De père en fils

30.10.2009, 19:50
catégorie: aucune

Je les rencontre au coin des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine. Ils cherchent le Belgo. Je propose de marcher avec eux, puisque j’y vais aussi.

On papote à propos de tout et de rien. Ils sont en voyage. Le père doit avoir la mi-quarantaine; le fils, début vingtaine. Le fils fait sciences po; le père tient librairie.

On se quitte au cinquième étage du Belgo avec des salutations chaleureuses.

Plus tard, dans l’ascenseur, je les recroise. Sourires sympathiques de toutes parts. Ils m’invitent à manger. Au resto de leur hôtel, qui, semble-t-il, est merveilleux. Dit tel quel. Je ne sais donc pas lequel, du resto ou de l’hôtel, est merveilleux. Je découvrirai bien.

La conversation va bon train. Le fils, avec ses idées militantes, me rappelle mes années universitaires. Il est charmant, d’ailleurs, le fils. Je me permets de flirter un tout petit peu, quand même, pour le plaisir du sport. Ça le fait rougir un tantinet. Et ça me fait sourire. J’insiste un peu plus, question de voir. Il devient plus loquace, plus intrépide avec ses idées, théories et concepts. Je suis sous le charme.

Le père assiste au manège avec un air amusé. Il me lance parfois des regards complices. Puis il entre dans la conversation. Il s’intéresse à ma pratique artistique. Bien sûr, libraire qu’il est, ça me fait un interlocuteur intéressant. Et intéressé, de toute évidence. Après un moment, je me rends compte que j’ai totalement oublié l’existence du fils, obnubilée par le savoir-faire du père. L’expérience subtile de celui qui en a charmée plus d’une.

Le fils, lui, n’a pas oublié ma présence. Ses yeux, empreint d’un désir à la grâce toute juvénile, sont fixés sur moi.

Je me demande si ça leur arrive souvent de flirter, comme ça, en famille. Et je décide de jouer le jeu jusqu’au bout. Je flirte avec l’un, puis avec l’autre, pour revenir au premier, et reprendre avec le deuxième. Je ne sens pas de rivalité malsaine entre les deux, plutôt que c’est de bonne guerre. Et je suis alors certaine que ce n’est pas la première fois.

À la fin de la soirée, on se fait la bise dans le hall de l’hôtel. Le père me retient un instant de trop, le temps de glisser au creux de mon oreille le numéro de sa chambre. Le fils m’embrasse sans rien dire, mais son regard me dévore. Je les regarde se diriger vers les ascenseurs, et monter dans l’un d’eux.

J’hésite un moment. Monter à la chambre ou ne pas monter. Me contenter du flirt, qui était vraiment terriblement sympa, ou m’offrir la totale.

Bon, j’y vais.

Dans l’ascenseur, je mets les mains dans les poches de mon manteau. J’y trouve une clef de l’hôtel. Le numéro qui y est indiqué n’est pas celui de la chambre du père.

Troublée, je suis.

Père ou fils?


8 commentaires

  1. La logique voudrait que le jeu se poursuive comme il a commencé : d’abord l’un, puis l’autre. Reste à savoir, stratégiquement, s’il est préférable de commencer par la fougue de la jeunesse ou le talent de l’expérience.
    (Un texte délicieusement vicieux, Victoria !)

    Commentaire de Comme une image — 31.10.2009, 2:13


  2. Sans perversion me voilà charmé par une histoire que je pourrais rejeter en bloc. Joli moment fort bien retranscrit. Je ne regrette pas d’avoir découvert ton blog.

    Commentaire de Thygo — 31.10.2009, 5:49


  3. CUI, c’est que, vois-tu, j’espérais, en montant dans cet ascenseur, les trouver tous les deux dans la même chambre…

    Je prends l’allitération comme un compliment sérieux!

    Thygo, rejeter l’histoire en bloc???

    Commentaire de Victoria Welby — 31.10.2009, 6:33


  4. Pour tenter de répondre : qui est le plus capable d’attendre sereinement ? Je dirais que le père risque d’allumer la télé pour patienter tandis que le fils va se branler rageusement si tu tardes (donc de te priver d’une partie de sa fougue supposée).

    Commentaire de Prax — 1.11.2009, 11:07


  5. Prax, ta logique me parle… mais le père ne risque-t-il pas de s’endormir devant le téléviseur?

    Commentaire de Victoria Welby — 1.11.2009, 12:56


  6. En effet, le risque “endormissement télé” n’est pas à négliger…
    Stratégiquement, il faut commencer par le père. Même si le fils se branle, il ne sera pas compliqué à faire repartir.

    Et puis, vous l’écrivez vous-même: “de père en fils”, non?

    Ravie de vous voir reprendre le clavier, Victoria.

    Commentaire de Laura — 6.11.2009, 9:08


  7. Un texte d’une rare perversité et même si je lis régulièrement vos textes emprunts d’une sexualité volcanique, celui-ci est une perle !
    Votre espérance est donc de retrouver les deux ? Pourtant il faudra a ce pere et ce fils une dose de compréhension hors du commun pour continuer le jeu dans une chambre et y rester délicieux. Non ?

    Commentaire de X-Addict — 7.11.2009, 0:46


  8. Le fils PUIS le père.

    Commentaire de Angélus — 16.11.2009, 11:39


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