous les sens, toutes les directions, son regard braqué sur le mien. Par-dessus mes vêtements, il caresse mes épaules, mes seins, mon ventre, mes hanches, mes bras, mes fesses, mes cuisses. Il défait ma ceinture, la fermeture de mon pantalon, glisse une main à l’intérieur. Il cajôle ma chatte de main de maître. Mon corps gronde, se prépare à exploser allègrement.
Il retire sa main, replace tous mes vêtements, pose un baiser presque chaste sur ma joue et s’en va.
Je n’ai pas jouis. Il n’a pas sorti sa bite de son pantalon. Je suis terriblement allumée. Terriblement insatisfaite. J’en veux plus. Le traître.
La torpille
Je suis assise dans un café et je corrige des travaux d’étudiantes, d’étudiants. Au-dessus de ma tête, on prononce un sobriquet immonde qui, je le sais, s’adresse à moi. J’ignore tout. On répète le sobriquet, obstiné. Je lève les yeux, mais je ne regarde pas mon interlocuteur. J’indique simplement que j’ai bien entendu les mots prononcés, et que je choisis d’ignorer l’apostrophe, en regardant droit devant moi.
Droit devant moi, il y a ce pantalon ajusté qui recouvre une bite considérable. Une belle bite. Aux formes charmantes. Une bite que je sais attachée à un homme que je préfére ignorer. Je reste zen. Après tout, il ne s’agit que d’une bite. Une bite parmi tant d’autres. Mais elle a un petit quelque chose… Mon corps, engourdi par le travail intellectuel, s’éveille, s’étire, s’active. Je n’arrive pas à ôter mes yeux de cette bite. Les souvenirs de sa présence en moi remontent à la surface, m’envahissent, me réchauffent.
— Puis-je?
Demande le Torpilleur, alors qu’il est déjà installé sur la chaise en face de moi et qu’il indique au serveur qu’il veut commander.
Non. Oui. Peut-être. Ai-je vraiment le choix? Suis-je encore capable de prendre une décision? Mes tripes se liquéfient d’envie, de désir. Je veux cette bite.
Pong hypermédiatique – VI
Je soulève paresseusement une paupière. Pendant une instant, je suis désorientée. J’ai joui. Drôlement bien joui. Et je me suis endormie. Un sourire s’installe sur mes lèvres. Je zieute mon environnement. Je suis dans mon bureau. Il fait sombre. Un corps repose tout près du mien. Béla? Pinpon? Mon mec?
Puis je me souviens. Et comme j’en suis à me promettre de ne plus me soumettre de nouveau à un tel déshonneur, le Torpilleur s’éveille, tourne la tête vers moi, avec, dans les yeux, un regard où se mêlent fierté triomphante et appétit vorace, incandescent. Si j’étais capable de dignité, en ce moment, je le foutrais à la porte. Mais l’appétit vorace, incandescent dans son regard a raison de moi.
Telle une vipère, il rampe sur le sol. Il s’installe à mes pieds, sans cesser de me regarder. Ses mains se posent sur mes jambes, qu’elles écartent. Mon corps résiste un peu, pour la forme, mais cède vite. Traître.
Le Torpilleur pose une langue rêche et habile sur ma chatte, qui longe mes lèvres, s’attarde sur mon clitoris, revient par les lèvres, fait un détour par les cuisses, puis s’occupe de mon cul, longuement, adroitement. Quand il éloigne son visage de mon entrejambe, j’ai un réflexe panique : il ne va pas s’arrêter maintenant, quand même?
Il sourit du coin des lèvres, ouvre la bouche toute grande et la pose sur mon sexe, le recouvrant presque entièrement. Il l’aspire, le hume, l’inhale. Mmmmmmmmmmmmmm. Sa langue plonge en moi, frétille, fouille, cherche. Puis elle se pose sur la paroi antérieure de mon vagin et s’y love affectueusement, intensément, avec insistance. Je perds toute notion de temps, d’espace, d’identité.
Je reviens à moi parce qu’il a cessé de s’occuper de ma chatte. Il est agenouillé entre mes jambes, me regarde, malicieux. Mon corps s’impatiente. J’essaie de ne pas paraître implorante.
— Tori, dis-moi que tu as envie de moi, que tu me veux.
L’animal. Grrrrrr. Je ne cèderai pas. Je pose mes mains sur mes flancs, les glissent lentement vers ma chatte. Il interrompt leur mouvement d’une seule main, elles résistent à peine. Lâches. De son autre main, il caresse distraitement mes nymphes.
— Vic, aie envie de moi, laisse-moi entendre ton désir…
Je ferme les yeux et je soupire d’impatience. Non. Je ne m’abaisserai pas à ça. Ses doigts se font plus insistants sur mes nymphes. Je résiste. La paume de sa main s’installe sur mon pubis. Je résiste toujours. Ses doigts se font de plus en plus savants, mais demeurent subtils. Trop subtils. Je résiste encore. Des mots s’échappent de ma bouche. J’essaie de les rattraper. Trop tard.
— Prends-moi.
Au moins, je n’ai pas supplié. Je m’en suis tenue à l’impératif.
Bouche béante, regard victorieux, il plonge vers mon sexe, l’engloutit. En quelques secondes, j’éjacule. Je pose mes mains dans ses cheveux. Je jouis. Merveilleusement.

Il se relève, prend une chaise, s’assoit, jambes écartées, membre dressé.
— Prends-moi.
Avec un ton rempli de présomption. Pas question, Gaston. Je me suis offert assez d’avanies pour une vie entière.
Son corps se replie sur lui-même. L’arrogance de son regard se transforme en imploration presque enfantine. Sa voix est fragile.
— S’il te plaît?
Devant moi, il n’y a plus le Torpilleur mais ce petit ami de mon adolescence dont la maladresse à énoncer ses désirs, ses envies me charmait à tout coup.
Quand je pose mes lèvres autour de sa bite, je me dis qu’il m’a bien eue, mais que, somme toute, sa performance théâtrale vaut bien une pipe.
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