Grosse pomme
Le congrès auquel je suis venue assister vient tout juste de se terminer. Quatre jours de présentation d’éditeurs. Quatre jours de 5 à 7, relations publiques obligent. Il était temps que ça finisse.
Je me dirige tranquillement vers le sud de l’île dans une chaleur torride: 90 degrés Fahrenheit. J’ai envie de passer ma dernière soirée ici dans Alphabet City. Je suis dans Chelsea quand je reçois un texto.
«7 à 9?»
C’est signé Sawyer. Je réponds par texto.
«Suis à New York. Une autre fois.»
Quelques secondes plus tard, un nouveau texto.
«Je sais. 1535 Broadway. The View. 48e étage.»
Snif
— Victoria?
Dit à l’états-unienne, avec un accent du sud, que je ne reconnais pas.
— Speaking.
Dit avec la voix nasillarde et enrouée d’une femme grippée.
— C’est Seth.
???
!!!
— Seth, comment allez-vous?
— Je vais très bien, toi-même?
On me tutoie, maintenant? Cet homme est un mystère ambulant. Un mystère hautement charmant, par contre.
Mystère
J’ai cherché ma culotte partout. Je ne l’ai pas trouvée. J’ai cherché sous mon bureau. Pas trouvée. Dans mon sac. Pas trouvée. J’ai même cherché dans tous les tiroirs. Des fois que, entre le Torpilleur et Seth, j’aie assez perdu la tête pour ranger ma culotte dans un tiroir. Pas trouvée. Grrrrrrrrrrrr.
J’espère seulement qu’elle est bien cachée. Je ne saurais comment réponde à une auteure, un auteur qui la pointerait du doigt avec un regard interrogatif.
Gontran
Je le rejoins à L’Opéra Bar. On se fait la bise, s’assoit. En moins de deux, un garçon est à notre table.
— Anything else, Mister Green?
Monsieur Green?
Gontran indique du doigt son verre de vin.
— Another one of these for the lady, thank you.
— Right away, sir.
Je suis perplexe.
— Gontran, je…
— Seth, appelez-moi Seth.
Avec un accent américain.
— Je ne comprends…
Vlad-Gontran-Seth m’interrompt en m’embrassant: le serveur dépose un verre de vin devant moi.
— J’aimerais bien sav…
Phénoménologie
Ses lunettes traînent presque sur le bout de son nez. Il me regarde par-dessus, la tête légèrement penchée sur la droite. Il a un sourire amusé.
Son manuscrit est posé entre nous deux. Il est couvert de commentaires. Écrits à l’encre rouge. Je tourne les pages et je lui explique chacune de mes remarques, la nécessité de changer telle tournure de phrase, de donner des exemples plus parlants ici, de resserrer l’argument là.
Son pied se pose à l’intérieur de mes cuisses. Je poursuis ma critique. Son pied glisse vers ma chatte, s’y presse, insistant. Je ne démords pas de mes arguments.
— Vic, enlève ton pantalon.
C’est à peine si je lève un sourcil. Je remets en question son interprétation d’un philosophe américain. Je détache ma ceinture. Lui explique qu’il utilise mal ce concept en particulier. Je défais le bouton de mon pantalon. Disserte sur la nécessité de tenir compte des catégories phénoménologiques qui sous-tendent l’application dudit concept. Je descends la fermeture à glissière. Lui rappelle la fonction et les usages desdites catégories. Enlève mon pantalon. Je cite des exemples.
Grasse matinée
Une voix féminine me réveille. J’ouvre un oeil. Chambre d’hôtel? Ah oui, chambre d’hôtel! Vlad? Gontran? Pas de Vlad ni de Gontran dans le lit. Ni dans la chambre. Un mot sur l’oreiller. «Un avion à prendre. Je vous rappelle bientôt. Gontran» Bon. La voix féminine se fait entendre de nouveau. Elle est derrière la porte.
— Oui?
— Madame, il faudrait quitter la chambre s’il vous plaît.
Coup d’œil sur le cadran. Oulà, oui, il est temps de quitter la chambre. J’ai dormi comme un loir, moi.
— Dans quelques minutes, c’est promis.
Avant, je glisse un doigt entre mes nymphes et je reproduis majestueusement mon orgasme du petit matin. Mmmmmmmmmmmmmmmmm.
900, rue de la Gauchetière Ouest
Je rejoins Vlad au Belvedere. Il me fait la bise, prend mon manteau.
— Champagne?
— Champagne.
Son accent est légèrement différent. Ou peut-être je ne me rappelle plus bien. Je n’en fais pas de cas. On porte un toast, et on se met à discuter de tout et de rien. Il est charmant. Je pose une main sur son bras, il pose une main sur ma cuisse. J’embrasse sa lèvre supérieur, il flanque des bisous dans mon cou.
— Nous pouvons sortir manger, ou encore faire monter quelque chose à ma chambre.
L’accent est résolument différent de la dernière fois. Un rien méditerranéen. Je crois.
J’opte pour la chambre. Je suis charmée par l’accent aux tons chauds.
Vlad
Je reçois un texto. D’un certain Vlad.
Vlad?
Vlad!!!
Il me propose un rendez-vous, au 900, rue de la Gauchetière Ouest. Tiens, tiens.
Je réponds par l’affirmative. Mais je demande des précisions: café ou baise?
Je reçois une réponse quelques minutes plus tard: «C’est comme vous voulez.»
Je veux. Définitivement, je veux.
007
Alors qu’il s’adresse au préposé à la billetterie, je remarque un accent, charmant, dont je n’arrive pas à identifier la provenance. Il passe outre le vestiaire. Diantre, ça aurait été une occasion parfaite pour un premier contact. Tant pis. Je laisse mon attirail à moi au vestiaire et je me rends à l’étage où a lieu l’exposition.
Je le revois devant les pochettes de disques. Cette fois, j’ai droit à son profil. Long nez, effilé. Pavillon de l’oreille aux courbes délicates mais fermes. Il possède ce genre de beauté qui passe inaperçue à moins qu’on ne s’y attarde un peu. Je jette un coup d’oeil aux pochettes. Quand je scrute de nouveau la salle et ses occupantes, occupants, il a disparu.
Je poursuis ma visite. Une salle multimédia avec, au centre, un gigantesque lit rond couvert de gigantesques coussins. Invitant. Je m’y installe. Je me laisse imprégnée par les films et les diapos projetées sur les murs, par la musique d’un presque antique groupe de rock’n'roll. Je ferme les yeux.

