Un conte de Noël

23.12.2008, 12:26
catégorie: dialogue

Il me demande une histoire. De façon détournée, mais, tout de même, une histoire. De Noël. Rien de moins.

Je ne suis pas très Noël. Mais je suis très histoire.

Pendant un moment, j’imagine une ixième variation érotique sur le fameux conte de Dickens. Et puis je me dis que je ne suis vraiment pas assez Noël pour réussir un tel cliché.

Je finis par lui demander un scénario, question d’avoir un brin d’inspiration. Intello qu’il est, il me soumet un schéma théorique qui doit me servir de canevas. Avec une erreur. Un peu comme si un psychalanyste confondait le ça et le surmoi, l’inconscient et le conscient.

Outre que j’ai bien envie de me foutre de sa gueule pour cette erreur de novice, l’impair m’inspire presque. Il a inversé la relation de désir entre les termes, chosifiant l’être et anthropomorphisant l’objet.

(suite…)


Raconte-moi une histoire…

20.06.2008, 15:41
catégorie: dialogue

Il se penche par-dessus mon épaule et jette un oeil sur l’écran.

— Qu’est-ce que tu fais?

— J’écris une histoire.

— Érotique?

— Bien sûr.

— Je peux lire?

Je lui laisse le fauteuil. Il s’installe, commence à lire. Je me pose derrière lui, les mains sur les accoudoirs, la bouche tout près de son oreille. Et je lui fais la lecture. Je sens plus que je ne vois un sourire s’installer sur son visage. Mes mains se posent sur ses avant-bras, remontent le long de ses bras, caressent ses épaules, redescendent, passent aux cuisses, à l’entrecuisse. Sa verge vibre sous mes doigts. Ma voix devient murmure. Il ferme les yeux, passe la langue sur ses lèvres. Il n’y a plus de mots à lire. J’improvise la suite…


Dans ma boîte à lettres ce matin…

23.11.2007, 8:04
catégorie: dialogue

Carte postale d’Éric Lint. Recto.

Carte postale d’Éric Lint. Verso.


Confusion

15.05.2007, 8:21
catégorie: dialogue

Quelqu’un se tient dans le cadre de la porte de mon bureau. Avec insistance, je dirais. Je lève les yeux de mon texte, exaspérée. Mon exaspération ne concerne pas le visiteur impromptu. Je ne le connais ni d’Ève ni d’Adam. C’est ce foutu texte, qui résiste, encore et toujours. L’homme semble égaré. Ce qui n’est pas étonnant, vue l’architecture labyrinthique du Département.

— La Chaire de recherche en littérature transgénique?

Je fais un geste vague de la main en direction du bureau de mon collègue et retourne à mon foutu texte.

Quelques minutes plus tard, l’assistante du généticien de la littérature est elle aussi dans le cadre de la porte de mon bureau.

— Vous n’avez pas vu passer GT par hasard?

— GT?

— Le décodeur.

— Le débardeur???

— Non, GT, le décodeur.

LE décodeur?

— Oui, lui-même. Il donne une conférence à la Chaire cet après-midi.

— L’ai envoyé par là.

Je refais le même geste vague de la main. Emmanuelle reste encore quelques secondes dans le cadre de la porte.

— D’ailleurs, il aurait aimé vous rencontrer. Il aime bien ce que vous faites.

Zut. Manqué. Pour une fois que quelqu’un s’intéresse à mon travail, je le confonds avec un débardeur. Bravo la vie.


L’énergumène

4.05.2007, 7:16
catégorie: béla, dialogue

Je bosse tard au boulot. La session est terminée depuis un moment maintenant, mais j’ai pris du retard avec les différents projets que j’ai entamés, je dois donc mettre les bouchées doubles pour tout finir à temps.

Un bruit discret me fait lever les yeux de mon écran. Le généticien de la littérature passe comme une ombre devant ma porte, sans même jeter ne serait-ce que le dixième d’un regard dans ma direction. Et il a encore ma tasse à la main. J’ai pourtant glissé un mot sous sa porte, dernièrement, pour lui demander de me la rendre. Foutu généticien…

La première fois que Béla s’est pointé à mon bureau, avec sa beauté pleine-lunaire, je tenais cette tasse à la main. Il était derrière moi, tout près, et embrassait ma nuque avidement. Sa main a longé mon bras, sensuellement, et s’est emparé de la tasse. Longtemps il m’a embrassée et caressée en tenant la tasse et son liquide brûlant à bout de bras. Jusqu’à ce que je le supplie de la poser, parce que j’avais envie de lui, de tout lui, partout autour de moi, sur moi, dans moi.

De sa main libre, il a défait les boutons de ma chemise. Puis ceux de mon pantalon, qu’il a fait glissé jusqu’à mes chevilles. Avant d’enlever mes chaussures, il a posé la tasse sur le plancher, près du mur. Pendant des semaines, la tasse est restée là où il l’avait posée. Parce que de la voir me rappelait notre rencontre, la chaleur, les papillons dans mon ventre, la cyprine chaude à l’intérieur de mes cuisses, son regard noir et plein de désir, ses mains agiles et magiques.

Quand il s’est redressé, il m’a soulevée de terre et m’a littéralement enfilée sur sa bite. Sans effort, il m’a fait glissée de haut en bas sur son membre bandé. Le plaisir était tellement intense que je n’arrivais à rien faire d’autre que de le regarder et de gémir encore et encore.

Longtemps après que nous soyons venus tous les deux, j’étais enlacée autour de lui et il se tenait toujours debout au milieu de mon bureau, caressant mon dos et embrassant mon cou. Il est parti, en vitesse, tout juste avant que le premier rayon de soleil ne se pointe le bout du nez à l’horizon.

— C’est à moi que tu penses comme ça?

La voix de Béla. Mmmmmmmmmmmmmmmm. Je n’ouvre pas les yeux tout de suite, ne retire pas la main de ma chatte. Je continue de me caresser en laissant s’évanouir les dernières images de ce souvenir enivrant.

— Oui. Notre première baise.

— C’est un compliment.

— Bien sûr.

— On se la refait?

C’est une proposition que je ne saurais refuser.

— Il manquera la tasse, je ne l’ai toujours pas récupérée.

— Je m’en occupe?

— Béla, le généticien de la littérature fait une crise d’apoplexie quand je le salue, imagine ce qui arrivera si tu insistes auprès de lui pour reprendre ma tasse…

Béla s’approche de moi et, d’une main, commence à défaire les boutons de ma chemise.


Premier rendez-vous

17.12.2006, 1:28
catégorie: dialogue

— Do I really have to wear the blindfold?

— Bien sûr, c’est une blind date.

Dans le monde virtuel, il a lancé une question invraisemblable : es-tu ma femme? Le culot de la chose m’a fait sourire. Le personnage exposé dans le blogue m’a presque séduite. J’ai lancé une invitation. Il devait se trouver au pied du mont Royal à quinze heures, les yeux bandés. Il y était. Sexy, le cran.

Depuis une vingtaine de minutes, on gravit la montagne, peinards, par le chemin Olmsted. Aux passantes et passants curieux, je dis qu’on se pratique parce que mon dulciné est en train de perdre la vue. Ça nous vaut des regards plein de pitié et d’attendrissement, que je m’amuse à lui décrire. Ça ponctue et pimente la conversation.

Après une heure de ce manège, je lui explique les règles du jeu. Quatre autres rendez-vous sont à venir. Aujourd’hui, il n’a eu droit qu’à ma voix. Quatre de ses sens restent à explorer. À lui de décider ce qui, du goût, de l’odorat, de la vue ou du toucher, sera la thématique, je composerai le menu du rendez-vous.

Je chuchote à son oreille :

— Dans une minute, tu pourras enlever le bandeau.

Et je me faufile dans un groupe de marcheuses et de marcheurs qui redescendent la montagne.


Casemate

16.12.2006, 12:27
catégorie: dialogue

Très tôt le matin, dans un corridor de l’université, des employés, quelques mètres devant moi, pointent du doigt une porte entrouverte et rient à gorge déployée. Arrivée à ladite porte, curieuse, je passe la tête par l’entrebâillement.

Une masse humaine dans un sac de couchage bleu. Deux mains et quelques mèches de cheveux dépassent. Un livre de Lakoff traîne à côté du dormeur.

Je ressort la tête du bureau et lis la plaque sur le mur : « Chaire de recherche en littérature transgénique ».

Décidément étrange, le généticien de la littérature. Mais charmant. Ai un faible pour les fous. Notamment quand ils sont intellos.

Je pose ma tasse de café fumant près de lui, sur le sol, me disant qu’il en aura bien besoin quand il se lèvera. Je ferme la porte en quittant son bureau.


Éric et moi

1.12.2006, 14:15
catégorie: dialogue

Il est penché au-dessus d’un tas informe de feuilles et de bouquins. Il a l’air d’un intello fou. Très fou. C’est sexy. Bien que la cafétéria ne soit pas pleine à craquer et que plusieurs tables demeurent disponibles, je demande tout de même, en pointant la place en face de la sienne :

— Puis-je?

J’interprète le geste indistinct de la main et le grommellement comme un « oui ». Jamais gagnés d’avance, les intellos. Il faut les avoir à l’usure.

Je m’assois, donc, pose mon café et mon ordinateur sur le bout de table qu’il n’a pas encore envahi avec ses choses à lui.

Je pianote sans trop d’inspiration sur les touches de mon clavier. Je zieute de son côté sans me gêner puisque le monde ne semble pas exister autour de lui. Sauf quand un gardien de sécurité passe près de lui. On sent un léger crispement dans sa posture. Mais c’est là le seul signe indiquant qu’il est conscient de son entourage.

Je plonge.

— À quoi travaillez-vous?

Il lève la tête. Une profondeur abyssale dans ses yeux noirs.

Littérature transgénique.

Diantre, j’ai réussi à lui arracher un regard et deux mots. Je progresse. Écris-je. Sarcastiquement.

— Ah bon, et qu’est-ce que la littérature transgénique?

Son explication est précise. Et charmante. Orgasme intellectuel. Pendant qu’il parle avec passion, ses mains, quand elles ne sont pas occupées à me montrer un passage d’un texte, valsent dans l’espace. Son corps se redresse, s’anime. Un intello fou. Et passionné. J’aime. Séduite, je suis, même.

Après un moment, au cours d’une brève pause dans son discours, j’arrive à placer quelques mots :

— J’ai une pratique littéraire fort apparentée à la littérature transgénique, le lundi phylactère.

— J’adorerai vous en entendre parler, je suis certain. Au plaisir!

Dit-il. En ramassant subito presto son attirail. Sa fuite semble avoir été déclanchée par le passage d’un autre gardien de sécurité, passage qu’il lui a causé un spasme presque spectaculaire. De dos, il m’envoie la main avant de disparaître.

À l’usure, que je me dis.


Troubadours

11.11.2006, 13:26
catégorie: dialogue

Je m’arrête rarement pour voir les amuseurs publics dans la rue. Ça n’accroche pas trop la fibre intello en moi. Mais, aujourd’hui, je suis d’humeur légère. J’ai une glace à la main, le soleil plombe, je suis en congé. Sourire.

Il jongle. Son corps est sans présence, absent, fantomatique, spectral. Mais l’éclat dans ses yeux… un gamin devant une montagne de chocolat; l’énergie qui anime ses mains… un prestidigitateur à l’adresse millénaire. Sexy, envoûtant, invitant. Mes tripes ne cessent de se questionner sur ce que ces mains pourraient accomplir comme magie avec mon corps, sur ce que ces yeux perceraient en moi.

Je reste là, tétanisée par ce spectacle improbable, par cette passion qui se concentre au bout des doigts et dans le regard. Je n’ai pas vu venir son acolyte. Elle est belle. Très belle. Elle évite les boules et se plaque contre lui. Ses mains glissent le long de son corps à lui, sa tête se pose un moment dans le creux de son épaule. Lui jongle toujours, le regard fixe. Elle poursuit sa chorégraphie, finit par lui arracher un sourire alors que leurs deux visages se font face au détour d’un mouvement.

Le numéro se termine alors qu’elle est par terre, enroulée autour des chevilles du jongleur. Il attrape la dernière balle qui virevoltait encore, adresse un gigantesque sourire à l’assistance ébahie et se replie sur lui-même pour saluer la foule.

Je suis encore sous le choc de la sensualité monstre qui émanait de ce spectacle. Ma glace à la vanille fond, un long filet opalin coule de ma main jusqu’au macadam.

(Cadeau, m’sieur YSP ;^)


On reconnaît un arbre à ses fruits

11.10.2006, 20:41
catégorie: dialogue

5 août 2007. 13 heures 17.

Je lui fais une visite surprise au bureau. C’est son anniversaire.

J’ai à la main une paire de billets de saison pour le hockey. Cadeau. Je les pose sur le coin de sa table.

Je relève gentiment un bout de ma jupe anthracite pour lui laisser voir un morceau de mon porte-jarretelle azur. Autre cadeau. Je pose la cuisse sur le coin de la table; il pose la main sur ma cuisse; je pose la main sur sa braguette; il enlève la jupe du chemin; je défais la braguette et baisse son pantalon.

J’ai toujours aimé les costards. Ça m’allume. Et lui, en costard, il est particulièrement sexy. Mais il a une sale manie : sous son costard impeccable, il cache un vieux caleçon gris plein de trous. Disons que ça fait partie de son charme. Ça m’émeut. Je baisse le caleçon et j’installe bien gentiment ma chatte sur sa pine. Les mains de chaque côté de son visage, je ne cesse de l’embrasser pendant que mon bassin, rythmiquement, va et vient.

L’art de la « p’tite vite » : y penser longtemps avant question de faire monter le désir, ou se faire agréablement surprendre; choisir un lieu pas tout à fait privé, où on peut se faire prendre, question d’y ajouter un peu de tension; s’assurer d’avoir un rendez-vous important tout de suite après, le genre de rendez-vous qu’il ne faut absolument pas manquer, pour mettre un peu de pression; pratiquer l’art de la concentration absolue en cours d’exécution.

Je m’offre deux orgasmes, lui en concède un.

Je remets de l’ordre à ses vêtements et aux miens. Je pose un baiser chaste sur son front.

— Bon anniversaire, m’sieur J.

Et je passe la porte à toute vitesse en lui disant que j’ai un rendez-vous très important que je ne peux pas manquer.

« My God! », qu’il répond.

13 heures 33.