Plazatex, avenue du Mont-Royal

Photo de rouleaux de tissus, tous dans des tons de beige

Je lui parle du texte que j’ai (supposément) écrit sur ses parents. Il a la larme à l’oeil. Je suis émue. Je ne l’imaginais pas aussi sensible. Il aimerait que je le lui envoie par courriel

Je cherche. Je ne trouve pas. Je suis pourtant certaine de l’avoir écrit, ce texte. Parce que l’histoire, vraiment, est très jolie.

Le père s’installe au comptoir pour me couper quelques mètres de velours côtelé. Il ne dépose pas tout de suite le long rouleau devant lui, manœuvre qui bloquerait le passage à sa femme, qui s’en vient, lentement, appuyée sur sa canne à quatre pattes, entre les hautes étagères de tissus. Elle s’arrête juste avant d’arriver au comptoir où il est installé.

Avec un brin d’impatience et une affection très évidente, il lui demande si elle passe ou s’en retourne. Elle passe. Lentement. Avec la certitude de celle qui se sait accueillie dans sa réalité de femme âgée. Il patiente. Tendrement. Avec la patience de celui qui ne saurait imaginer sa vie si elle n’était pas partagée avec la sienne à elle.

Beiges, une photo de Jonathan (cc by-nc-nd)

Save

Save

Avec tout ça, j’ai presque manqué ma station…

Photo de la lumière aux couleurs vivent des vitraux qui éclaire la station de métro Charlevoix à Montréal

[Série 3, suite de Toutankamon en Kanuk]

Un homme lave les carreaux à la serpillère. Sans la saleté, ils sont plutôt jolis, ces carreaux. Un turquoise pas tout à fait intense, pas tout à fait neutre, tirant sur le bleu. Un lustre discret. Sur les murs, des briques en différents tons de gris. Jolies elles aussi. Un banc simple: un dossier et un siège couverts de carreaux bleu royal.

Le sentiment d’harmonie intense et le constat de joliesse architecturale me quittent quand mon champ de vision d’élargit pour englober le reste de la station de métro.

J’essaie d’imaginer la station sans la quantité astronomique de pubs qu’on y déploient et sans la crasse accumulée au cours des ans. Le tableau est assez somptueux. Mon imaginaire s’attaque à la station suivante. Bon, elle fait très années 70 avec ses tons de brun et de beige, entrecoupés de jaune et de orange, mais, tout de même, un charme certain, quoique vieillot, se manifeste. Les pastilles de couleurs de la station suivante renvoient elles aussi à une esthétique qui n’est plus au goût du jour, mais, sans les pubs entre les deux colonnes, franchement, c’est presque réjouissant. Un petit voyage artistique dans le temps.

Mon cerveau s’emballe. Et si on louait pour une journée entière tous les espaces publicitaires du métro de Montréal pour y afficher des oeuvres d’art, comme ça, sans raison, juste pour la beauté de la chose? Mieux encore, si on bannissait définitivement la pub, les moniteurs et les commerces dans le métro? Pour apprécier l’architecture des lieux et les oeuvres d’art qui y sont intégrées. Libres de toutes propagandes consuméristes.

Dommage qu’Adblock n’existe que pour les navigateurs Web.

Métro Charlevoix, une photo de abdallahh (cc by 2.0)

Save

Save

Save

Save

Répétition

[Série 5, suite de Roger que je n’ai pas vu depuis belle lurette]

Avenue du Parc, hier soir. Je sors du cinéma avec un ami. Nous nous dirigeons vers Sherbrooke, où un bus nous amènera chez moi. Nous partagerons une pizza, une bouteille de vin et de très bons moments. Du bonheur. Du plaisir.

Je l’ai reconnu à sa voix. Une voix criarde de petit gamin gâté qui veut un bonbon. Ce n’est pas un petit gamin gâté qui veut un bonbon. C’est un homme désespéré. Qui fréquente, habite probablement aussi, trop souvent la rue, depuis trop longtemps. Qui crie l’injustice, la violence, la douleur, le désespoir. Qui pleure l’impuissance.

Des flics l’ont menotté. Le maintiennent assis par terre. Sur un trottoir gelé d’hiver. Plus loin, un de ses potes semble être en train de rire de lui.

La fois d’avant, c’était aussi sur l’avenue du Parc. Au sud de Sherbrooke. On sortait d’une pendaison de crémaillère très sympa chez un pote. Cette fois, il était couché sur le bitume, en plein milieu de l’avenue, hurlant qu’il avait faim. Avec cette voix criarde de petit gamin gâté qui veut un bonbon.

On a appelé le 911. Un homme s’est assuré que les voitures qui arrivaient ne passaient pas sur son corps étendu au milieu de la chaussée. À plat ventre. Les bras repliés, les mains sous le front. Comme un gamin gâté qui ferait un caprice monstre en public pour obtenir un bonbon de ses parents.

Quand il a compris que les services d’urgence avaient été avisés, il s’est relevé et est parti vers le nord. On a alors espéré très fort que lesdits services d’urgence allaient l’aider. Ce qu’ils ont peut-être fait à ce moment-là.

La violence se manifeste souvent dans la répétition. Et l’impuissance. Bordel.