Désir expansif
il s’en va
je reste
béante, désirante, seule
passage fugitif
désir inopiné, décalé
Un escalier est un escalier est un escalier
La version plein écran est conseillée.
Vos désirs topographiés
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Texte sans domicile fixe
«Texte sans domicile fixe» est un jeu. Un jeu itinérant. Chaque auteure conviée écrit un bout de texte. Un paragraphe : cinq phrases (ou une «variation de» sous un autre mode). Une invitation (mais, de préférence, plusieurs) est ensuite lancée à une nouvelle personne, qui poursuit le texte selon les mêmes contraintes dans son propre site. Cette introduction, un lien au paragraphe précédent et au paragraphe suivant (une fois que le texte est en ligne) sont donnés, mais seul le paragraphe écrit par l’auteure apparaît dans le site, invitant ainsi les lectrices à parcourir le Web à la quête des fragments du texte. Une participation au jeu n’exclut pas une participation ultérieure, les invitations étant faites à la discrétion des participantes.
Leurs corps sont couverts de sueur. Leurs muscles sont tendus de désir. Leurs bouches frétillent d’envie. Les mains, presque désincarnées, se baladent frénétiquement. Murmures et grognements s’entremêlent nonchalamment.
La suite chez Albertine Bouquet et dans Les identitaires.
otnemem
— Ce film, il est tourné de main de maître. Il est fort, très fort. Parce que, ce qu’on te met sous le nez, c’est un crime sordide, grossier, répugnant.
Quand il finit par mettre sa main à l’intérieur de ma culotte, je n’en peux déjà plus. Ses doigts s’insèrent à peine dans ma fente que mes muscles se resserrent déjà autour d’eux. Un océan de cyprine coule le long de sa main. Je hurle d’extase, d’euphorie, de contentement.
— Mais, comme le film te pousse à l’empathie avec le protagoniste, Benigno — quel nom, d’ailleurs! il n’y a pas plus candide, sinon Candide! —, tu plonges et tu t’identifies avec lui.
Il éloigne son bassin du mien un tantinet et glisse une main dans mon entrejambe. La main bien à plat sur mon mont de Vénus, il serre et déserre les doigts lentement, lascivement. Sourd à mes supplications, il n’augmente pas le tempo. Il persiste et signe. Je gronde de désir. Quand il finit…
— Tu vois l’histoire de son point de vue à lui. Et, de ce point de vue, ce n’est pas l’histoire d’un obsessif compulsif qui viole une femme dans le coma, c’est l’histoire d’un grand et bel amour.
Sa bouche devient vorace, avide, goulue. Mon oreille, mon cou, mon épaule y passent tour à tour, gorgés de désir. Des dents, ils arrachent les boutons de ma chemise. Il profite du fait que je relève la tête en rigolant pour mordiller l’os inférieur de ma mâchoire. Je craque. Délire sismique intense. Il éloigne son…
— Et même quand, dans l’histoire, il est condamné pour son crime, la mise en scène et le montage font en sorte que tu t’identifies désormais avec son pote, le journaliste, qui prendra à son compte l’obsession-compulsion-grand-et-bel-amour de l’infirmier.
Son torse est agglutiné au mien. Ses mains remontent le long de mon dos. Il m’enlace encore plus fort. Si une goutte d’eau tentait de se frayer un chemin entre nous, elle s’arreterait à nos poitrines, bloquée par la proximité de nos corps. Émouvant. Captivant. Bandant. Sa bouche devient…
— La scène dans le parloir est grandiose pour cela. Quand la caméra se pose sur l’un des deux personnages, on voit toujours, reflèté par la vitre qui se trouve entre eux et nous, le profil de l’autre.
Il quitte sa chaise et vient s’asseoir sur mes cuisses. Ses mains glissent entre mon jeans et ma culotte, empoignent mes fesses amoureusement. Il colle nos bassins l’un contre l’autre, pose ses lèvres près de mon cou en frôlant à pein l’épiderme. Meow! Son torse est…
— Vraiment, c’est tourné de main de maître, je te dis.
D’un doigt expert, il caresse la peau à la bordure de ma culotte. Tout près du ventre. Et à l’orée des cuisses. Et encore près du ventre. Et à l’orée des cuisses de nouveau. Parfois, son doigt repousse quelque peu le tissu et se fait plus aventureux. Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmm. Il quitte sa chaise…
— Mais qu’est-ce que tu fais??? Tu m’écoutes, sale bête?
Il descend la fermeture éclair de mon jeans. Avec un sourire polisson accroché aux lèvres. Très polisson. Après tout, il m’interrompt. Je ne peux pas lui en vouloir. Moi aussi, les discours à haute teneur intellectuelle, ça me rend folle de désir. D’un doigt expert…
Pudeurs
Derrière son comptoir, le pharmacien a l’air bien embêté par l’ordonnance que je viens de poser devant lui. Il se gratte la tête, met sa main devant sa bouche, joue avec le morceau de papier.
Il est mignon, le pharmacien. mohawk châtain. Yeux clairs, perçants. Une certaine timidité. De longs doigts fins et effilés. Oumf.
Il finit par m’expliquer ce qui le fait tergiverser. Une question d’assurance qui couvre ou ne couvre pas l’ordonnance selon ce qu’on mélange ou pas les ingrédients (les programmes gouvernementaux d’assurances collectives, la joie…). Il me questionne sur les intentions de la docteure qui m’a fait la prescription.
Il ne me regarde presque pas, le pharmacien. Il regarde son comptoir, ses papiers, autour de moi et derrière moi. Mais pas moi. C’est dommage. S’il me regardait, il verrait le superbe sourire engageant que je lui réserve.
Il me rappelle ces étudiants à qui j’enseigne. Certains ont clairement le béguin pour moi. Mais, dès qu’il y a interaction entre eux et moi, balbutiements, hésitations, bégaiements et autres actes manqués sont au rendez-vous. Chez les étudiants, la chose ne me charme généralement pas. Le pharmacien, par contre, ça le rend drôlement sexy.
Je le zieute avidement pendant qu’il mélange la préparation. Il semble tout faire pour rester dos à moi. Mais je le surprends à me jeter des coups d’oeil furtifs dans un miroir qui devrait servir à prendre les voleurs la main dans le sac.
Il revient au comptoir avec mon ordonnance prête. Il m’explique le tour de passe-passe qu’il a réalisé afin que mes assurances paient pour le médicament. En long et en large. Toujours incapable de me regarder dans les yeux.
Je me penche au-dessus du comptoir et je prends délicatement son menton dans ma main et relève son visage vers le mien. Je pose un baiser sur sa joue, tout près de la commissure des lèvres. Je me rapproche de son oreille et je murmure un merci plein de reconnaissance. Je quitte la pharmacie, et le pharmacien rougissant, d’un pas léger.
Ça doit être un jour de pleine lune pour que je me laisse émouvoir par tant de naïveté et de timidité.
Exercice de style

Tout l’après-midi, j’ai fait l’amour avec un amant que j’apprécie beaucoup. Il est dans une autre province pour donner une série de conférences. Au cours de notre séance de clavardage, chaque ligne qui apparaissait à l’écran, qu’elle concerne ses recherches ou mon corps, m’amenait plus proche de l’orgasme. eSex d’intello.
Parfois, il se passait de longs moments avant que ses mots ne surgissent. Je ne sais à quoi ses mains étaient alors occupées. Peut-être prenaient-elles des notes pour la conférence qu’il donnera demain, peut-être parcouraient-elles son corps. Pendant ce temps, je prenais de longues inspirations, de celles qui font monter le désir d’un chakra à l’autre. eTantra.
Ce soir, je n’ai qu’une envie : danser. Danser mon désir, mon plaisir, mes fantasmes. Je me remémore les mots de l’après-midi, tant ceux qui me concernaient personnellement et coquinement que ceux que mon amant prononcera demain à l’université de Victoria. Les deux me plongent dans la volupté. Ses discours, tant théoriques qu’érotiques, sont une forme de ligotage de mon âme, mes fantasmes du moment y sont asservis.
Un peu plus loin sur la piste de danse, un regard se pose sur moi. Intense. Vif. Perçant. Sur sa bouche, des mots se dessinent, que je n’arrive pas à déchiffrer. Mais le mouvement des lèvres, le jeu de la langue, des dents : terriblement sexy. Flirt de bouche. Sans cesser de me regarder et en poursuivant son muet discours, elle enlève sa chemise. Son chandail, trempé de sueur, colle à se peau, révèle ses formes félines. Je me demande si, ce soir, j’aurais envie d’une femme.
La question ne m’occupe que quelques secondes. Des mains se sont posées sur mon ventre. Des mains fouineuses, curieuses. Un corps se plaque contre mon dos. Une bouche se pose près de mon oreille et me chuchote des choses salaces et lascives. Mon esprit est ligoté aux mots de mon amant de l’après-midi; mes yeux, à cette créature superbe qui danse un peu plus loin; mon corps, par les mains de cet (cette?) autre derrière moi. Je baigne dans ma cyprine.
Je me laisse bercer par les événements. Les mots lubriques qu’on me chuchote à l’oreille, je les pose sur les lèvres de la danseuse. Les mains qui parcourent mon corps sous mes vêtements, je les imagine être celles de mon amant intello. Quand je n’en peux plus, je pose les mains sur le bassin de l’autre derrière moi et je défais sa braguette. Un homme. Il recule. Je tourne la tête juste assez pour qu’il m’entende mais pas assez pour découvrir les traits de son visage. J’ai besoin qu’il demeure anonyme.
— Laisse-moi prendre ta bite dans ma main.
Son corps se replace tout contre le mien. Quand j’ai son membre bien en main, je relève ma jupe et le pose dans ma chatte. Nous baisons au rythme de la musique. J’ai à peine le temps de revenir de mon orgasme que ses mains et son corps se détachent de moi. Je regarde une dernière fois mon autre partenaire et je ferme les yeux pour danser encore.


